Le bureau de Kronos se réunira à l’Espace Patrimoine (177 rue du Mont-Blanc, Albens, 73410 Entrelacs) le 4 mai à 18h.
Si vous souhaitez en profiter pour venir nous voir, par curiosité ou pour discuter d’un sujet précis, vous êtes bienvenus ! N’hésitez pas à nous contacter.
Lundi 5 janvier, le bureau de l’association accueillait ces deux chercheurs venus nous présenter un travail de reconstitution paysagère. Quel paysage autour d’Albens au XVIIIe siècle ? Une question à laquelle ils ont cherché à répondre en travaillant à partir de la mappe sarde réalisée vers 1730 mais aussi en exploitant les nombreux documents d’archives. Antoine Duchemin a conduit ce travail documentaire pour nous livrer cette approche des environs d’Albens vers 1730.
À partir de toutes ces recherches, Clémentine Jouvenceau, paysagiste en Haute-Savoie a entrepris un gros travail de mise en couleur, de représentation de la végétation. Au final, cette restitution historique qui mise sur le paysage a le mérite de nous projeter près de trois siècles en arrière. On découvre un monde que nous avons perdu où domine dans la plaine une sorte de bocage, où les routes sont bordées d’arbres, où l’église n’est pas à son emplacement actuel. On prend aussi conscience de l’importance d’un immense marais s’étirant de Braille jusqu’aux confins de La Biolle en passant par Saint-Girod. À l’arrière-plan enfin, on distingue sur le versant dominant Saint-Girod un domaine arboricole avec une châtaigneraie pourvoyeuse de ressources.
Une bien belle réussite qui offre la possibilité d’une confrontation paysage d’antan / paysage actuel. Un va et vient porteur de surprises. Merci à nos explorateurs des paysages d’autrefois pour ce beau travail. Ils ont accepté de présenter leur recherche lors de la prochaine assemblée générale de Kronos le 10 avril en soirée, où vous pourrez découvrir cette reconstitution
Pour la deuxième année consécutive des membres de Kronos (Véronique Boinon, Bernard Goddard, Denis Berthet) recevaient un groupe l’association horizon73 pour une visite guidée dans l’espace patrimoine de Kronos à Entrelacs.
Devant les vitrines consacrées à l’archéologie romaine
Ce fut l’occasion de montrer et commenter à travers des vitrines le passé archéologique d’Albens (monnaies romaines et céramiques). Nous avons présenté également la mappe Sarde, l’ancienne pompe à incendie des pompiers, ainsi que les différents objets de l’artisanat local. Nous avons échangé avec les participants qui nous ont posé plein de questions. Après une petite collation et la distribution d’anciennes revues Kronos, une participante a même évoqué sa venue à notre assemblée générale du 10 avril à la Biolle. Nous conservons un très bon souvenir de cette visite et nous espérons qu’elle se renouvellera l’année prochaine.
Jeudi 26 février 2026, en fin d’après-midi, de nombreuses personnes étaient présentes pour découvrir la nouvelle exposition réalisée par le musée de Rumilly.
Bernard et Jean-Louis représentent l’association Kronos (cliché musée de Rumilly)
À travers documents, photographies, objets, films et témoignages, l’exposition aborde les mutations qu’a connu le monde paysan dans les années 1950-1980 que résume son sous-titre : « D’un monde à l’autre : la paysannerie entre ruralité et modernité ». Kronos a prêté quelques documents (affiche, carnets de la JAC) ainsi qu’un cercle à fromages.
Cercle à fromages – Fruitière de Cessens, années 1950-1960 – Utilisé dans les fruitières pour le serrage des meules. Prêt Collection KRONOS, Albens
Une belle exposition qui restera visible jusqu’au 2 janvier 2027.
Kronos vous convie à son Assemblée Générale qui se déroulera le vendredi 10 avril 2026 à 20h00, à la salle de l’Ébène à La Biolle.
Cette Assemblée Générale sera suivie par une conférence animée par Antoine Duchemin, historien, et Clémentine Jouvenceau, paysagiste-illustratrice, sur le thème «Des archives à l’aquarelle, reconstituer des paysages savoyard disparus : Albens et le Nivolet ».
Le mot du Président lors de l’Assemblée Générale du 20 mars 1992
L’année 1991 a été placée sous le signe des contacts. Une année fort active et fructueuse sur le plan intellectuel qui nous a mis en relation avec les sociétés d’histoire des deux départements ; nous a conduit à entretenir une correspondance suivie avec chercheurs, historiens, ou particuliers amateurs d’histoire locale.
À une époque où la préservation du patrimoine et de l’environnement prend un caractère d’urgence, Kronos a bien sûr son rôle à jouer. La société n’a certainement pas les moyens de s’impliquer dans toutes les opérations de protection, mais elle peut y concourir par l’information et la sensibilisation à travers ses articles et ses activités.
Cette année encore, nous avons essayé (et réussi, nous l’espérons) de faire œuvre utile pour conserver dans notre patrimoine culturel ce que nous avons de plus précieux : la mémoire.
Vous lirez, certainement avec intérêt, les articles que nous vous avons préparés. Ils appelleront, peut-être de votre part des remarques constructives ou vous donneront des idées d’articles. N’hésitez pas à prendre contact avec l’un des membres du bureau. C’est avec votre aide que nous pourrons progresser et aller plus loin dans la recherche de notre histoire.
Une note triste : un de nos plus fidèles adhérents, des plus passionnés, nous a quittés ces dernières semaines. Monsieur le Comte De Mouxy De Loche fût toujours pour nous un concours précieux dans nos recherches, nous faisant partager son enthousiasme pour l’histoire et l’archéologie. Sa disparition a attristé toute la société Kronos.
Avant les affranchissements de la fin du XVIIIe siècle par les communautés rurales qui rachetèrent les droits seigneuriaux auxquels elles étaient astreintes, beaucoup de paysans savoyards n’étaient pas propriétaires à part entière des terres qu’ils travaillaient : ils les tenaient des seigneurs qui, eux, étaient les maîtres du sol.
Un terrier, ou registre des reconnaissances conservé à la Bibliothèque Municipale d’Annecy (Bonlieu), nous donne l’occasion de montrer dans quelles conditions les paysans de l’Albanais exploitaient leur terre dans la première moitié du XVe siècle. Ce recueil contient 21 reconnaissances et 9 actes d’albergements passés entre 1409 et 1449 en faveur de De Mouxy d’Albens(1) par des habitants des paroisses de Marigny, Bloye, La Biolle, Saint-Germain, Epersy, Massingy, Saint-Girod, Grésy et Albens (hameaux d’Ansigny, Pouilly, Marline, Les Granges et Les Croutaux). Parmi ces paysans, on relève les familles suivantes : Croutaux, Vinet, Bouvier, Termier, Durier, Forestier, Alard, Michel, Balli, Boula, Monnet, Regnet, Bissel, Ferrard, Jacenin, Vergnet, Aubepine et Mermet.
Elle pouvait tenir au statut de paysan. À côté des hommes libres existaient des individus qui dépendaient dans leur personne d’un seigneur, les taillables. Les membres de la famille Coutaux étaient ainsi « hommes liges et taillables à merci » des De Mouxy d’Albens ; en sus des servis, ils acquittaient une redevance marquant cette dépendance personnelle, la taille(2). Surtout, ces hommes étaient dans l’incapacité juridique de tester en toute liberté, ne pouvant transmettre leur tenure qu’à leurs enfants. À une date qui n’est pas précisée dans le terrier, un certain Guichard de Droisy, taillable d’Aymon De Mouxy, mourut sans descendance, ses terres furent donc échues à son maître.
Comptes de la Châtellenie de Cessens et Grésy vers 1427. Rédigés en latin, on lit : « Comptutus Nobilis Jacobi » (Compte de Jacob, Seigneur de …)
Mais d’autre part, l’échute frappait certaines parcelles réputées taillables que l’exploitant soit libre ou non. Le fait fut par exemple précisé dans la reconnaissance passée en 1423 par Péronet Vinet de Marigny : celui-ci n’était pas taillable des De Mouxy mais le pré qu’il tenait d’eux était soumis à l’échute. Entré en possession de la parcelle échue, le seigneur pouvait choisir de l’exploiter lui-même, mais en général, il s’empressait de l’alberger, c’est-à-dire la confier à perpétuité à un autre paysan. Le contrat d’albergement rappelait le montant des servis à acquitter au nouveau tenancier qui devait en outre verser au seigneur un droit d’entrée en jouissance appelé introge, de montant beaucoup plus substantiel que la redevance annuelle. En voici un exemple ; ayant recueilli la terre de Guichard de Droisy l’avons déjà vu, Aymon de Mouxy en albergera une partie (une vigne, un champ et un bois-châtaignier situés à Ansigny) à Jeannette, fille de feu Mermet de Pérouse en 1423, contre un bichet de froment et un quart de châtaignes de redevance annuelle outre l’introge de 55 florins d’or de bon poids.
Il faut enfin souligner une particularité de la seigneurie des De Mouxy d’Albens : leurs taillables n’entraient pas directement en possession de la tenure paternelle, mais seulement ensuite d’un albergement. Ainsi, en 1448, les frères Claude, Pierre, Jacquemet et Jean Croutaux durent-ils verser chacun cinq florins d’introge aux nobles De Mouxy pour entrer en possession des terres laissées par leur défunt père Jean. Le fait mérite d’être souligné puisque cet usage n’avait pas cours dans la plupart des autres seigneuries ; le taillable jouissait de la tenure de son père sans avoir à payer l’introge.
Les reconnaissances ne permettent pas à coup sûr d’évaluer l’étendue des terres qui relevaient des De Mouxy puisque nous ne savons pas si ce registre est complet, s’il décrit la totalité de leurs droits fonciers. En tout cas, à la lecture du registre, leur domaine apparaît très modeste puisque chaque paysan ne reconnut tenir des De Mouxy qu’une à trois parcelles, généralement de petite taille : vignes de quelques fossorées, champs, prés, bois-taillis ou bois châtaigniers excédant rarement la setorée(3) de pré en 1415 à deux journaux de terre et deux tiers de setorée de pré en 1423 pour des reconnaissances.
En échange de la jouissance des biens-fonds, le paysan versait au seigneur une redevance annuelle appelée servi exigible en nature, en argent ou les deux à la fois, de montant généralement modeste. Par exemple, 17 deniers en 3 parcelles totalisant une setorée et demi. 8 deniers et 1 quart (mesure de capacité) de froment « à la mesure de Montfalcon » en 1423 pour 2 setorées de pré. Un veissel (mesure de capacité) d’avoine « à la mesure de capacité » en 1424 pour un journal de bois-châtaignier.
Plutôt qu’un véritable loyer, le servi marquait symboliquement le droit du seigneur. De son vivant, le paysan disposait de sa tenure à peu près comme bon lui semblait ; le paysan pouvait vendre l’immeuble. Ainsi, en 1424, Nicod Michel de Mognard reconnut tenir des De Mouxy un bois-châtaignier qu’il avait acheté à Pierre Durand d’Epersy. On sait qu’à cette occasion, le seigneur prélevait un droit de mutation appelé « lod » dont le montant était proportionnel au prix de vente, généralement un sixième.
D’autre part, la concession des terres était perpétuelle ; autrement dit, la tenure se transmettait d’une génération à l’autre. Cependant, cette faculté de succession était réduite car bien souvent, seuls les enfants pouvaient recueillir l’exploitation et celle du paysan mort sans descendance retournait de plein droit au maître ; on disait qu’elle était commise sans échute. Cette « confiscation » advenait pour deux raisons différentes.
Exemples de servis dûs lors des reconnaissances :
deux deniers pour un tiers de setorée de pré en 1415
un tiers de quart (mesure de capacité) de noix en 1422
dix deniers et un sixième de quart de noix
douze deniers et un sac de noix
huit deniers et un quart de froment à la mesure de Montfalcon en 1423
dix-sept deniers en 1415
un veissel (mesure de capacité) d’avoine à la mesure de Grésy en 1424
Exemples de servis dûs lors d’albergement :
cinq quarts de froment et 1/4 de poule (!) en 1417
un quart d’avoine, mesure de Grésy en 1417
douze deniers de Genève en 1415
un bichet (mesure de capacité) de froment à la mesure de Rumilly et un quart de châtaignes en 1423
une coupe (mesure de capacité) de froment à la mesure de Montfalcon en 1447
En annexe :
Reconnaissance de Jean Termeri de Bloye pour le noble Aymond De Mouxy dit Bochars d’Albens du 5 août 1415 (transcription et traduction).
Gérard Detraz et Henri Voiron
Article initialement paru dans Kronos N° 7, 1992
1) Sur Noble Aymond De Mouxy dit Bochars ainsi que Pètremand, Hugonin et Jean de Mouxy (d’Albens), voir « Armorial et Nobiliaire de Savoie » de De Foras, 4e vol. pp. 212-213. Cette famille noble habitait alors « une maison In Villa Albenci jouxte les fossés et la porte de cette ville du côté d’Aix.
2) Malgré le qualificatif de « taillable à merci », c’est-à-dire « à volonté », le montant de la taille n’était pas aléatoire mais fixé par la coutume : la taille que payaient les frères Aymon et Humbert Crouteaux étaient « arrêtées » à la somme de trois sous par an.
3) Une fossorée correspond à environ 0,03 hectare, le journal et la setorée environ 0,3 hectare.
Annexe
CONFESSIO JOHANNIS TERMERII DE BLOYACO
Anno Domini millesimo quatercentesimo decimo quinto ,indicione octava
et die quinta mensis augusti ,per hoc publicum instrumentum cunctis
fiat manifestum quod ad instanciam et requisitionem Nobilis Aymonis de
Mouxiaco dicti Bochars ,de Albenco ,presentis ,stipulantis et
recipientis pro se et suis heredibus et successoribus universis ,
personaliter constitutus Johannes Termerii de Bloyaco sciens et
spontaneus ut asserit nomine suo et suorum heredum et successorum
quorumcumque confitetur sollempniter et tanquam in judicio publice
recognoscit se tenere ,tenere velle et debere se que et suos tenere
constituit de feudo seu emphiteosi et directo domenio prefati Nobilis
Aymonis et suorum ,videlicet quandam domum sitam apud Albencum in
carreria media ,juxta domum Johannis Benedicti ex borea ,domum Petri
Regis ex vento ,carreriam publicam dicte ville ex occidente et Juz
chiry dicte ville ex oriente cum juribus et -pertinentiis dicte domus et
aliis suis rationibus universis ;et pro quaquidem domo dictus Johannes
Termerii se debere et suos confitetur de servicio annuali dicto Aymoni
ut supra stipulanti et suis, anno quolibet in festo beati Michaelis
unum nucleorum rasum ad mensuram Albenci ;et quanquidem confes-
sionem seu regichiam et omnia et singula in presenti instrumento
contenta et inferta promittit dictus Johannes Termerii prefato Aymoni
de Mouxiaco ut supra stipulanti pro se et suis ,per juramentum suum
et sub obligatione omnium bonorum suorum mobilium et immobilium
presentium et futurorum quorumcumque ,ratam ,rata ,gratam »grata ,
firmam et firma habere’ perpetuo et tenere et nunquam per se vel per
alium de jure vel de facto contra facere ,dicere vel venire nec alicui
contra venire volenti in aliquo consentire ,sed dictum’ servicium
singulis annis solvere dicto Aymoni de Mouxiaco ut supra stipulanti et
suis ,necnon dictam domum recognoscere et spetifficare tociens
quociens ipse Johannes Termerii super hoc fuerit requisitus;
renuncians in hoc facto dictus Johannes Termerii per predictum suum
juramentum omni actioni et exceptioni dicte confessionis non facte et
omnium et singulorum premissorum non sic ut supra non rite et non
legitime actorum doli ,mali vis metus et in factum actioni juri per quod
deceptis in .suis contractibus ,subvenitur juri dicenti confessionem
factam extra judicium non valere et omni alteri juri canonico et civili
per quod contra premissa posset facere ,dicere ,venire et juri dicenti
generalem renunciationem non valere nisi specialis precesseris .Actum
Albenci ,ante domum Johannis Terrerii ,presentibus testibus Dompno
Jacobo-de Campo Friolent curato Sancti Germani ,Johanne Terrerii et
Fratre Amedeo Baralis curato Sancti Felicis ad premissa vocatis et
rogatis.
L’an du Seigneur 1418 et le 5 août, qu’il soit manifeste par cet acte public que sur réquisition de Noble Aymon De Mouxy dit Bochars, d’Albens, agissant pour lui et ses héritiers et successeurs, s’est constitué Jean Termier de Bloye qui reconnaît et confesse publiquement et solennellement pour lui et les siens tenir, vouloir et devoir tenir en fief soit emphytéose et du direct domaine du dit Noble Aymon à savoir : une maison avec tous droits et dépendances située à Albens dans la rue médiane, jouxtant la maison de Jean Benoit au Nord, celle de Pierre Rey au Sud, la rue publique de cette ville à l’Ouest et les « Chiry » (lieu-dit ?) de la ville à l’Est. Pour cette maison, Jean Termier confesse devoir à Aymon un ras(*) de noix à la mesure d’Albens de servi annuel, à verser à la Saint Michel. Jean promet de tenir perpétuellement cette reconnaissance pour ferle (?) et valide, de ne jamais la remettre en cause, de ne pas consentir à ce que quiconque ne s’y oppose, promet encore d’acquitter le servi chaque année à Aymon ou aux siens et de renouveler cette reconnaissance au cas où il en serait requis, et ce par serment et sous l’obligation de tous ses biens présents et futurs.
Passé à Albens, devant la maison de Jean Terrier, en présence de Don Jacques De Champfriolent curé de Saint-Germain, de Jean Terrier et de Frère Amédée Baral curé de Saint-Félix, témoins requis.
*) mesure de capacité correspond à un quart (1/4) de coupe, la coupe « à la mesure de Rumilly » valant approximativement 80 litres.
Parmi les nombreux pagi (districts) qui se partageaient la Colonia Vienna sous le Haut-Empire, puis la Civitas Benavensium au Bas-Empire, existait un pagus Dia (nius) ou Dia (nensis), connu par deux inscriptions lapidaires, l’une trouvée à Seyssel (CIL. XII, 2561), l’autre à Hauteville (CIL XII, 2558).
Cette circonscription doit correspondre sensiblement au décanat médiéval de Rumilly et partiellement à celui de Ceyzérieu (Chautagne), s’allongeant du sud au nord, entre le Rhône et une ligne de crêts jouxtant le décanat d’Annecy.
Cette unité coupée en deux par la dorsale du Clergeon était desservie par deux voies romaines bien identifiées : d’une part, la voie impériale de Vienne à Genève par le port de rupture de Condate (Seyssel), bien mis en lumière par P. Dufournet (2) ; d’autre part, la voie secondaire du Val de Fier sur le parcours de laquelle se situait l’important vicus d’Albinnum (CIL XII, 2493-94-95), dont le pagus Albanensis s’étendra plus largement en 1016.
Carte du canton d’Albens
Les travaux de Ch. Marteaux (3) et notre propre contribution (4) nous dispenseront de nous étendre sur Albens même, pour examiner seulement les communes environnantes, dont les vestiges romains sont cependant mal connus, bien que ce terroir fut sans doute peuplé de nombreux habitats, qui restent à repérer.
016. Ansigny (Ansignie au XIIIe siècle) est la plus petite commune du canton. Rien à dire, si dire, si ce n’est son toponyme (5).
043. La Biolle (du latin Betulla : le bouleau). Cette commune de superficie presqu’égale à celle d’Albens (1 246 ha), est sans doute la plus riche en vestiges antiques car elle possède cinq inscriptions lapidaires, qui peuvent d’ailleurs provenir d’Albens même.
La première (CIL. III, 2455), trouvée à la chapelle Saint-Antoine de Montfalcon, est l’épitaphe de Lucius Vibrius Octavianus, haut fonctionnaire d’origine africaine, mais inscrit à la tribu Voltinta. Il a occupé successivement les postes de Préfet de Corse.
La seconde (2491), trouvée au même endroit, est une dédicace aux dieux et déesses immortels, pour le salut des empereurs Septime-Sévère et Caracalla. Elle était offerte par un affranchi du nom de Primus Honoratus, au IIIe siècle.
La troisième, (2496), découverte à la Mollière, est une donation au peuple, aux frais d’un personnage inconnu.
La quatrième (2507), trouvée à la chapelle du château, fragmentaire, ne montre que deux lettres.
Enfin, la cinquième (non enregistrée), découverte en 1979, lors d’une prospection au château de Montfalcon, est donation d’un Viennois, Sennius, dont le nom complet figure sur plusieurs inscriptions, sous les noms de C. Sennius Sabinus à Marigny et Sennius Marcianus à Cran-Gevrier.
Inscription lapidaire trouvée à Montfalcon en 1979
À ces épigraphes, il faut ajouter quelques trouvailles sporadiques : des colonnes, des poteries, des monnaies et une patère en bronze à Longefan (6), un mur de 15 m de long et deux cimetières, l’un à urnes cinéraires, l’autre à sarcophages en dalles, à la Vignette (7).
Certains toponymes fonciers permettent d’ajouter quelques habitats possibles à Savigny, Tarancy et Troissy (8).
052. Cessens (Sexent en 1120). Cette commune aussi étendue (1 280 ha) est cependant montagnarde, et ainsi, moins susceptible d’antiquités. Notons cependant que son nom peut lui faire supposer une origine ancienne (9), mais les tours de César n’ont rien à voir avec le conquérant des Gaules.
108. Épersy est par contre une petite commune dont l’origine foncière est peut-être antique (10).
238. Saint-Germain-La Chambotte. Cette commune de 720 ha commande un des rares passages possible pour joindre le lac, il a pu être pratiqué comme le col du Sapenay. Une épitaphe (CIL. XII, 2502) y mentionne une certaine Taia Secundia, dont le gentilice est connu à Rumilly.
Avec une présence de tuiles à rebords, on y note deux hameaux, Lassy et Marcens, qui peuvent être des toponymes fonciers gallo-romains (11).
239. Saint-Girod. Cette commune est de superficie voisine (610 ha), mais située en plaine. On y a trouvé à Villette des tuiles à rebords et aussi une statuette en bronze d’athlète, qui figure au musée de Chambéry (12). Le hameau de Marcellaz peut recouvrir un domaine secondaire (13).
Figurine en bronze (fonte pleine trouvée à Saint-Girod)
Personnage nu, hauteur 11 cm, debout, bras et jambes légèrement écartés ; la main droite tient un objet (petite baguette) ; un manchon entoure le bras gauche ; le pied droit est restauré.
Hercule combattant ?
158. Mognard (Muniata en 1426). Sur cette commune de 395 ha, nous ne pouvons rien signaler, mais elle a pu posséder une ou plusieurs exploitations rurales antiques.
265. Saint-Ours. Commune de 438 ha, elle a le nom d’un martyr de la légion thébaine. Au lieu dit La Forêt, il y aurait un camp que nous n’avons pu retrouver (14). Par contre, on y a découvert des tuiles à rebords, des monnaies et une statuette en bronze déposée au misée de Chambéry (15).
Figurine en bronze (fonte pleine) découverte à Saint-Ours
Si on ajoute le territoire d’Albens à ces huit communes, on trouve à ce canton une superficie de 64km², qui est loin de couvrir les 480km² que nous avons limité. Mais ce canton est le noyau principal de plusieurs terroirs, parmi les plus riches de Savoie, juxtaposés : Albanais, Semine et Chautagne.
Pierre Broise, 1991
Article initialement paru dans Kronos N° 7, 1992
Personnage nu, hauteur 9 cm aux formes potelées, obèse : type nain dansant, main droite sur la hanche, main gauche levée et repliée.
L’obésité et le geste de la main gauche rappellent l’art étrusque ; l’aspect caricatural évoque l’art hellénistique.
Tête perforée, manquent les pieds.
Dessin d’après le catalogue des collections du musée de Chambéry (1984)
Notes de l’auteur
1) Ch. Marteaux et M. Le Roux Boutae, Annecy 1913, p. 367
P. Broise, Genève et son territoire, Latomus 129, 1974, Bruxelles, p. 42. 2) P. Dufournet, Le carrefour fluvio-routier de Seyssel dans l’Antiquité, colloque sur Alpes, Bourg, 1969, pp. 59-85. 3) Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1911, pp. 223-228. 4) P. Broise, Albens dans l’Antiquité, Académie de Savoie, XII, 1981, pp. 75-84. 5) Insigniacus, selon Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1913, p. 52 6) Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1908, p. 35 7) Ch. Marteaux, Rev. Sa7. 1913, p. 183 8) Sabiniacus, Terentiacus et Trocciacus, selon Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1913, pp. 182-184 et A. Gros, Dictionnaire étymologique de Savoie, 1935, pp. 372, 581,550 9) Sextianus, selon A. Gros, Dictionnaire, p. 118, Notons un Sextius à Sale. 10) Spartiacus, selon Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1913, p. 185 et Boutae, p. 387 11) Kattiacus, selon Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1913, p. 181
Laciacum et Marcianum, d’après A. Gros, Dictionnaire, pp. 300, 322 12) Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1913, p. 181 13) Marcellata, selon A. Gros, Dictionnaire, p. 321 14) Selon Trepier, Académie de Savoie, 1859 et Vuarnet, Académie Chablaisienne, 1937 et 1939 15) Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1913, p. 185
Cette inscription fut découverte vers 1860. Il s’agit d’une épitaphe chrétienne d’une plaque de calcaire dont l’avocat L. Pillet, qui l’étudia le premier en 1861 (inscription chrétienne du VIe siècle trouvée à Grésy-sur-Aix – Mémoire de l’Académie de Savoie) donne la traduction suivante :
« Ici repose de bonne mémoire, Aunemundus, qui vécut dans la paix cent ans et 6 mois ; il mourut le 14ème jour avant les Kalendes de juin, après le consulat de Symanque. »
Cette inscription en mauvais état, dont L. Pillet parle fit un calque, est aujourd’hui visible contre le mur extérieur de la tour féodale de Grésy-sur-Aix. Elle permet d’apporter quelques lumières sur les premiers temps du christianisme en Savoie et dans l’Albanais.
Dans les Alpes du Nord, le christianisme pénètre par deux voies :
– les vallées affluentes du Rhône et le réseau des routes qui les bordent,
– les cols qui relient les bords du Léman à l’Italie.
Aux premiers temps du christianisme
S’il est impossible en l’état actuel des découvertes et des connaissances de proposer une chronologie, on peut toutefois raisonnablement penser que le christianisme s’étant implanté à Genève, le port de Condate (Seyssel) a dû lui aussi être touché très tôt. En effet, cet actif emporium, animé par une compagnie de transporteurs, les nautes, était en contact quotidien avec les bateliers de Lyon.
On imagine mal alors que des Centres comme Etanna (Yenne), Labisco (Les Échelles), Aquae (Aix-Les-Bains)… n’aient pas vite abrité des groupes de chrétiens, alors que des marchands étrangers fréquentaient régulièrement leurs marchés.
Quant aux cols alpins dont on connaît l’importance dans l’antiquité, ils ont dû voir les adeptes de la nouvelle religion se mêler aux groupes de voyageurs en provenance des villes de la plaine du Pô.
Ainsi, dès le Ve siècle, l’église alpine implante ses diocèses dans les grandes villes. Genève d’abord, où le premier évêque connu officie vers 400. Puis le diocèse de Grenoble, qui intéresse la Savoie puisqu’il s’étend alors jusqu’à Aix-Les-Bains. Enfin, celui de Belley qui contrôle les pays du Rhône.
Il faut attendre le VIe siècle pour voir naître les diocèses de Moutiers et de Saint-Jean-de-Maurienne. À cet époque, le christianisme pénètre peu à peu dans les campagnes. Les premiers chrétiens nous ont laissé quelques inscriptions, qui en dépit de leur rareté, apportent déjà nombres d’informations.
Inscriptions du VIe siècle
Date — Lieux — Personne concernée — Contenus de l’inscription
504 — Jongieux — VALHO : le nom de la défunte a une assonance germanique — Inscription au dos d’une stèle dédié a dieu Sylvain. VALHO est une « femme religieuse » qui a vécu 68 ans.
521 — Yenne (découverte en 1954 en remploi dans le mur de l’église ; GUNDEFRIDA — femme burgonde morte le 15 novembre 521 — « Dans ce tombeau repose en paix de bonne mémoire, Gundefrida, qui a vécu 34 ans et 2 mois. Elle est morte le 17ème jour avant les Kalendes de décembre, sous le consulat de Valérius. »
523 ? — Grésy-sur-Aix découverte en 1860 — AUNEMUNDUS — un Burgonde converti à la fin du Ve siècle ; voir photo et traduction
527 — Lugrin près d’Évian trouvée en 1855 — BROVACUS : jeune chrétien racheté par Gondemar, roi de Bourgogne de 523 à 532 — « Dans cette tombe repose, de bonne mémoire, qui vécut 13 ans et 4 mois… sous le consulat unique de Brandobricus, ils furent rachetés par le souverain Gondemar
L’inscription de Grésy-sur-Aix apporte de précieux renseignements sur cette période de transition entre le monde antique et le monde médiéval où le christianisme se diffuse lentement dans les campagnes.
Le défunt est un des ces Burgondes établi dans nos contrées et converti au christianisme sur la fin du Ve siècle.
Son nom, Aunemond, terminé par le radical MUND (lune) indique bien son origine germanique. C’est comme Edmond, Sigismond…
Le peuple burgonde s’installe dans la région en 443 après une longue migration qui l’a conduit des rives de la mer Baltique à celle du Haut-Main pour aboutir enfin en Savoie.
Ce sont des barbares assagis qui arrivent alors. En contact avec le monde romain depuis deux siècles, ils se sont convertis au christianisme sous sa forme arienne, ont élaboré un droit coutumier (connu sous le nom de la loi Gombette), ont adopté la royauté comme forme de gouvernement. Ils véhiculent donc une civilisation originale où se mêlent d’anciennes traditions et des influences romaines.
Conduits par leur roi Gundioch, ils s’installent en Sapaudia sans heurts, comme le sous-entend la Chronica Gallica : « La vingtième année du règne de Théodore, la Sapaudia est donnée au reste des Burgondes pour être partagée avec les indigènes ».
On s’interroge toujours sur la signification du mot Sapaudia ; on pense qu’il désignerait le pays des sapins et s’appliquerait aux Alpes et au Jura. Près de 50 000 Burgondes se mêlent aux populations gallo-romaines d’un territoire centré sur le Jura, limité au nord par les lacs de Bienne et Neuchâtel, à l’Est par le Rhône et le Chablais.
La présence des Burgondes est attestée dans l’Albanais par quelques découvertes archéologiques. Il s’agit de cimetières et de tombes qui furent mis à jour dans les environs de Grésy-sur-Aix et à Albens.
+ L. Pillet signale la découverte entre 1850 et 1860 devant l’église de Grésy d’une « rangée de tombes symétriquement alignées, formées de dalles de molasse et ne contenant que des squelettes » qu’il date du VIe siècle.
+ À Chevilly, un ensemble de tombes formées de dalles de molasse a été mis à jour dans les années 1970. L’une d’elle a livré une magnifique boucle de ceinture damasquinée et a pu être datée de 710.
+ Des tombes semblables furent exhumées à Albens au XIXe siècle et dans les années 1970 lors des travaux de construction du collège. Toutes orientées Est-Ouest.
Elles abritaient le squelette allongé sur le dos, la tête tournée vers l’Ouest. Elles ne renfermaient qu’un mobilier sommaire (ardillon de ceinture en fer).
De part l’orientation et l’absence de mobilier, on les a attribuées au VIe siècle burgonde.
Dans les deux cas d’Albens et de Grésy-sur-Aix, ces cimetières chrétiens succèdent à des nécropoles romaines attestées par de nombreuses découvertes.
Elles mettent en évidence le passage sans rupture véritable d’un monde antique païen à une civilisation médiévale chrétienne. Lorsque le Sapaudia passe dans le domaine Franc après 534, l’histoire de la région se confond avec celle des pays mérovingiens puis avec le monde carolingien. C’est à cette époque qu’un véritable réseau de paroisses s’implante et que le christianisme pénètre les campagnes. Désormais, églises et villages se blottissent à l’ombre des tours et châteaux à l’image du donjon de Grésy-sur-Aix dominant fièrement les environs.
Grésy-sur-Aix : le donjon du château médiéval
Jean-Louis Hebrard
Article initialement paru dans Kronos N° 7, 1992
Tombe burgonde découverte à Albens HJL 1977
Notes de l’auteur :
L. Pillet, mémoire de l’Académie de Savoie, 1961
R. Sauter, L. Chaix : une nouvelle tombe du haut moyen-âge à Chevilly (Grésy-sur-Aix, Savoie)
J. Prieur, la Savoie Antique
Boucle de ceinture burgonde – Chevilly – Grésy-sur-Aix
Nous étions plus de vingt-cinq personnes regroupées devant l’Espace patrimoine pour partir à la découverte de l’architecture rurale (pisé) et de la gestion de l’eau dans l’Albanais (rivière, lavoir, moulin, bassin régulateur de crue).
Nous prenons un petit temps d’échange au cours duquel Jean-François Braissand, maire d’Entrelacs, passe nous voir et nous souhaiter de belles découvertes. Malgré le temps maussade, nous voilà partis en direction de Marline et d’Orly par le « chemin sous-bois » qui longe la voie ferrée. Notre reporter photographe, Annie, en profite pour faire depuis le bord des voies un nouveau cliché de notre groupe.
Quelques temps après, nous effectuons une pause sur le pont qui enjambe l’Albenche, l’occasion pour Jean-Louis de donner quelques explications sur la rivière et de répondre à diverses interrogations.
À l’aide d’un croquis sont abordés l’origine ancienne du nom de la rivière, le tracé rapide de son cours, les crues de ce torrent, les aménagements réalisés pour s’en protéger.
Après être montés jusqu’au lieu-dit « La Curiaz », le groupe se retrouve devant un beau bâtiment construit en pisé.
René explique l’intérêt de ce mode de construction traditionnel que l’on retrouve dans tout l’Albanais et nous fait partager tout son savoir sur ce matériau (mélange d’argile et de gravier).
La pluie ne menace pas encore trop, ce qui nous laisse le temps d’atteindre Marline et son lavoir.
Un édifice public réalisé au début du XXème siècle grâce au concours de l’épouse du député de l’époque, Théodore Reinach. C’est ce que l’on peut lire sur une plaque émaillée, hélas un peu abîmée, visible sur une poutre de la toiture.
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La réalisation de ce petit édifice est à replacer dans le mouvement de construction de lavoirs et bassins qui se développe dans la seconde partie du XIXème siècle, élément central d’une conquête de l’hygiène quotidienne à une époque où l’eau n’arrivait pas automatiquement au robinet de la cuisine. À Marline, l’accès à l’eau avait gagné en proximité (l’Albenche et la Deysse étant assez éloignées du hameau).
Les échanges vont bon train, on évoque cet endroit comme lieu d’échange des nouvelles, on se questionne sur l’organisation de ce lavoir lorsque, la pluie s’intensifiant, nous décidons d’abréger notre programme pour regagner au plus vite l’Espace patrimoine. Nous y retrouvons Bernard qui a préparé une belle collation pour tous ceux qui ont désiré rester un instant. Merci à Marius pour toutes les informations botaniques dont il nous a fait profiter tout au long du chemin et à Annie pour le reportage photographique. Le mot de la fin reviendra à Pascale Rousseau pour cette belle remarque: « le patrimoine a été bien arrosé ».
PS – aux dernières nouvelles, personne ne s’est enrhumé !