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Le Revard au premier temps de la crémaillère et des sports d’hiver

Le réseau ferroviaire savoyard a été établi entre 1854 et 1913. Il consistait à faciliter les échanges entre la France et l’Italie, ainsi qu’à contribuer au désenclavement de la Savoie. Une foule de projets ferroviaires naquirent dans ces années : les grandes lignes existent toujours, mais de nombreuses dessertes locales ou de montagne ont disparu.

À cette époque se créent des organismes tels que le Club Alpin Français (CAF), les syndicats d’initiative d’été.
La Savoie commence à publier des guides et des articles sur les attraits des montagnes et de l’accueil hôtelier.
C’est donc l’apparition et l’essor du tourisme. Quelques années plus tard naîtront des syndicats d’initiative pour la promotion du ski et des sports d’hiver.

L’Avenir d’Aix-les-Bains – 1909. 9 janvier n° 2
  • Aix-les-Bains, reine des stations

Aix-les-Bains accueille chaque année les rois, les reines et les princes du monde entier. Le thermalisme existe, mais les étrangers qui viennent se soigner à Aix-les-Bains aiment aussi se distraire. Leurs lieux de ballades sont alors les suivants ; les Gorges du Sierroz, promenades en bateau à l’Abbaye d’Hautecombe, excursion au belvédère de la Chambotte et au Revard. Un belvédère dont l’accès, peu aisé, va donner lieu à d’importants travaux tant routiers que ferroviaires.

Les promoteurs du Revard

Dans le passé, le Revard est un plateau occupé par le bétail que garde des bergers. Ce lieu est inhabité.

Au 19ème siècle, de nombreuses personnes s’intéressent à la découverte des hautes montagnes. En 1874, naît à Paris le Club Alpin Français. En novembre de cette année se forme une sous-section à Chambéry et une autre à Aix-les-Bains. Cette sous-section se donnera pour but la mise en valeur du Grand Revard par l’amélioration du chemin de Pertuiset. Le 5 octobre 1876, une centaine de touristes empruntent ce sentier, et après 5 heures de marche atteignent le sommet du Revard. Mais cette ascension s’avère pénible pour un grand nombre de marcheurs. Aussi, il s’engage une réflexion sur l’accès au plateau. De plus, les médecins commencent à penser aux vertus curatives de l’altitude et du bon air sur leurs patients.

Le docteur Brochet demande à Monsieur Niklaus Riggenbach (l’ingénieur qui construit le chemin de fer du Rigi en cure à Aix-les-Bains, de donner un avis sur les possibilités techniques et financières d’un éventuel chemin de fer. À cette époque, le docteur Jean Mounard, surnommé « Le Père du Revard » étudie la climatologie du Revard. Il constate que le temps y est sec et très ensoleillé. Aucune montagne aux alentours ne crée de l’ombre et c’est donc un véritable solarium. Il envisage de constituer des cures d’altitude.
En 1883, le docteur Bertier décide la construction au Revard « d’un Chalet Hôtel Club Alpin » inauguré le 14 septembre 1890, mais le chemin est long et les touristes peu nombreux.

En 1888, la faculté de médecine d’Aix-en-Provence propose de construire un sanatorium au Revard et elle estime que de nombreux malades se rendant à Aix-les-Bains pour les cures thermales trouveraient un complément indispensable à leur traitement. La création d’un chemin de fer permettrait aux malades, mais aussi aux touristes français et étrangers de visiter ces charmants paysages et d’en profiter sans fatigue.

La concession du chemin de fer à crémaillère

Le 23 mai 1888, Monsieur Bonno, maire d’Aix-les-Bains réunit un comité d’étude chargé de présenter un avant projet et un devis. Les frais d’étude sont payés par la ville d’Aix-les-Bains, Le Club Alpin Français et les deux casinos d’Aix-les-Bains. En principe, le chemin de fer est ouvert aux voyageurs et à leurs bagages, mais sert aussi de transport des marchandises telles que les denrées alimentaires et les fruits provenant du Montcel, Trévignin, de Mouxy, de Pugny et des Déserts ainsi qu’à tous les objets de consommation.

À la recherche d’actionnaires et après de nombreuses retouches juridico-financières, c’est finalement la société anonyme des chemins de fer de montagne et régionaux qui prend la direction de la construction d’un chemin de fer à crémaillère. En 1819, on construit la crémaillère, les travaux s’achèvent en 1892 et le lundi 15 août 1892, la première ligne grimpe les pentes du Revard.

Description du tracé de la voie ferrée

Il y a deux tracés proposés par la société chargée d’étudier la crémaillère. Finalement, un itinéraire court et pentu est choisi par le conseil municipal. La voie ferrée parcourt environ 9 351 mètres avec des rampes maximum de 20,06%. Le dénivelé était de 1 247 mètres.

Le chemin de fer à crémaillère

La gare de départ à voie unique est installée à l’entrée du parc des thermes, près du parc du casino et des grands hôtels. La salle d’attente et les bureaux sont installés dans un joli chalet. Deux remises situées un peu plus haut abritent le matériel roulant et la locomotive.

La gare

La voie quitte le parc, passe sous le boulevard de la Roche du Roi, puis près de l’hôtel Bernarscon, coupe l’actuel bois Vidal devant la clinique Herbert (d’aujourd’hui).
Nous arrivons ensuite à Mouxy. Tout autour, il y a des champs cultivés, des vignes, des plantations de noyers qui donnent un décor très champêtre.
De Mouxy, la ligne se poursuit au nord-est vers Pugny vers une série de rampantes. Nous rencontrons les dernières vignes et l’on découvre de magnifiques châtaigneraies.

La gare de Pugny

L’arrivée à Pugny nous permet d’admirer le magnifique domaine des Corbières dont les terrains bénéficient, suivant leur exposition d’un climat exceptionnel, doux et bien ensoleillé. C’est dans ce cadre charmant, propice aux cures d’hiver que les reines de Hollande viennent y séjourner.
Après Pugny, la ligne décrit à gauche une courbe prononcée, et la rampe devient pentue. Progressivement, le paysage change, l’aspect agricole disparaît. La vallée d’Aix et d’Albens se déroule à l’infini découvrant une multitude de villages et de chemins. La végétation devient forestière et se constitue de bois touffus. Nous franchissons une gorge profonde sur un beau viaduc d’une longueur de 100 mètres. Il décrit une courbe s’appuyant sur cinq arches de douze mètres de hauteur. La pente est de 17 cm par mètre.
Les voyageurs profitent d’une vue exceptionnelle sur la vallée, le Lac du Bourget et la Montagne du Chat.

À partir de là commence le domaine des sapins. On trouve un petit tunnel, puis nous arrivons à la gare intermédiaire de Pré-Jappert.
Cette halte a une voie d’évitement permettant à la locomotive d’être alimentée en eau.
Après cette pose, le train redémarre poursuivant vers le nord sur les rampes très pentues. Puis, il passe sous un tunnel en courbe de 125 mètres. Nous repartons dans la direction opposée, c’est-à-dire plein sud, toujours en montant très fortement. Enfin, la locomotive peut atteindre les dernières rampes et déboucher sur un plateau au milieu de vastes pâturages, pour aller bientôt s’arrêter à la gare terminus au pied d’un mamelon, point culminant du Revard.

Viaduc des cinq ponts

À la descente du train, on peut emprunter un sentier, qui après avoir passé près du restaurant et du chalet-hôtel nous conduit au mât planté au sommet. De ce lieu, nous découvrons un paysage magnifique sur toutes les Alpes.

La gare de Pré-Japert
La voie et les stations

Elle était formée de deux rails en acier. La crémaillère, les rails et les traverses formant un tout solidaire.
Les stations de Pugny et de Pré-Jappert comportent un évitement permettant le croisement des trains, ainsi que deux grues hydrauliques sur la voie montante, permettant le ravitaillement simultané, les machines des deux trains se succèdent en marche à vue les jours d’affluence.

Le matériel roulant
  • les locomotives
    La compagnie possède 7 locomotives du système Abt à 3 essieux. Elles sont construites en Suisse. Les locomotives sont à deux cylindres. Elles possèdent deux caisses à eau et une soute à charbon.
    Les chaudières sont inclinées vers l’avant, afin de réaliser l’horizontalité dans le parcours des rampes d’environ 12 %.
Schéma de la locomotive S 1. (Doc. S.L.M./B. ROZE).
Les voitures à voyageurs

Les voitures à voyageurs sont au nombre de 10, de modèle luxe ou ordinaire, elles offrent toutes 60 places.
Elles comportent des compartiments transversaux au nombre de six à dix places chacun. Elles ont toutes à l’amont une petite plateforme destinée au serre frein.

Temps de travail du personnel

Dans le cadre de la réglementation du travail et des repos des agents, les horaires de travail sont les suivants :

1ère journée :

  • amplitude : 15h40
  • 4 coupures soit : 5h20
  • travail effectif : 10h20

2ère journée :

  • amplitude : 11h20
  • 2 coupures soit : 2h45
  • travail effectif : 9h05

3ère journée :

  • amplitude : 12h30
  • 1 coupure soit : 2h30
  • travail effectif : 10h00
Horaire des Trains
Inauguration de la ligne

L’inauguration de la ligne a lieu le 5 septembre 1892 en présence du Président de la République, Monsieur Carnot.
Il doit quitter Aix-les-Bains après les cérémonies mais les invités, dont le Ministre de l’Industrie et du Commerce, Monsieur Jules Roche se rendent par la Crémaillère au sommet du Revard.
Au retour à Aix-les-Bains a lieu un repas pour 200 invités au Grand Cercle.

L’exploitation hivernale et le début des sports d’hiver

Le ski fait son apparition modestement et timidement à Chambéry vers 1900. On ne le prit pas au sérieux.
Vers 1906, le Syndicat d’Initiative de la Savoie (Chambéry, Aix-les-Bains) qui avait été fondé en 1895, distribue des skis à la jeunesse.
C’est l’un des animateurs de ce Syndicat d’Initiative, Monsieur Louis Domenget qui fonde le Club des Sports d’Hiver.

Skieurs de l’A.R.C.

Les premiers skieurs et animateurs du Club sont soutenus par un enthousiasme les poussant à pratiquer le ski sans aucun moyen.
Leur entreprise désintéressée n’a pour but que le bien public et la renommée du pays.
Parmi ces gens, il y a Hippolyte Dolin de Chambéry, Louis Gaudin, Louis Rossignoli, Ambroise Domenge, le Docteur Louis Duvernay, Emile Jarrier d’Aix-les-Bains, qui se donnent à l’œuvre avec tant d’enthousiasme.
Ces jeunes skieurs partent d’Aix au petit jour, à pied sec et skis sur le dos, il montent durant 4 heures en suivant la ligne du funiculaire, très enneigé à partir de 1000 à 1100 mètres d’altitude.
Ils arrivent sur un plateau désert. Ils trouvent l’hôtel et le restaurant fermés. Ils skient des heures sans rencontrer personne. Ils mangent sous un sapin. Ils redescendent le soir à ski, le long de la voie, au risque de se rompre le cou au passage des ponts faits de deux planches posées entre les rails.

Skier à trois (Vallon de Crolle)

La Compagnie du Chemin de Fer du Revard ne veut d’abord rien entendre pour faire déblayer la voie et mettre ses trains en route.

Le Club ARC obtient, en déblayant à ses frais, la mise en marche d’un train dominical jusqu’à Pré-Jappert, à 1 044 mètres d’altitude. Le Club paye le train et place lui-même les billets à ses risques et périls. En 1909-1910, le train parvient jusqu’au Revard. Pour permettre l’ouverture de l’hôtel, construit uniquement pour l’usage estival, le Club prend à sa charge l’installation du chauffage central et décide un hôtelier d’Aix à monter tenir l’établissement au Revard.

L’hôtel en hiver

Quelques chiffres ne sont pas inutiles. Durant le premier hiver 1908-1909, il monte 1 400 skieurs. En 1909-1910, il en monte 2 177 mais le public extra-régional n’est pas atteint puisque 60 % du contingent sont aixois ou chambériens. En 1910-1911, il y a 1 473 skieurs dont cette fois-ci 60 % venus de Paris, Lyon, Dijon, Marseille. En 1911-1912, il y a 1 520 skieurs dont 70 % de l’extérieur. Le « Revard sport d’hiver » est désormais lancé.
Dès le début, le Club ARC s’attache à la propagande en faveur d’une bonne technique de ski. Il fait venir de grands norvégiens tels Durban Hansen, Tangwald, le lieutenant Orre.
Le Club fait jalonner des pistes de concours et de promenade et construit les premiers tremplins de saut.

Le saut à ski
La reprise par le P.L.M.

Vers 1920, la Société des chemins de fer de montagne et régionaux éprouva des difficultés financières. Après de nombreuses péripéties, la société Le PLM (chemin de Fer Paris-Lyon-Marseille) décide d’acquérir le chemin de fer à crémaillère.
La société accorde des tarifs préférentiels au Club Alpin, au Touring Club de France et à l’A.R.C. Elle fait l’achat d’une locomotive plus puissante et renforce la voie pour permettre le passage d’un matériel plus lourd.
En 1930 elle fusionne la Société Hôtelière et Touristique du réseau au chemin de fer à crémaillère.
La création de cette filiale l’amène à voir grand : elle achète un domaine foncier de 400 hectares et crée une station de premier ordre. L’amélioration du trafic permet un plus grand débit de voyageurs. La société fait agrandir la gare supérieure, modernise l’hôtel et le restaurant. De nouveaux équipements sportifs sont créés : tennis, golf. Des équipements de sports d’hiver : patinoire, remonte-pente, tremplin, pistes nouvelles.

Arrivée à la gare supérieure

C’est à cette époque que le Revard connaît son apogée. Une clientèle riche vient de toute la France et de l’étranger pour goûter aux plaisirs des sports d’hiver.
De nombreuses compétitions ont lieu et la saison 1933-1934 par exemple, est remarquable.

Une saison bien chargée !
La crémaillère n’est plus

La seconde guerre mondiale met un coup de frein au développement touristique du Revard. Le temps n’est plus au ski mais au combat de la résistance. La paix revenue, la France et la Savoie renouent avec la prospérité.

La voiture se répand peu à peu dans les classes moyennes, la route l’emporte sur le rail, les stations d’altitude surgissent les unes après les autres en Tarentaise, en Maurienne et le Revard n’est plus la grande station des années 30.
La crémaillère disparaît en 1935, suivie du téléphérique en 1969 ; dans les années 1990, on songe de nouveau à la crémaillère dont on a fêté le centenaire en mai 1992. Certains pensent que son tracé pourrait être utilisé pour des promenades pédestres…

Il est loin le temps où en 1923, Bernard Secret pouvait écrire dans la revue « La Montagne » : « De la neige skiable au Revard en mars ! J’ai voulu en avoir le cœur net. Je sautai dans le train. Une heure durant, la machine haleta à travers sapins et rocs, tandis que le plus idéal paysage se déroulait à mes yeux. Un tunnel, une dernière rampe et l’éblouissement soudain, la féerie de neige sous le soleil… »

Denis Berthet

Remerciements
  • À Monsieur Christian Bouvard pour l’abondante documentation qu’il m’a fournie.
  • À Madame Frieh (O.T.T.A. Aix-les-Bains), à Monsieur Bernard Fleuret et Jean-Louis Hébrard pour la documentation photographique.
  • Aux Archives Départementales de la Savoie à qui nous devons l’illustration « sports d’hiver » à Aix-les-Bains.

Article initialement paru dans Kronos n°8, 1993

La revue 41 est sortie !

Notre assemblée générale du vendredi 10 avril a officialisé la sortie du Kronos n°41.

Au sommaire :

  • Monnaies antiques d’Albens : allégories et personnifications
  • Au-delà des évidences : quelques précisions sur le nom et l’histoire de la Savoie
  • Général Dupas, valeureux militaire et propriétaire du château de Ripaille
  • Jean-Louis Petit d’Albens, prisonnier au château d’If en 1848
  • La catastrophe ferroviaire de Brison-Saint-Innocent en 1876
  • L’enseignement en Savoie depuis 1860 (1ère partie)
  • Seyssel – La rafle de février 1944 – Parcours du souvenir
  • Les jouets fabriqués par les mutilés de la Grande Guerre
  • Le coq de bruyère
Couverture du Kronos 41

Vous pouvez la retrouver dans les points de vente suivants :

  • Maison de la presse à La Biolle
  • Magasin SPAR à Albens
  • Carrefour Market de Grésy-sur-Aix
  • Hyper U de Rumilly et de Saint-Félix
  • Espace Culturel Leclerc de Drumettaz

Kronos reçoit Antoine Duchemin et Clémentine Jouvenceau

Lundi 5 janvier, le bureau de l’association accueillait ces deux chercheurs venus nous présenter un travail de reconstitution paysagère.
Quel paysage autour d’Albens au XVIIIe siècle ? Une question à laquelle ils ont cherché à répondre en travaillant à partir de la mappe sarde réalisée vers 1730 mais aussi en exploitant les nombreux documents d’archives. Antoine Duchemin a conduit ce travail documentaire pour nous livrer cette approche des environs d’Albens vers 1730.

À partir de toutes ces recherches, Clémentine Jouvenceau, paysagiste en Haute-Savoie a entrepris un gros travail de mise en couleur, de représentation de la végétation. Au final, cette restitution historique qui mise sur le paysage a le mérite de nous projeter près de trois siècles en arrière. On découvre un monde que nous avons perdu où domine dans la plaine une sorte de bocage, où les routes sont bordées d’arbres, où l’église n’est pas à son emplacement actuel. On prend aussi conscience de l’importance d’un immense marais s’étirant de Braille jusqu’aux confins de La Biolle en passant par Saint-Girod. À l’arrière-plan enfin, on distingue sur le versant dominant Saint-Girod un domaine arboricole avec une châtaigneraie pourvoyeuse de ressources.

Une bien belle réussite qui offre la possibilité d’une confrontation paysage d’antan / paysage actuel. Un va et vient porteur de surprises.
Merci à nos explorateurs des paysages d’autrefois pour ce beau travail. Ils ont accepté de présenter leur recherche lors de la prochaine assemblée générale de Kronos le 10 avril en soirée, où vous pourrez découvrir cette reconstitution

Jean-Louis Hébrard

Visite le 13 février de l’association Aixoise Horizon 73 à l’espace patrimoine Kronos

Pour la deuxième année consécutive des membres de Kronos (Véronique Boinon, Bernard Goddard, Denis Berthet) recevaient un groupe l’association horizon73 pour une visite guidée dans l’espace patrimoine de Kronos à Entrelacs.

Devant les vitrines consacrées à l’archéologie romaine

Ce fut l’occasion de montrer et commenter à travers des vitrines le passé archéologique d’Albens (monnaies romaines et céramiques). Nous avons présenté également la mappe Sarde, l’ancienne pompe à incendie des pompiers, ainsi que les différents objets de l’artisanat local.
Nous avons échangé avec les participants qui nous ont posé plein de questions. Après une petite collation et la distribution d’anciennes revues Kronos, une participante a même
évoqué sa venue à notre assemblée générale du 10 avril à la Biolle.
Nous conservons un très bon souvenir de cette visite et nous espérons qu’elle se renouvellera l’année prochaine.

Denis Berthet

Vernissage de l’exposition « Rumilly, ville ou campagne ? »

Jeudi 26 février 2026, en fin d’après-midi, de nombreuses personnes étaient présentes pour découvrir la nouvelle exposition réalisée par le musée de Rumilly.

Bernard et Jean-Louis représentent l’association Kronos (cliché musée de Rumilly)

À travers documents, photographies, objets, films et témoignages, l’exposition aborde les mutations qu’a connu le monde paysan dans les années 1950-1980 que résume son sous-titre : « D’un monde à l’autre : la paysannerie entre ruralité et modernité ».
Kronos a prêté quelques documents (affiche, carnets de la JAC) ainsi qu’un cercle à fromages.

Cercle à fromages – Fruitière de Cessens, années 1950-1960 – Utilisé dans les fruitières pour le serrage des meules. Prêt Collection KRONOS, Albens

Une belle exposition qui restera visible jusqu’au 2 janvier 2027.

Jean-Louis Hébrard

Assemblée Générale 2026 : 10 avril

Kronos vous convie à son Assemblée Générale qui se déroulera le vendredi 10 avril 2026 à 20h00, à la salle de l’Ébène à La Biolle.

Cette Assemblée Générale sera suivie par une conférence animée par Antoine Duchemin, historien, et Clémentine Jouvenceau, paysagiste-illustratrice, sur le thème «Des archives à l’aquarelle, reconstituer des paysages savoyard disparus : Albens et le Nivolet ».

Le verre de l’amitié terminera la soirée.

Venez nombreux !

Éditorial – Kronos 7, 1992

Le mot du Président lors de l’Assemblée Générale du 20 mars 1992

L’année 1991 a été placée sous le signe des contacts. Une année fort active et fructueuse sur le plan intellectuel qui nous a mis en relation avec les sociétés d’histoire des deux départements ; nous a conduit à entretenir une correspondance suivie avec chercheurs, historiens, ou particuliers amateurs d’histoire locale.

À une époque où la préservation du patrimoine et de l’environnement prend un caractère d’urgence, Kronos a bien sûr son rôle à jouer. La société n’a certainement pas les moyens de s’impliquer dans toutes les opérations de protection, mais elle peut y concourir par l’information et la sensibilisation à travers ses articles et ses activités.

Cette année encore, nous avons essayé (et réussi, nous l’espérons) de faire œuvre utile pour conserver dans notre patrimoine culturel ce que nous avons de plus précieux : la mémoire.

Vous lirez, certainement avec intérêt, les articles que nous vous avons préparés. Ils appelleront, peut-être de votre part des remarques constructives ou vous donneront des idées d’articles. N’hésitez pas à prendre contact avec l’un des membres du bureau. C’est avec votre aide que nous pourrons progresser et aller plus loin dans la recherche de notre histoire.

Une note triste : un de nos plus fidèles adhérents, des plus passionnés, nous a quittés ces dernières semaines. Monsieur le Comte De Mouxy De Loche fût toujours pour nous un concours précieux dans nos recherches, nous faisant partager son enthousiasme pour l’histoire et l’archéologie. Sa disparition a attristé toute la société Kronos.

Pierre Lantaz
Jean-Louis Hebrard

Albens au XVe siècle

Avant les affranchissements de la fin du XVIIIe siècle par les communautés rurales qui rachetèrent les droits seigneuriaux auxquels elles étaient astreintes, beaucoup de paysans savoyards n’étaient pas propriétaires à part entière des terres qu’ils travaillaient : ils les tenaient des seigneurs qui, eux, étaient les maîtres du sol.

Un terrier, ou registre des reconnaissances conservé à la Bibliothèque Municipale d’Annecy (Bonlieu), nous donne l’occasion de montrer dans quelles conditions les paysans de l’Albanais exploitaient leur terre dans la première moitié du XVe siècle. Ce recueil contient 21 reconnaissances et 9 actes d’albergements passés entre 1409 et 1449 en faveur de De Mouxy d’Albens(1) par des habitants des paroisses de Marigny, Bloye, La Biolle, Saint-Germain, Epersy, Massingy, Saint-Girod, Grésy et Albens (hameaux d’Ansigny, Pouilly, Marline, Les Granges et Les Croutaux). Parmi ces paysans, on relève les familles suivantes : Croutaux, Vinet, Bouvier, Termier, Durier, Forestier, Alard, Michel, Balli, Boula, Monnet, Regnet, Bissel, Ferrard, Jacenin, Vergnet, Aubepine et Mermet.

Elle pouvait tenir au statut de paysan. À côté des hommes libres existaient des individus qui dépendaient dans leur personne d’un seigneur, les taillables. Les membres de la famille Coutaux étaient ainsi « hommes liges et taillables à merci » des De Mouxy d’Albens ; en sus des servis, ils acquittaient une redevance marquant cette dépendance personnelle, la taille(2). Surtout, ces hommes étaient dans l’incapacité juridique de tester en toute liberté, ne pouvant transmettre leur tenure qu’à leurs enfants. À une date qui n’est pas précisée dans le terrier, un certain Guichard de Droisy, taillable d’Aymon De Mouxy, mourut sans descendance, ses terres furent donc échues à son maître.

Comptes de la Châtellenie de Cessens et Grésy vers 1427. Rédigés en latin, on lit : « Comptutus Nobilis Jacobi » (Compte de Jacob, Seigneur de …)
Comptes de la Châtellenie de Cessens et Grésy vers 1427.
Rédigés en latin, on lit : « Comptutus Nobilis Jacobi » (Compte de Jacob, Seigneur de …)

Mais d’autre part, l’échute frappait certaines parcelles réputées taillables que l’exploitant soit libre ou non. Le fait fut par exemple précisé dans la reconnaissance passée en 1423 par Péronet Vinet de Marigny : celui-ci n’était pas taillable des De Mouxy mais le pré qu’il tenait d’eux était soumis à l’échute. Entré en possession de la parcelle échue, le seigneur pouvait choisir de l’exploiter lui-même, mais en général, il s’empressait de l’alberger, c’est-à-dire la confier à perpétuité à un autre paysan. Le contrat d’albergement rappelait le montant des servis à acquitter au nouveau tenancier qui devait en outre verser au seigneur un droit d’entrée en jouissance appelé introge, de montant beaucoup plus substantiel que la redevance annuelle. En voici un exemple ; ayant recueilli la terre de Guichard de Droisy l’avons déjà vu, Aymon de Mouxy en albergera une partie (une vigne, un champ et un bois-châtaignier situés à Ansigny) à Jeannette, fille de feu Mermet de Pérouse en 1423, contre un bichet de froment et un quart de châtaignes de redevance annuelle outre l’introge de 55 florins d’or de bon poids.

Il faut enfin souligner une particularité de la seigneurie des De Mouxy d’Albens : leurs taillables n’entraient pas directement en possession de la tenure paternelle, mais seulement ensuite d’un albergement. Ainsi, en 1448, les frères Claude, Pierre, Jacquemet et Jean Croutaux durent-ils verser chacun cinq florins d’introge aux nobles De Mouxy pour entrer en possession des terres laissées par leur défunt père Jean. Le fait mérite d’être souligné puisque cet usage n’avait pas cours dans la plupart des autres seigneuries ; le taillable jouissait de la tenure de son père sans avoir à payer l’introge.

Les reconnaissances ne permettent pas à coup sûr d’évaluer l’étendue des terres qui relevaient des De Mouxy puisque nous ne savons pas si ce registre est complet, s’il décrit la totalité de leurs droits fonciers. En tout cas, à la lecture du registre, leur domaine apparaît très modeste puisque chaque paysan ne reconnut tenir des De Mouxy qu’une à trois parcelles, généralement de petite taille : vignes de quelques fossorées, champs, prés, bois-taillis ou bois châtaigniers excédant rarement la setorée(3) de pré en 1415 à deux journaux de terre et deux tiers de setorée de pré en 1423 pour des reconnaissances.

En échange de la jouissance des biens-fonds, le paysan versait au seigneur une redevance annuelle appelée servi exigible en nature, en argent ou les deux à la fois, de montant généralement modeste. Par exemple, 17 deniers en 3 parcelles totalisant une setorée et demi. 8 deniers et 1 quart (mesure de capacité) de froment « à la mesure de Montfalcon » en 1423 pour 2 setorées de pré. Un veissel (mesure de capacité) d’avoine « à la mesure de capacité » en 1424 pour un journal de bois-châtaignier.

Plutôt qu’un véritable loyer, le servi marquait symboliquement le droit du seigneur. De son vivant, le paysan disposait de sa tenure à peu près comme bon lui semblait ; le paysan pouvait vendre l’immeuble. Ainsi, en 1424, Nicod Michel de Mognard reconnut tenir des De Mouxy un bois-châtaignier qu’il avait acheté à Pierre Durand d’Epersy. On sait qu’à cette occasion, le seigneur prélevait un droit de mutation appelé « lod » dont le montant était proportionnel au prix de vente, généralement un sixième.

D’autre part, la concession des terres était perpétuelle ; autrement dit, la tenure se transmettait d’une génération à l’autre. Cependant, cette faculté de succession était réduite car bien souvent, seuls les enfants pouvaient recueillir l’exploitation et celle du paysan mort sans descendance retournait de plein droit au maître ; on disait qu’elle était commise sans échute. Cette « confiscation » advenait pour deux raisons différentes.

paysan_taillable

Exemples de servis dûs lors des reconnaissances :

  • deux deniers pour un tiers de setorée de pré en 1415
  • un tiers de quart (mesure de capacité) de noix en 1422
  • dix deniers et un sixième de quart de noix
  • douze deniers et un sac de noix
  • huit deniers et un quart de froment à la mesure de Montfalcon en 1423
  • dix-sept deniers en 1415
  • un veissel (mesure de capacité) d’avoine à la mesure de Grésy en 1424

Exemples de servis dûs lors d’albergement :

  • cinq quarts de froment et 1/4 de poule (!) en 1417
  • un quart d’avoine, mesure de Grésy en 1417
  • douze deniers de Genève en 1415
  • un bichet (mesure de capacité) de froment à la mesure de Rumilly et un quart de châtaignes en 1423
  • une coupe (mesure de capacité) de froment à la mesure de Montfalcon en 1447

En annexe :
Reconnaissance de Jean Termeri de Bloye pour le noble Aymond De Mouxy dit Bochars d’Albens du 5 août 1415 (transcription et traduction).

Gérard Detraz et Henri Voiron
Article initialement paru dans Kronos N° 7, 1992

1) Sur Noble Aymond De Mouxy dit Bochars ainsi que Pètremand, Hugonin et Jean de Mouxy (d’Albens), voir « Armorial et Nobiliaire de Savoie » de De Foras, 4e vol. pp. 212-213. Cette famille noble habitait alors « une maison In Villa Albenci jouxte les fossés et la porte de cette ville du côté d’Aix.

2) Malgré le qualificatif de « taillable à merci », c’est-à-dire « à volonté », le montant de la taille n’était pas aléatoire mais fixé par la coutume : la taille que payaient les frères Aymon et Humbert Crouteaux étaient « arrêtées » à la somme de trois sous par an.

3) Une fossorée correspond à environ 0,03 hectare, le journal et la setorée environ 0,3 hectare.

Annexe

CONFESSIO JOHANNIS TERMERII DE BLOYACO

Anno Domini millesimo quatercentesimo decimo quinto ,indicione octava
et die quinta mensis augusti ,per hoc publicum instrumentum cunctis
fiat manifestum quod ad instanciam et requisitionem Nobilis Aymonis de
Mouxiaco dicti Bochars ,de Albenco ,presentis ,stipulantis et
recipientis pro se et suis heredibus et successoribus universis ,
personaliter constitutus Johannes Termerii de Bloyaco sciens et
spontaneus ut asserit nomine suo et suorum heredum et successorum
quorumcumque confitetur sollempniter et tanquam in judicio publice
recognoscit se tenere ,tenere velle et debere se que et suos tenere
constituit de feudo seu emphiteosi et directo domenio prefati Nobilis
Aymonis et suorum ,videlicet quandam domum sitam apud Albencum in
carreria media ,juxta domum Johannis Benedicti ex borea ,domum Petri
Regis ex vento ,carreriam publicam dicte ville ex occidente et Juz
chiry dicte ville ex oriente cum juribus et -pertinentiis dicte domus et
aliis suis rationibus universis ;et pro quaquidem domo dictus Johannes
Termerii se debere et suos confitetur de servicio annuali dicto Aymoni
ut supra stipulanti et suis, anno quolibet in festo beati Michaelis
unum nucleorum rasum ad mensuram Albenci ;et quanquidem confes-
sionem seu regichiam et omnia et singula in presenti instrumento
contenta et inferta promittit dictus Johannes Termerii prefato Aymoni
de Mouxiaco ut supra stipulanti pro se et suis ,per juramentum suum
et sub obligatione omnium bonorum suorum mobilium et immobilium
presentium et futurorum quorumcumque ,ratam ,rata ,gratam »grata ,
firmam et firma habere’ perpetuo et tenere et nunquam per se vel per
alium de jure vel de facto contra facere ,dicere vel venire nec alicui
contra venire volenti in aliquo consentire ,sed dictum’ servicium
singulis annis solvere dicto Aymoni de Mouxiaco ut supra stipulanti et
suis ,necnon dictam domum recognoscere et spetifficare tociens
quociens ipse Johannes Termerii super hoc fuerit requisitus;
renuncians in hoc facto dictus Johannes Termerii per predictum suum
juramentum omni actioni et exceptioni dicte confessionis non facte et
omnium et singulorum premissorum non sic ut supra non rite et non
legitime actorum doli ,mali vis metus et in factum actioni juri per quod
deceptis in .suis contractibus ,subvenitur juri dicenti confessionem
factam extra judicium non valere et omni alteri juri canonico et civili
per quod contra premissa posset facere ,dicere ,venire et juri dicenti
generalem renunciationem non valere nisi specialis precesseris .Actum
Albenci ,ante domum Johannis Terrerii ,presentibus testibus Dompno
Jacobo-de Campo Friolent curato Sancti Germani ,Johanne Terrerii et
Fratre Amedeo Baralis curato Sancti Felicis ad premissa vocatis et
rogatis.

Bibliothèque Municipale d’Annecy – Manuscrit 42 « Terrier de Bloye » – Fo 50-52

L’an du Seigneur 1418 et le 5 août, qu’il soit manifeste par cet acte public que sur réquisition de Noble Aymon De Mouxy dit Bochars, d’Albens, agissant pour lui et ses héritiers et successeurs, s’est constitué Jean Termier de Bloye qui reconnaît et confesse publiquement et solennellement pour lui et les siens tenir, vouloir et devoir tenir en fief soit emphytéose et du direct domaine du dit Noble Aymon à savoir : une maison avec tous droits et dépendances située à Albens dans la rue médiane, jouxtant la maison de Jean Benoit au Nord, celle de Pierre Rey au Sud, la rue publique de cette ville à l’Ouest et les « Chiry » (lieu-dit ?) de la ville à l’Est. Pour cette maison, Jean Termier confesse devoir à Aymon un ras(*) de noix à la mesure d’Albens de servi annuel, à verser à la Saint Michel. Jean promet de tenir perpétuellement cette reconnaissance pour ferle (?) et valide, de ne jamais la remettre en cause, de ne pas consentir à ce que quiconque ne s’y oppose, promet encore d’acquitter le servi chaque année à Aymon ou aux siens et de renouveler cette reconnaissance au cas où il en serait requis, et ce par serment et sous l’obligation de tous ses biens présents et futurs.

Passé à Albens, devant la maison de Jean Terrier, en présence de Don Jacques De Champfriolent curé de Saint-Germain, de Jean Terrier et de Frère Amédée Baral curé de Saint-Félix, témoins requis.

*) mesure de capacité correspond à un quart (1/4) de coupe, la coupe « à la mesure de Rumilly » valant approximativement 80 litres.

Antiquités gallo-romaines du canton d’Albens

Parmi les nombreux pagi (districts) qui se partageaient la Colonia Vienna sous le Haut-Empire, puis la Civitas Benavensium au Bas-Empire, existait un pagus Dia (nius) ou Dia (nensis), connu par deux inscriptions lapidaires, l’une trouvée à Seyssel (CIL. XII, 2561), l’autre à Hauteville (CIL XII, 2558).

Cette circonscription doit correspondre sensiblement au décanat médiéval de Rumilly et partiellement à celui de Ceyzérieu (Chautagne), s’allongeant du sud au nord, entre le Rhône et une ligne de crêts jouxtant le décanat d’Annecy.

Cette unité coupée en deux par la dorsale du Clergeon était desservie par deux voies romaines bien identifiées : d’une part, la voie impériale de Vienne à Genève par le port de rupture de Condate (Seyssel), bien mis en lumière par P. Dufournet (2) ; d’autre part, la voie secondaire du Val de Fier sur le parcours de laquelle se situait l’important vicus d’Albinnum (CIL XII, 2493-94-95), dont le pagus Albanensis s’étendra plus largement en 1016.

Carte du canton d'Albens
Carte du canton d’Albens

Les travaux de Ch. Marteaux (3) et notre propre contribution (4) nous dispenseront de nous étendre sur Albens même, pour examiner seulement les communes environnantes, dont les vestiges romains sont cependant mal connus, bien que ce terroir fut sans doute peuplé de nombreux habitats, qui restent à repérer.

016. Ansigny (Ansignie au XIIIe siècle) est la plus petite commune du canton. Rien à dire, si dire, si ce n’est son toponyme (5).

043. La Biolle (du latin Betulla : le bouleau). Cette commune de superficie presqu’égale à celle d’Albens (1 246 ha), est sans doute la plus riche en vestiges antiques car elle possède cinq inscriptions lapidaires, qui peuvent d’ailleurs provenir d’Albens même.
La première (CIL. III, 2455), trouvée à la chapelle Saint-Antoine de Montfalcon, est l’épitaphe de Lucius Vibrius Octavianus, haut fonctionnaire d’origine africaine, mais inscrit à la tribu Voltinta. Il a occupé successivement les postes de Préfet de Corse.
La seconde (2491), trouvée au même endroit, est une dédicace aux dieux et déesses immortels, pour le salut des empereurs Septime-Sévère et Caracalla. Elle était offerte par un affranchi du nom de Primus Honoratus, au IIIe siècle.
La troisième, (2496), découverte à la Mollière, est une donation au peuple, aux frais d’un personnage inconnu.
La quatrième (2507), trouvée à la chapelle du château, fragmentaire, ne montre que deux lettres.
Enfin, la cinquième (non enregistrée), découverte en 1979, lors d’une prospection au château de Montfalcon, est donation d’un Viennois, Sennius, dont le nom complet figure sur plusieurs inscriptions, sous les noms de C. Sennius Sabinus à Marigny et Sennius Marcianus à Cran-Gevrier.

Inscription lapidaire trouvée à Montfalcon en 1979
Inscription lapidaire trouvée à Montfalcon en 1979

À ces épigraphes, il faut ajouter quelques trouvailles sporadiques : des colonnes, des poteries, des monnaies et une patère en bronze à Longefan (6), un mur de 15 m de long et deux cimetières, l’un à urnes cinéraires, l’autre à sarcophages en dalles, à la Vignette (7).
Certains toponymes fonciers permettent d’ajouter quelques habitats possibles à Savigny, Tarancy et Troissy (8).

052. Cessens (Sexent en 1120). Cette commune aussi étendue (1 280 ha) est cependant montagnarde, et ainsi, moins susceptible d’antiquités. Notons cependant que son nom peut lui faire supposer une origine ancienne (9), mais les tours de César n’ont rien à voir avec le conquérant des Gaules.

108. Épersy est par contre une petite commune dont l’origine foncière est peut-être antique (10).

238. Saint-Germain-La Chambotte. Cette commune de 720 ha commande un des rares passages possible pour joindre le lac, il a pu être pratiqué comme le col du Sapenay. Une épitaphe (CIL. XII, 2502) y mentionne une certaine Taia Secundia, dont le gentilice est connu à Rumilly.
Avec une présence de tuiles à rebords, on y note deux hameaux, Lassy et Marcens, qui peuvent être des toponymes fonciers gallo-romains (11).

239. Saint-Girod. Cette commune est de superficie voisine (610 ha), mais située en plaine. On y a trouvé à Villette des tuiles à rebords et aussi une statuette en bronze d’athlète, qui figure au musée de Chambéry (12). Le hameau de Marcellaz peut recouvrir un domaine secondaire (13).

Figurine en bronze (fonte pleine trouvée à Saint-Girod)
Figurine en bronze (fonte pleine trouvée à Saint-Girod)

Personnage nu, hauteur 11 cm, debout, bras et jambes légèrement écartés ; la main droite tient un objet (petite baguette) ; un manchon entoure le bras gauche ; le pied droit est restauré.
Hercule combattant ?

158. Mognard (Muniata en 1426). Sur cette commune de 395 ha, nous ne pouvons rien signaler, mais elle a pu posséder une ou plusieurs exploitations rurales antiques.

265. Saint-Ours. Commune de 438 ha, elle a le nom d’un martyr de la légion thébaine. Au lieu dit La Forêt, il y aurait un camp que nous n’avons pu retrouver (14). Par contre, on y a découvert des tuiles à rebords, des monnaies et une statuette en bronze déposée au misée de Chambéry (15).

Figurine en bronze (fonte pleine) découverte à Saint-Ours
Figurine en bronze (fonte pleine) découverte à Saint-Ours

Si on ajoute le territoire d’Albens à ces huit communes, on trouve à ce canton une superficie de 64km², qui est loin de couvrir les 480km² que nous avons limité. Mais ce canton est le noyau principal de plusieurs terroirs, parmi les plus riches de Savoie, juxtaposés : Albanais, Semine et Chautagne.

Pierre Broise, 1991
Article initialement paru dans Kronos N° 7, 1992

Personnage nu, hauteur 9 cm aux formes potelées, obèse : type nain dansant, main droite sur la hanche, main gauche levée et repliée.
L’obésité et le geste de la main gauche rappellent l’art étrusque ; l’aspect caricatural évoque l’art hellénistique.
Tête perforée, manquent les pieds.
Dessin d’après le catalogue des collections du musée de Chambéry (1984)

Notes de l’auteur

1) Ch. Marteaux et M. Le Roux Boutae, Annecy 1913, p. 367
P. Broise, Genève et son territoire, Latomus 129, 1974, Bruxelles, p. 42.
2) P. Dufournet, Le carrefour fluvio-routier de Seyssel dans l’Antiquité, colloque sur Alpes, Bourg, 1969, pp. 59-85.
3) Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1911, pp. 223-228.
4) P. Broise, Albens dans l’Antiquité, Académie de Savoie, XII, 1981, pp. 75-84.
5) Insigniacus, selon Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1913, p. 52
6) Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1908, p. 35
7) Ch. Marteaux, Rev. Sa7. 1913, p. 183
8) Sabiniacus, Terentiacus et Trocciacus, selon Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1913, pp. 182-184 et A. Gros, Dictionnaire étymologique de Savoie, 1935, pp. 372, 581,550
9) Sextianus, selon A. Gros, Dictionnaire, p. 118, Notons un Sextius à Sale.
10) Spartiacus, selon Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1913, p. 185 et Boutae, p. 387
11) Kattiacus, selon Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1913, p. 181
Laciacum et Marcianum, d’après A. Gros, Dictionnaire, pp. 300, 322
12) Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1913, p. 181
13) Marcellata, selon A. Gros, Dictionnaire, p. 321
14) Selon Trepier, Académie de Savoie, 1859 et Vuarnet, Académie Chablaisienne, 1937 et 1939
15) Ch. Marteaux, Rev. Sav. 1913, p. 185