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Albanais 1900 – Vivre à la Belle Époque et les nuées de la guerre

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Dans l’Albanais à la Belle Époque

Vivre à la Belle Époque

LA SAVOYARDE

Lorsque j'avais vingt ans, à l'aube des dimanches
Ivre de joie et d'air, j'aimais à m'isoler
Du vain monde en allant, comme autrefois, fouler
Les champs où le ceuillais marguerites et pervenches.

Dans mes courses j'avais le plaisir de parler
À quelque femme ayant coiffe en dentelles blanches
Sur son fichu le cœur et la choix d'or ; des hanches
Prises par un jupon qui semblait les mouler…

Savoyarde d'antan, oh ! qu'es-tu devenue ?
Ainsi que tes atours et leur grâce ingénue
De ton corps faisant mieux ressortir la beauté.

Les filles de nos jours dédaignant le costume
Cher aux temps disparus, dans mon cœur attristé
Je sens grandir, hélas ! le regret, l'amertume.
J.-M. HÉRITIER.

71 Costumes de Savoie - Environs de Chambéry et Aix-les-Bains

Souvenirs épars de la vie d’autrefois

« Les garçons comme les filles portaient des robes jusqu’à ce qu’ils soient propres.

Le dimanche c’était le jour du Seigneur. Ma tante et ma grand-mère sortaient leur robe noire et leurs bijoux pour assister à la messe. Grand-père et mes oncles portaient quant à eux toujours le même costume et leur chapeau aussi. L’hiver à la veillée nous étions nombreux, nous triions les noix, les fruits, les pommes de terre qu’on vendait à des ambulants qui passaient chaque semaine devant la maison. Avec l’argent gagné on achetait des vivres, du savon, l’alcool à brûler pour la lampe et le petit réchaud.

La vie était simple, un rien nous faisait plaisir, malgré le manque de confort, il y avait beaucoup d’affection, de tendresse ».¹

La famille Pillet à Pégis (Albens)
La famille Pillet à Pégis (Albens)
On fait le bois (famille Pillet)
On fait le bois (famille Pillet)
J.-B. Pillet et sa fille
J.-B. Pillet et sa fille

Des modes venues de la ville

On pose en costume du dimanche
On pose en costume du dimanche
Les garçons aussi…
Les garçons aussi…

Le goût pour la petite reine, une certaine recherche dans la mise et l’allure. Les hommes ont très tôt abandonné les costumes traditionnels.

Harmonies, fanfares, et sapeurs-pompiers

Avant la Grande Guerre, il existait des fanfares importantes à Albens ou à La Biolle. Dans cette commune, la fanfare reprit de l’importance après 1925 grâce à l’énergique activité du curé Mermoz qui animait d’une main de maître la fanfare « La Gaîté ».

Des corps de pompiers existaient aussi dans les diverses communes du canton. Ils n’hésitaient pas à conjuguer leurs efforts au moment d’un sinistre important. L’incendie qui détruisit, le 14 juillet 1913, une partie des maisons qui bordent la place publique de Saint-Félix ne fut circonscrit que grâce aux efforts des pompes de Saint-Félix, d’Alby, d’Héry, de Saint-Girod, d’Albens et de Bloye.

« La gaîté » autour du curé Mermoz (La Biolle)
« La gaîté » autour du curé Mermoz (La Biolle)

Le temps des grands repas

La batteuse à Saint-Ours
La batteuse à Saint-Ours

L’arrivée de la batteuse était un moment important de la vie paysanne. Elle signifiait à la collectivité villageoise la récompense du long travail commencé l’année d’avant.

Un repas dans la cour de la ferme
Un repas dans la cour de la ferme

Mobilisant toutes les générations, elle donnait lieu à d’importants rassemblements où « pendant plusieurs jours, dans un travail collectif, on vivait dans la poussière et les débris végétaux ».²

Tout comme les hommes autour de la machine, les femmes s’activaient autour des fourneaux. Une véritable compétition gastronomique s’ouvrait alors pour faire de ces repas de véritables banquets plus que copieux : « Le repas, prévu depuis longtemps par la maîtresse de maison, selon des règles immuables, réunissait autour d’une table souvent montée avec des tréteaux et des planches accompagnées de bancs, tous ces ouvriers d’un jour.

Le service était certes, simple, mais correct, la réputation de chacun étant en jeu… Le rouleau salé de porc, fleuron de l’art culinaire de ces agapes, servi en entrée, était suivi de légumes de saison, de viandes et de fromages. Le tout, bien évidemment, très arrosé de vin rouge provenant des vignes que chaque petit propriétaire cultivait soigneusement, plutôt que ce vin de marchand cher et trop alcoolisé qui coupait les forces ».³

Une fête de la batteuse perpétue chaque été à Saint-Ours le souvenir de ces réunions paysannes estivales.

Les nuées de la guerre

La classe d'Alby 1910 sur le Pont Neuf
La classe d’Alby 1910 sur le Pont Neuf
RECRUTEMENT MILITAIRE. -- Classe de 1900. -- Itinéraire du Conseil de révision.

Nous, PRÉFET DU DÉPARTEMENT DE LA SAVOIE, Officier de la Légion d’honneur.

Itinéraire du Conseil de révision


SÉANCES                 DATES DES OPÉRATIONS        HEURES ET LIEUX
                                                    DES OPÉRATIONS
                                                    (heure légale)
1 Étrangers au dépt     Vend. 19 avril               9 h, du m. dans la salle d’audience du cons. de préfect,
2 Montmélian            Samedi 20 avril              8 h. du matin, à la mairie.
3 Aix- les-Bains        Lundi 22 avril               8 h. du matin,     id.
4 Ruffieux              Mardi 23 avril               2 h. du soir,      id.
5 Albens                Merc. 24 avril               8 h. du matin,     id.
6 La Rochette           Jeudi 25 avril               8 h. du matin,     id.
7. Chamoux              Vend. 26 avril               9 h. du matin,     id,
8 La Motte-Servolex     Samedi 27 avril              9 h. 1/2 du matin, id.
9. Yenne                Lundi 29 avril              10 h. 1/4 du matin, id.
10. Saint-Genix         Mardi 30 avril              11 h. du matin,     id.
11. Pont-Beauvoisin     Merc. 1er mai                8 h. du matin,     id.
12. Les Echelles        Jeudi 2 mai                  8 h. 1/2 du matin, id.
13 Le Châtelard         Vend. 3 mai                  9 h. 1/4 du matin, id.
14 St-Pierre-D'Albig.   Samedi 4 mai                 8 h. du matin,     id.
15 Chambéry - Nord
   et ajournés.         Lundi 6 mai                  9 h. du matin,     id.
16 Beaufort             Mardi 7 mai                 11 h. du matin,     id.
17 Moûtiers             Merc. 8 mai                 10 h. du matin,     id.
18 Bourg-St- Maurice    Jeudi 9 mai                 10 h. du matin,     id.
19 Aime                 Vend. 10 mai                 8 h. 1/2 du matin, id.
20 Bozel                Samedi 11 mai                8 h. du matin,     id.
21 Chambéry - Sud et
   ajournés             Lundi 13 mai                 9 h. du matin,     id.
22 Ugenes               Mardi 14 mai                 9 h. 1/2 du matin, id.
23 Albertville          Merci. 15 mai                8 h. 1/2 du matin, id.
24 Grésy-sur-Isère      Vend. 17 mai                 8 h. 1/4 du matin, id.
25 Aiguebelle           Samedi 18 mai                8 h. du matin,     id.
26 La Chambre           Lundi 20 mai                 2 h. du soir,      id.
27 St-Jean-de-Maur.     Mardi 21 mai                 2 h. du soir,      id.
28 Saint-Michel         Merc. 22 mai                 2 h, 1/2 du soir,  id.
29 Modane               Jeudi 23 mai                 8 h du matin,      id.
30 Lanslebourg          Vend. 24 mai                 9 h. du matin,     id.
31 Ajournés et clô-
   ture des listes.     Mardi 11 juin                9 h. du m., dans la salle d'au-
                                                       dience du cons. de préfect.


Art. 11. - Le présent arrêté sera publié et affiché dans toutes les communes du département ; il sera, en outre, inséré au Recueil des actes administratifs.
Fait à Chambéry, le 12 mars 1904.
Le Préfet de la Savoie,
A. du GROSRIEZ.
Itinéraire du conseil de révision, classe 1900

Être conscrit

La conscription remonte à la Révolution Française avec l’institution du service militaire.

Au XIXe siècle, elle donne lieu dans les campagnes à une véritable cérémonie de la part du contingent annuel de jeunes appelés qui s’emploient à « faire les conscrits ». « Les conscrits de l’année se réunissaient généralement le dimanche précédant le jour du conseil de révision, avec ceux de l’année suivante pour leur remettre le « crochon », c’est-à-dire les préparer à accomplir un acte de la vie que leurs aînés étaient en train de vivre. Ce rite était identique, dans l’esprit tout au moins, à la remise du « crochon » lors des mariages. Un banquet clôturait cette journée ».

Le jour du conseil de révision, les conscrits portaient leurs habits du dimanche. Il était très mal vu d’être réformé ; faire son service était un devoir mais aussi un honneur.

La Biolle : les conscrits de 1906
La Biolle : les conscrits de 1906

À l’issue du conseil, les conscrits du village se regroupaient souvent avec ceux des communes voisines pour partir faire une tournée. Ils arboraient alors toute une décoration chamarrée de cocardes, rubans ou ceintures.

Les Albanais dans la guerre

Ils partiront nombreux à la guerre de 1914-1918. Ceux qui survivront, en garderont d’amers souvenirs : « nous avons passé de sales moments, raconte L. Perroud en 1980, surtout au « chemin des Dames » et à Reims. On a perdu des troupes et du matériel, au « chemin des Dames », nous n’étions pas nombreux en ligne. Nous étions installés sur une crête. Nous sommes restés un mois en ligne sans que personne ne nous relève… Une fois, dans l’Aisne, nous sommes restés quatre jours sans manger, le ravitaillement n’arrivant pas. »

Ceux qui en revinrent ont pu se rattraper lors du banquet donné en leur honneur, le 5 octobre 1919 à Albens. Ils retrouvaient un monde bien changé : celui du XXe siècle.

Albens : les conscrits de la classe 1908
Les campagnes d'un poilu d'Albens
Les campagnes d’un poilu d’Albens
BANQUET DU RETOUR DES POILUS DE LA COMMUNE D'ALBENS

HORS-D'ŒUVRE
MELON
ANCHOIS A LA RUSSE
CERVELAS --- BEURRE

OMBRE-CHEVALIER SAUCE VÉNITIENNE
FILET DE BŒUF RICHELIEU
LIÈVRE SAINT-HUBERT
CHOUX-FLEURS CHANTILLY
POULETS DE GRAINS
SALADE PORTUGAISE

DESSERT
PIÈCES MONTÉES * FROMAGE
CORBEILLE DE FBUITS

CAFÉ * LIQUEURS
VINS A VOLONTÉ

ALBENS, LE 5 OCTOBRE 1919.
Banquet du retour des poilus de la commune d’Albens

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¹ D’après les souvenirs de Rolande Ray.

² Henri Blanc. Moisson de souvenirs : La batteuse. Le Dauphiné.

³ La batteuse. Les amis du vieux Rumilly. N° 8. 1990.

M. Germain. La Haute-Savoie Autrefois. Ed. Horvath.

Louis Perroud raconte la Grande Guerre. Kronos ° 1.

Incendies dans l’entre-deux-guerres : mieux lutter contre le feu

« Samedi matin, vers 4 heures, un violent incendie a détruit près de l’église de Cessens un vaste bâtiment d’habitation et d’exploitation agricole » peut-on lire dans le Journal du Commerce en janvier 1934.
Ce type de d’information revient périodiquement car l’incendie, fléau de tout temps redouté, n’est en rien spécifique des années d’entre-deux-guerres. Toutefois, à partir de ces tragiques nouvelles, on relève des permanences mais on voit aussi se dessiner des évolutions touchant les moyens de lutte, les types de sinistre, la souscription d’assurances. En Savoie, des lettres-patentes signées en 1824 par le roi de Piémont-Sardaigne permettent la création de corps de sapeurs pompiers. Des compagnies se constituent dans les villages de l’Albanais. Les archives permettent parfois d’en dater l’apparition : 1876 pour La Biolle, 1899 pour Albens, vers la même époque pour Saint-Félix (voir l’article de G. Moine, Pompiers d’Albens, dans Kronos n°6).
Dans un environnement très rural, à l’habitat dispersé, les incendies touchent en priorité les fermes et les bâtiments agricoles dans lesquels on stocke tout ce qui est nécessaire à l’alimentation du bétail. C’est ce que l’on apprend en janvier 1934 à propos de l’incendie qui « a éclaté au hameau de Marline dans un corps de bâtiment comprenant : écurie, fenil, granges et hangar… le feu trouvant un aliment facile dans les foins et pailles, tout le bâtiment fut embrasé en peu de temps ».

Gravure illustrantGravure illustrant le combat contre le feu le combat contre le feu
Gravure illustrant le combat contre le feu

La même année à Dressy, c’est « un jeune enfant voulant s’amuser avec des allumettes qui mit imprudemment le feu au foin qui était proche ». Quelques mois plus tard, au hameau de Tarency, dans une ferme, le feu trouve « un aliment facile dans les récoltes engrangées ainsi que dans les nombreux instruments aratoires » et ravage en quelques instants le bâtiment long d’une trentaine de mètres. Dès que l’on s’aperçoit de l’incendie, aux premières flammes visibles, les voisins apportent leur aide en attendant l’arrivée des pompiers : « au même instant, des voisins ayant eux aussi aperçu des flammes accouraient sur les lieux. Un jeune homme du village… qui fut un des premiers sauveteurs accourus, organisait les secours, pendant qu’on s’empressait de prévenir les pompiers ».
L’approvisionnement en eau conditionne l’efficacité de la lutte contre l’incendie. À l’époque, il n’existe pas de réseau d’approvisionnement ni de borne à incendie. On se mobilise donc pour amener de l’eau : « des personnes de l’endroit (Dressy) allaient chercher de l’eau assez loin avec des seaux : des voitures sur lesquelles étaient posés de grands tonneaux allaient aussi chercher de l’eau ». Les seaux comptent parmi les premiers instruments de lutte. Les pompiers en amènent avec la pompe un grand nombre de ces seaux de toile. Pliants, solides, munis d’une poignée renforcée, ils peuvent contenir une bonne dizaine de litres comme on peut le constater sur ce cliché. On les passe de main en main dans d’impressionnantes chaînes humaines.

Seau des pompiers de Saint-Girod (cliché de l'auteur)
Seau des pompiers de Saint-Girod (cliché de l’auteur)

Quand on dispose d’un point d’eau abondant (source, rivière, étang), la lutte est plus efficace comme l’indique le Journal du Commerce à propos d’un incendie à Saint-Girod en 1934 : « l’alerte fut donnée et la pompe de la commune fut rapidement sur place. Peu après, arrivaient les pompiers d’Albens avec leur motopompe. Les pompes purent facilement s’alimenter grâce à la proximité d’un ruisseau et réussirent à circonscrire le sinistre en protégeant les maisons voisines ». Mais bien souvent, comme à Dressy, « l’eau étant insuffisante, au bout d’un instant, la motopompe ne put fonctionner ». La même difficulté se retrouve à Cessens en 1934 où « en raison de la violence du vent du nord et de l’absence d’eau, rien, à part le bétail, n’a pu être sauvé ».
Des progrès se font jour dans l’entre-deux-guerres avec la généralisation de la motopompe qui vient relayer la pompe à bras dont tous les villages sont équipés depuis la fin du XIXème siècle. L’Espace patrimoine d’Albens conserve un exemplaire d’une pompe à bras qui fut achetée après 1860 grâce aux subsides accordés par l’impératrice Eugénie au moment de son passage en Savoie.

Pompe à bras (cliché Kronos)
Pompe à bras (cliché Kronos)

C’est avec elles que les compagnies de pompiers de Saint-Girod, La Biolle, Saint-Félix, Alby, Marigny, Bloye entrèrent en action lors du grand incendie de juillet 1914 à Saint-Félix. Le Journal du Commerce rapporte comment « des chaînes furent organisées et les nombreuses pompes alimentées par l’eau d’un bief et par des bornes-fontaines ». Après la Grande guerre, les compagnies, quand elles le peuvent, s’équipent d’une motopompe.

Motopompe (cliché en ligne)
Motopompe (cliché en ligne)

Celle d’Albens dispose d’un modèle De Dion Bouton, remorquable avec des roues à bandage qui va lui permettre de monter en grande vitesse combattre l’incendie qui touche Dressy en 1934. Quand l’alimentation en eau ne fait pas défaut, son moteur à 4 cylindres permet une aspiration à 8m de 400m3/h. L’emploi réuni de tous ces moyens « modernes » ne permet pas toujours de venir à bout de « nouveaux » sinistres frappant des établissements industriels ou des entrepôts commerciaux. « Un violent incendie a anéanti », nous apprend un article du Journal du Commerce de 1937, « samedi après-midi un bâtiment en maçonnerie à usage d’entrepôt au village des Combes, sur le territoire de la commune de La Biolle, dans les sous-sols duquel étaient conservés près de cent mille douzaines d’œufs ». Avec l’incendie des Combes, ce ne sont pas les foins, la paille ou les récoltes qui sont à l’origine du sinistre mais un camion de livraison qui prend feu dans le garage de l’entreprise après que l’on ait fait le plein d’essence. Le propriétaire réagit au plus vite se saisissant « d’un extincteur, mais gêné par l’intense chaleur dégagée par l’essence enflammée, comme aussi par la fumée, ses efforts furent vains ». Le propriétaire est obligé de s’enfuir car « la chaleur du brasier était telle qu’un pommier se trouvant de l’autre côté de la route, à quinze mètres de là, a été entièrement desséché ». Les pompiers d’Albens, de La Biolle puis ceux d’Aix-les-Bains se révélèrent impuissants devant l’immensité du brasier qui va tout emporter. L’auteur de l’article dresse au final un terrible bilan matériel « Outre le camion de trois tonnes tout neuf, chargé lui-même de 5 000 douzaines d’œufs et du matériel de l’entrepôt, c’est 90 000 douzaines d’œufs conservés dans d’immenses bacs en maçonnerie, situés dans le sous-sol, qui ont été entièrement perdus ». Comme les « coquetiers » d’antan, cet entrepreneur collecte, stocke et vend la production avicole locale. Les dégâts que l’on annonce « s’élèvent à plus de 500 000 francs » mais on apprend qu’ils sont couverts par une assurance.
C’est le plus souvent le cas, mais il y a toujours quelques négligents. Aussi, chaque année les mutuelles rappellent à leurs adhérents la date de l’assemblée générale et l’appel à cotisation. Dans un compte-rendu de février 1937, on apprend que la mutuelle d’Albens « compte 199 adhérents et assure plus de 18 millions de risques ». Les sommes remboursées varient de 75 000 francs à plus de 500 000 francs aussi est-il important de bien évaluer sa couverture. C’est le conseil que donne le président de la mutuelle d’Albens qui rappelle « aux quelques membres encore insuffisamment assurés de bien vouloir vérifier leurs polices et souscrire le cas échéant des avenants ».

Jean-Louis Hebrard

Historique du corps des pompiers d’Albens

En juin 2000, la ville d’Aix-les-Bains accueillait le 30° congrès départemental des Sapeurs Pompiers de Savoie, auquel le corps d’Albens a activement participé. La même année, en août, ce dernier fêtait le 153° anniversaire de sa création. À ces occasions, un numéro spécial de « Art et Mémoire » de la Société d’Art et d’Histoire d’Aix-les-Bains relatait l’histoire des corps de pompiers de l’Albanais et d’Aix et environs. Une brochure commémorative fut éditée pour Albens, tandis que l’Hebdo des Savoie publiait l’article ci-dessous sous la signature d’Henri BILLIEZ de Kronos. À l’occasion du 170° anniversaire du corps d’Albens en cette année 2017, il nous a semblé opportun de le rééditer en ligne.

plaquette_pompiers_2000

Le 30 Congrès Départemental des Pompiers de Savoie les 3 et 4 juin derniers à Aix-les-Bains a été l’occasion d’une active participation d’Albens aux manifestations organisées pour la circonstance.
La Société d’Art et d’Histoire d’Aix a entrepris des recherches aux Archives Départementales sur l’historique des Corps de Pompiers. Un numéro spécial de sa revue « Art et Mémoire  sera consacre à cet historique et devrait sortir en août.
De cet ouvrage est extrait le résumé concernant Albens, fruit des recherches de Joël Lagrange. Lucette Blanc, Louis Modelon et Henri Billiez.
À noter qu’en novembre 1991. le n°6 de Kronos, revue de l’Association « Histoire, Archéologie et témoignages de l’Albanais » comportait un intéressant article de Gilles Moine sur les pompiers d’Albens.
Le texte ci-dessous se veut complémentaire.

Albens

« J’ai l’honneur de vous informer qu’ayant voulu mettre à profit pour la commune d’Albens l’exemple de deux incendies arrivée coup sur coup le même jour en mars dernier à La Biolle et Mognard, j’ai fait le lendemain et jours suivants une souscription dans cette commune pour acquérir les fonds nécessaires à l’achat d’une pompe à incendie et de ses accessoire… ».
Voila ce qu’écrivait le 12 juin 1843, le juge Perrier à l’intendant général, après que le spectacle des malheureux privés de tout après l’incendie de leurs maisons l’ait incité à réagir, bien que sans illusion. Les maisons d’Albens, en effet, couvertes de chaume, donc très vulnérables à l’incendie pourraient… « si la commune mettait à exécution les lettres-patentes du 11 août 1840… et notamment l’article 7*, ce dont elle ne s’est jamais souciée à ce jour… » être mieux protégées.
Cette supplique ne sera transmise par l’intendant au syndic d’Albens que le 2 août 1444. Pour voir « si le conseil peut prévoir une allocation compte tenu des autres dépenses urgentes dont l’agrandissement de l’église ».

Il faudra attendre une délibération du conseil municipal le 19 mars 1846 pour que soit décidé l’achat de pompes avec prélèvement de 400 livres sur les fonds municipaux pour compléter la souscription de 1 160 livres lancée en 1843.

Le 15 avril, l’intendant général, par ordonnance, fixe la dépense et indique le mode de financement.

Finalement, MM. Guérin Pompes à Paris vont offrir trois pompes et accessoires pour le prix de 1 367 livres, avec huit mètres de tuyaux, raccord et torches d’éclairage, ainsi qu’un atlas et manuel, pour un supplément de 191 livres.

La délibération du conseil présidé par le syndic Ferdinand Picolet du 7 juin 1846, fixe la dépense pour l’achat et celle pour la fabrication locale de chariots et échelles.

Mais le 4 décembre 1846, le conseil, par délibération demande que lui soit délégué un commandant des pompiers de Chambéry et deux mécaniciens pour essayer les pompes, récemment livrées.

L’intendant général donne son accord pour dresser procès-verbal après expertise.

Là ! Les pompes expertisées ne sont pas conformes et aussitôt réexpédiées aux fournisseurs.

pompiers_circ1950
Le capitaine Louis Cavallo et ses hommes vers la fin des années 1950.

Création du corps de pompiers d’Albens

Début 1848, sans pompes, un corps de pompiers est crée et le 31 août, une délibération indique que chaque pompier doit être munis d’une plaque à la ceinture marquée « Pompiers d’Albens ». Curieusement, ce n’est que le 7 août 1849 que le capitaine Joseph Rosset, par lettre au syndic, demandera le règlement des 42 plaques commandées à M. Gaillard, orfèvre à Genève !

Enfin, le 14 septembre 1847, la délibération du conseil sous la présidence de Philippe Travers, syndic, marque sa détermination à se procurer une seule pompe, « forte et suffisante pour la localité » auprès de Henry Vogelis, mécanicien fondeur à Chambéry. Elle est montée sur un chariot à quatre roues avec essieux, en fer, et boite en cuivre. Sur l’avant-train se trouve un siège à six places, garni de ses coussins. Le tout pour 1 400 livres payables au 1er janvier 1848.

Dès le 31 août, la commune avait décidé de louer un hangar à Joseph Chamousset poux abriter la pompe.

* art.6 : …aucun bâtiment ne pourra être couvert en chaume, si ce bâtiment n’est éloigné de 200 mètres des autres habitations
* art.7 : …les toitures devront être remplacées par des toitures en tuiles… à la diligence des syndics…

La compagnie va alors mener ses actions chaque fois qu’un incendie viendra troubler la quiétude du village.

Par délibération du 23 septembre 1849, nous apprenons que lors de l’incendie du 21 septembre, le feu a détruit l’un des tuyaux !

Mars nous apprenons aussi, par une lettre du syndic à l’intendant du 3 juin 1860 que les pompiers d’Albens demandent l’autorisation de porter un sabre !

Sans doute est-ce là le dernier épisode d’une période difficile après la réorganisation de la commune en 1856, la démission d’un capitaine et l’élaboration d’un nouveau règlement. Dans son rapport à l’intendant, le syndic rappelle d’ailleurs que le corps a été fondé en 1847. Mais le 25 décembre 1857, un nouveau capitaine démissionnera après 3 mois d’essai qui lui ont_ « démontré son impuissance pour établir dans cette compagnie l’ordre et la discipline convenable ». Lettre signée illisible.

Le 8 octobre 1860, le syndic envoie au préfet un mandat pour l’assurance contre l’incendie du presbytère et de l’église, à charge pour lui de le transmettre au directeur de l’assurance mutuelle à Chambéry. Cette assurance était aussi un moyen prescrit pour faire face aux dépenses que pouvaient engendrer les incendies sur les bâtiments publics.

En 1867, le 17 novembre, au conseil, le maire Félix Canet fera approuver l’achat de « boyaux , ceux de la pompe étant usés à force de servir, pour la somme de 150 francs.

L’année suivante, le neuf août, il proposera l’ouverture d’un crédit de 200 francs pour opérer le payement de l’avant-train de la petite pompe (celle dite de l’impératrice ?) qui s’est révélé « d’une utilité tout exceptionnelle pour le transport à grande vitesse de le petite pompe sur les lieux des sinistres de Saint-Girod et de Saint-Simond à Aix-les-Bains ».

Au 1er janvier 1870, la compagnie réorganisée comporte 51 hommes et 2 pompes. L’uniforme est composé du pantalon bleu roi avec bandes rouges, de la blouse en toile bleue, du képi bleu roi et d’un ceinturon.

Le 14 juillet 1879, les engagements souscrits portent sur 59 personnes dont 51 nouveaux pompiers et 8 anciens.

Le 1er juin 1870, il est procédé à l’achat d’accessoires pour la pompe à incendie pour 550 francs et de képis pour 162,50 francs, ce qui motive une demande de subvention de 300 francs le 10 août 1881.

Réorganisé en 1899, le corps va recevoir un nouveau règlement.

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Les pompiers en 1978.

À la réorganisation de 1904, la conseil (Félix Canet, maire) va délibérer pour répondre à la compagnie qui demande le renouvellement de son équipement qui date de 1888 et à l’achat et à la réparation du matériel, le tout estimé à 3 461 francs (dont 65 équipements à 45 F l’un). Le maire rappelle que conformément au décret du 10 septembre 1903, la commune a pris l’engagement le 7 février 1904, de subvenir aux dépenses du corps mais que ses ressources étant limitées une subvention est demandée au département et à l’État. Cette subvention sera refusée par la commission départementale et le maire insistera à nouveau, rappelant que lors de la réorganisation précédente la commune s’était lourdement endettée pour un emprunt de 3 000 francs.

La facture de François Jacquet, pour 3 461 francs, marchand tailleur à Albens, sera acquittée grâce en partie au secours de 300 francs, octroyé par le département.

Localement, l’eau manque en période de sécheresse, les fontaines sont taries. Une commission va étudier le problème dans l’intérêt de l’hygiène publique… et de La lutte contre les incendies, par décision municipale du 19 août 1906. La question n’aboutira que bien plus tard, une étude d’adduction n’étant lancée qu’en 1937.

Le 24 mais 1912, il est demandé une subvention pour l’équipement des sapeurs-pompiers suite au dernier renouvellement du corps, car la compagnie vient de faire une dépense de 1 700 francs pour l’habillement.

La guerre de 1914-1918 va certainement toucher sévèrement le corps des pompiers. Quels effectifs ont veillé aux incendies pendant cette période ? Les archives sont incomplètes à ce sujet. Le 17 février 1920, le conseil municipal décide la réorganisation d’un corps de sapeurs-pompiers selon le décret du 10 septembre 1903 modifié le 18 avril 1914, soit 54 hommes.

Le 20 février 1925, l’arrêté préfectoral indique que pour une population de 1 599 habitants et 3 pompes, l’effectif sera de 51 hommes (33 sapeurs, 1 capitaine, 1 lieutenant, et deux sous-lieutenants ou adjudants).

Dès lors, le tailleur Jean-Baptiste Devance, d’Albens, fournira à la compagnie des képis (d’officiers, de sergents-majors, de sergents et de sapeurs) pour 1 493 francs tandis qu’en 1925, le 14 juin, il est voté une dépense de 5 000 francs pour l’habillement. Celle-ci sera finalement réglée au tailleur Jean Vagneux, soit, cinquante dolmans en drap bleu foncé et autant de pantalons en drap gris bleu.

Enfin, la modernisation de la compagnie débutera le 22 août 1926 par la décision d’acquérir une motopompe. Une commission municipale choisira le modèle de Dion-Bouton de 25 m³ sur roues, « peinte en rouge incendie », pour le prix de 13 794 francs avec subvention départementale de 1 500 francs et autorisation du préfet pour cet achat donné à Félix Philippe, maire d’Albens.

En 1932, le maire, Jean-Marie Montillet demande le 14 février à son conseil de compléter la subvention du ministère de l’Intérieur (5 000 francs) pour l’achat de tuyaux pour la motopompe, soit 7 865 francs et l’autorisation de traiter avec Louis Rivollet, négociant a Albens.

Une longue période va suivre, pendant laquelle les archives sont très peu fournies ; la guerre de 1939-1945 sera un frein au développement du corps de pompiers qui ne compte que 42 hommes sur 51 en 1939-1941. À tel point qu’en 1945, un groupe informel assurait la sécurité (1). De nombreux incendies provoquèrent à l’initiative de de Louis Cavallo à l’automne 1953, le rassemblement de volontaires décidés à remonter une section de sapeurs-pompiers, décidée le 13 décembre 1953 par le conseil municipal pour une section de 20 hommes. La commune s’engage alors à subvenir pour 30 ans aux dépenses.

La population est alors de 1 580 habitants et l’on dispose de la pompe de Dion-Bouton des années 30 et d’une pompe à bras.

En 1957, un véhicule Matford est acquis auprès du département et un hangar est construit bénévolement sur le champ de foire.

1) Voir Kronos n°6 – Société d’Histoire d’Albens – Gilles Moine

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Les pompiers en 2000.

Albens – Quelques dates

1847 – création du corps
1856 – réorganisation compagnie après démission capitaine – nouveau règlement
8 octobre 1860
1er janvier 1870 – situation du corps : 1 compagnie de 51 hommes et 2 pompes
20 février 1878 – compagnie 51 hommes (délibération du 5 août 1877)
6 septembre 1898 – 49 hommes
(décret 1er décembre 1898) – 54 hommes
14 mars 1904 – 51 hommes
18 juin 1909 – effectif 56 hommes (dont 1 de moins de 20 ans)
20 juin 1909 – arrêté préfectoral – 51 hommes pour 1 613 habitants et 3 pompes.

Albens – Les capitaines

23 septembre 1849 – capitaine Rosset Joseph
1856 – démission d’un capitaine
25 décembre 1857 – démission d’un nouveau capitaine après 3 mais d’essai
9 décembre 1865 – nomination du capitaine Garnier François
18 août 1871 – nomination capitaine Favre Claude
5 février 1879 – lieutenant Philippe Joseph – sous-lieutenant Gaspard Germain (était sergent)
5 février 1881 – démission du lieutenant Philippe Joseph (devient adjoint au maire)
27 juin 1881 – nomination du lieutenant Germain Gaspard (était sous-lieutenant)
(décret 1er juillet 1881)
juin 1884 – démission du capitaine Favre Claude
1886 – Favre Jean, capitaine (?)
21 avril 1888 – capitaine Philippe Félix – lieutenant Germain Gaspard – sous-lieutenant Chavanel Ambroise
11 juillet 1897 – capitaine Philippe Claude (remplace Philippe Félix démissionnaire le 7 juin 1897)
7 janvier 1904 – capitaine Morel Bernard (maréchal des logis de Gendarmerie en retraite) – lieutenant Chavanel Ambroise – sous-lieutenant Pollier Léon
(décret 16 Avril 1904)
5 septembre 1907 – capitaine Darmand Claude
1908 – démission lieutenant Chavanel Ambroise après 33 ans de service. Est nommé capitaine honoraire
19 septembre 1903 – capitaine Bontemps Joseph
(décret 22 octobre 1908)
14 août 1909 – nomination de Pollier Léon lieutenant – sous-lieutenant Ernest Germain
25 mars 1920 – nomination de Montillet Henri, capitaine – lieutenant Léon Pollier – sous-lieutenant Louis Debroux
14 juillet 1925 – nomination du capitaine Arbarete François – lieutenant Pollier Léon – sous-lieutenant Philippe Paul
10 septembre 1930 – nomination des lieutenants Raison Joany – Chanvillard et Ginet François
29 août 1935 – démission d’Arbarete François
13 janvier 1936 – nomination du lieutenant Daviet Théophile (en 1941, Joany Raison est capitaine).

Cette liste est très incomplète et parfois très imprécise. Les dates sont souvent approximatives et ne pourraient être confirmées, pour certaines, que par la découverte de documents autres que ceux déposés aux archives départementales.

(1) – La tradition veut que cette pompe ait été attribuée à Albens par l’impératrice Eugénie lors d’un voyage en Savoie.
(2) – Voir Kronos n°6. Article Gilles Moine.