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Albens au XVe siècle

Avant les affranchissements de la fin du XVIIIe siècle par les communautés rurales qui rachetèrent les droits seigneuriaux auxquels elles étaient astreintes, beaucoup de paysans savoyards n’étaient pas propriétaires à part entière des terres qu’ils travaillaient : ils les tenaient des seigneurs qui, eux, étaient les maîtres du sol.

Un terrier, ou registre des reconnaissances conservé à la Bibliothèque Municipale d’Annecy (Bonlieu), nous donne l’occasion de montrer dans quelles conditions les paysans de l’Albanais exploitaient leur terre dans la première moitié du XVe siècle. Ce recueil contient 21 reconnaissances et 9 actes d’albergements passés entre 1409 et 1449 en faveur de De Mouxy d’Albens(1) par des habitants des paroisses de Marigny, Bloye, La Biolle, Saint-Germain, Epersy, Massingy, Saint-Girod, Grésy et Albens (hameaux d’Ansigny, Pouilly, Marline, Les Granges et Les Croutaux). Parmi ces paysans, on relève les familles suivantes : Croutaux, Vinet, Bouvier, Termier, Durier, Forestier, Alard, Michel, Balli, Boula, Monnet, Regnet, Bissel, Ferrard, Jacenin, Vergnet, Aubepine et Mermet.

Elle pouvait tenir au statut de paysan. À côté des hommes libres existaient des individus qui dépendaient dans leur personne d’un seigneur, les taillables. Les membres de la famille Coutaux étaient ainsi « hommes liges et taillables à merci » des De Mouxy d’Albens ; en sus des servis, ils acquittaient une redevance marquant cette dépendance personnelle, la taille(2). Surtout, ces hommes étaient dans l’incapacité juridique de tester en toute liberté, ne pouvant transmettre leur tenure qu’à leurs enfants. À une date qui n’est pas précisée dans le terrier, un certain Guichard de Droisy, taillable d’Aymon De Mouxy, mourut sans descendance, ses terres furent donc échues à son maître.

Comptes de la Châtellenie de Cessens et Grésy vers 1427. Rédigés en latin, on lit : « Comptutus Nobilis Jacobi » (Compte de Jacob, Seigneur de …)
Comptes de la Châtellenie de Cessens et Grésy vers 1427.
Rédigés en latin, on lit : « Comptutus Nobilis Jacobi » (Compte de Jacob, Seigneur de …)

Mais d’autre part, l’échute frappait certaines parcelles réputées taillables que l’exploitant soit libre ou non. Le fait fut par exemple précisé dans la reconnaissance passée en 1423 par Péronet Vinet de Marigny : celui-ci n’était pas taillable des De Mouxy mais le pré qu’il tenait d’eux était soumis à l’échute. Entré en possession de la parcelle échue, le seigneur pouvait choisir de l’exploiter lui-même, mais en général, il s’empressait de l’alberger, c’est-à-dire la confier à perpétuité à un autre paysan. Le contrat d’albergement rappelait le montant des servis à acquitter au nouveau tenancier qui devait en outre verser au seigneur un droit d’entrée en jouissance appelé introge, de montant beaucoup plus substantiel que la redevance annuelle. En voici un exemple ; ayant recueilli la terre de Guichard de Droisy l’avons déjà vu, Aymon de Mouxy en albergera une partie (une vigne, un champ et un bois-châtaignier situés à Ansigny) à Jeannette, fille de feu Mermet de Pérouse en 1423, contre un bichet de froment et un quart de châtaignes de redevance annuelle outre l’introge de 55 florins d’or de bon poids.

Il faut enfin souligner une particularité de la seigneurie des De Mouxy d’Albens : leurs taillables n’entraient pas directement en possession de la tenure paternelle, mais seulement ensuite d’un albergement. Ainsi, en 1448, les frères Claude, Pierre, Jacquemet et Jean Croutaux durent-ils verser chacun cinq florins d’introge aux nobles De Mouxy pour entrer en possession des terres laissées par leur défunt père Jean. Le fait mérite d’être souligné puisque cet usage n’avait pas cours dans la plupart des autres seigneuries ; le taillable jouissait de la tenure de son père sans avoir à payer l’introge.

Les reconnaissances ne permettent pas à coup sûr d’évaluer l’étendue des terres qui relevaient des De Mouxy puisque nous ne savons pas si ce registre est complet, s’il décrit la totalité de leurs droits fonciers. En tout cas, à la lecture du registre, leur domaine apparaît très modeste puisque chaque paysan ne reconnut tenir des De Mouxy qu’une à trois parcelles, généralement de petite taille : vignes de quelques fossorées, champs, prés, bois-taillis ou bois châtaigniers excédant rarement la setorée(3) de pré en 1415 à deux journaux de terre et deux tiers de setorée de pré en 1423 pour des reconnaissances.

En échange de la jouissance des biens-fonds, le paysan versait au seigneur une redevance annuelle appelée servi exigible en nature, en argent ou les deux à la fois, de montant généralement modeste. Par exemple, 17 deniers en 3 parcelles totalisant une setorée et demi. 8 deniers et 1 quart (mesure de capacité) de froment « à la mesure de Montfalcon » en 1423 pour 2 setorées de pré. Un veissel (mesure de capacité) d’avoine « à la mesure de capacité » en 1424 pour un journal de bois-châtaignier.

Plutôt qu’un véritable loyer, le servi marquait symboliquement le droit du seigneur. De son vivant, le paysan disposait de sa tenure à peu près comme bon lui semblait ; le paysan pouvait vendre l’immeuble. Ainsi, en 1424, Nicod Michel de Mognard reconnut tenir des De Mouxy un bois-châtaignier qu’il avait acheté à Pierre Durand d’Epersy. On sait qu’à cette occasion, le seigneur prélevait un droit de mutation appelé « lod » dont le montant était proportionnel au prix de vente, généralement un sixième.

D’autre part, la concession des terres était perpétuelle ; autrement dit, la tenure se transmettait d’une génération à l’autre. Cependant, cette faculté de succession était réduite car bien souvent, seuls les enfants pouvaient recueillir l’exploitation et celle du paysan mort sans descendance retournait de plein droit au maître ; on disait qu’elle était commise sans échute. Cette « confiscation » advenait pour deux raisons différentes.

paysan_taillable

Exemples de servis dûs lors des reconnaissances :

  • deux deniers pour un tiers de setorée de pré en 1415
  • un tiers de quart (mesure de capacité) de noix en 1422
  • dix deniers et un sixième de quart de noix
  • douze deniers et un sac de noix
  • huit deniers et un quart de froment à la mesure de Montfalcon en 1423
  • dix-sept deniers en 1415
  • un veissel (mesure de capacité) d’avoine à la mesure de Grésy en 1424

Exemples de servis dûs lors d’albergement :

  • cinq quarts de froment et 1/4 de poule (!) en 1417
  • un quart d’avoine, mesure de Grésy en 1417
  • douze deniers de Genève en 1415
  • un bichet (mesure de capacité) de froment à la mesure de Rumilly et un quart de châtaignes en 1423
  • une coupe (mesure de capacité) de froment à la mesure de Montfalcon en 1447

En annexe :
Reconnaissance de Jean Termeri de Bloye pour le noble Aymond De Mouxy dit Bochars d’Albens du 5 août 1415 (transcription et traduction).

Gérard Detraz et Henri Voiron
Article initialement paru dans Kronos N° 7, 1992

1) Sur Noble Aymond De Mouxy dit Bochars ainsi que Pètremand, Hugonin et Jean de Mouxy (d’Albens), voir « Armorial et Nobiliaire de Savoie » de De Foras, 4e vol. pp. 212-213. Cette famille noble habitait alors « une maison In Villa Albenci jouxte les fossés et la porte de cette ville du côté d’Aix.

2) Malgré le qualificatif de « taillable à merci », c’est-à-dire « à volonté », le montant de la taille n’était pas aléatoire mais fixé par la coutume : la taille que payaient les frères Aymon et Humbert Crouteaux étaient « arrêtées » à la somme de trois sous par an.

3) Une fossorée correspond à environ 0,03 hectare, le journal et la setorée environ 0,3 hectare.

Annexe

CONFESSIO JOHANNIS TERMERII DE BLOYACO

Anno Domini millesimo quatercentesimo decimo quinto ,indicione octava
et die quinta mensis augusti ,per hoc publicum instrumentum cunctis
fiat manifestum quod ad instanciam et requisitionem Nobilis Aymonis de
Mouxiaco dicti Bochars ,de Albenco ,presentis ,stipulantis et
recipientis pro se et suis heredibus et successoribus universis ,
personaliter constitutus Johannes Termerii de Bloyaco sciens et
spontaneus ut asserit nomine suo et suorum heredum et successorum
quorumcumque confitetur sollempniter et tanquam in judicio publice
recognoscit se tenere ,tenere velle et debere se que et suos tenere
constituit de feudo seu emphiteosi et directo domenio prefati Nobilis
Aymonis et suorum ,videlicet quandam domum sitam apud Albencum in
carreria media ,juxta domum Johannis Benedicti ex borea ,domum Petri
Regis ex vento ,carreriam publicam dicte ville ex occidente et Juz
chiry dicte ville ex oriente cum juribus et -pertinentiis dicte domus et
aliis suis rationibus universis ;et pro quaquidem domo dictus Johannes
Termerii se debere et suos confitetur de servicio annuali dicto Aymoni
ut supra stipulanti et suis, anno quolibet in festo beati Michaelis
unum nucleorum rasum ad mensuram Albenci ;et quanquidem confes-
sionem seu regichiam et omnia et singula in presenti instrumento
contenta et inferta promittit dictus Johannes Termerii prefato Aymoni
de Mouxiaco ut supra stipulanti pro se et suis ,per juramentum suum
et sub obligatione omnium bonorum suorum mobilium et immobilium
presentium et futurorum quorumcumque ,ratam ,rata ,gratam »grata ,
firmam et firma habere’ perpetuo et tenere et nunquam per se vel per
alium de jure vel de facto contra facere ,dicere vel venire nec alicui
contra venire volenti in aliquo consentire ,sed dictum’ servicium
singulis annis solvere dicto Aymoni de Mouxiaco ut supra stipulanti et
suis ,necnon dictam domum recognoscere et spetifficare tociens
quociens ipse Johannes Termerii super hoc fuerit requisitus;
renuncians in hoc facto dictus Johannes Termerii per predictum suum
juramentum omni actioni et exceptioni dicte confessionis non facte et
omnium et singulorum premissorum non sic ut supra non rite et non
legitime actorum doli ,mali vis metus et in factum actioni juri per quod
deceptis in .suis contractibus ,subvenitur juri dicenti confessionem
factam extra judicium non valere et omni alteri juri canonico et civili
per quod contra premissa posset facere ,dicere ,venire et juri dicenti
generalem renunciationem non valere nisi specialis precesseris .Actum
Albenci ,ante domum Johannis Terrerii ,presentibus testibus Dompno
Jacobo-de Campo Friolent curato Sancti Germani ,Johanne Terrerii et
Fratre Amedeo Baralis curato Sancti Felicis ad premissa vocatis et
rogatis.

Bibliothèque Municipale d’Annecy – Manuscrit 42 « Terrier de Bloye » – Fo 50-52

L’an du Seigneur 1418 et le 5 août, qu’il soit manifeste par cet acte public que sur réquisition de Noble Aymon De Mouxy dit Bochars, d’Albens, agissant pour lui et ses héritiers et successeurs, s’est constitué Jean Termier de Bloye qui reconnaît et confesse publiquement et solennellement pour lui et les siens tenir, vouloir et devoir tenir en fief soit emphytéose et du direct domaine du dit Noble Aymon à savoir : une maison avec tous droits et dépendances située à Albens dans la rue médiane, jouxtant la maison de Jean Benoit au Nord, celle de Pierre Rey au Sud, la rue publique de cette ville à l’Ouest et les « Chiry » (lieu-dit ?) de la ville à l’Est. Pour cette maison, Jean Termier confesse devoir à Aymon un ras(*) de noix à la mesure d’Albens de servi annuel, à verser à la Saint Michel. Jean promet de tenir perpétuellement cette reconnaissance pour ferle (?) et valide, de ne jamais la remettre en cause, de ne pas consentir à ce que quiconque ne s’y oppose, promet encore d’acquitter le servi chaque année à Aymon ou aux siens et de renouveler cette reconnaissance au cas où il en serait requis, et ce par serment et sous l’obligation de tous ses biens présents et futurs.

Passé à Albens, devant la maison de Jean Terrier, en présence de Don Jacques De Champfriolent curé de Saint-Germain, de Jean Terrier et de Frère Amédée Baral curé de Saint-Félix, témoins requis.

*) mesure de capacité correspond à un quart (1/4) de coupe, la coupe « à la mesure de Rumilly » valant approximativement 80 litres.

Forum des associations – 6 septembre 2025

Comme tous les ans, notre association tenait son stand au Forum des associations installé dans le gymnase d’Albens.
La commune nous avait remarquablement installés afin que nous puissions présenter toutes nos publications et recevoir le public attiré par les photographies disposées sur des grilles.

De nombreuses personnes se sont arrêtées devant notre stand pour échanger mais aussi pour se procurer quelques numéros anciens qui manquaient à leur collection. Au passage nous en avons profité pour présenter la sortie que nous organisons lors des journées du patrimoine (dimanche 21 septembre). Plusieurs inscriptions furent enregistrées.

Notre exposition de photographies anciennes a été remarquée, plus particulièrement cette vue de la « Grand rue » qui a fourni matière à de nombreuses remarques sur le temps qui passe.

La rue centrale d'Albens vers 1905 (archives Kronos)

La rue centrale d’Albens vers 1905 (archives Kronos)

C’est une équipe fournie qui a assuré l’installation du stand (transport des revues et des livres, mise en place des panneaux, tirage des flyers…). On y trouvait réunis Annie, René, Marius, Jean-Louis et Bernard, notre photographe attitré, qui trouve que l’équipe est souvent bien plus agitée au moment de réaliser la photographie de groupe.

Une belle réussite qui nous permet toujours de prendre conscience de l’intérêt que nous portent les élus et le public.


J-L Hébrard

Journées du Patrimoine 2025

À l’occasion des journées du Patrimoine 2025, le dimanche 21septembre, l’association Kronos vous propose une promenade patrimoniale au départ d’Albens jusqu’à Orly et Marline, pour une découverte de l’architecture rurale et de la gestion de l’eau.

Départ de l’Espace Patrimoine à 14h
(177 rue du Mont-Blanc, Albens Entrelacs)


Prévoir de bonnes chaussures
Durée : de 2 à 3 heures (6 à 7 km)


Réservation conseillée : contact@kronos-albanais.org

Regard sur l’Albanais au début du XXème siècle

Réalisée à l’occasion de la journée « Culture et Vous » du samedi 7 juin, cette exposition intitulée « Regard sur l’Albanais au début du XXème siècle » vous propulse plus d’un siècle en arrière.
Tirées à partir de vieilles plaques photographiques en verre, ces images donnent à voir quelques moments de la vie quotidienne. La série se termine par un cliché pris après la Grande guerre, au moment de l’inauguration du monument aux morts d’Albens en 1922.

Prenez un verre au café Ginet à Saint-Félix
Prenez un verre au café Ginet à Saint-Félix
Découvrez les conscrits de Saint-Girod
Découvrez les conscrits de Saint-Girod

Ou allez au chalet du Sire pour une descente à ski
Ou allez au chalet du Sire pour une descente à ski

En poursuivant plus avant dans l'exposition, admirez les acrobates à la vogue de Saint-Félix
En poursuivant plus avant dans l’exposition, admirez les acrobates à la vogue de Saint-Félix

Attendez devant la Poste d'Albens
Attendez devant la Poste d’Albens

Deux autres clichés sont plus insolites :

Cerclage d'une roue de charrette
Cerclage d’une roue de charrette
Procession dans la rue de la poste, aujourd'hui rue Joseph Michaud
Procession dans la rue de la poste, aujourd’hui rue Joseph Michaud

La dernière photographie a été réalisée le jour de l’inauguration du monument aux morts d’Albens en novembre 1922. Elle donne un aperçu de la foule qui est présente ce jour-là.

Inauguration du monument aux morts d'Albens
Inauguration du monument aux morts d’Albens

Merci à tous ceux qui ont bien voulu confier à l’association ces beaux témoignages réalisés pour l’essentiel dans les années 1900 à 1910.


* Les tirages des clichés et la mise en forme, ont été réalisés par le studio Grand Angle à Aix-les-Bains


Jean-Louis Hébrard

En l’honneur de TRAJAN : une inscription latine du IIème siècle désormais visible à l’Escale

  • Découverte au XVIIIème siècle dans le village – placée au XIXème siècle dans le mur de la cure, puis à la fin du XXème siècle devant le nouveau centre administratif.
  • L’inscription : plaque de calcaire moulurée, brisée à gauche, dimensions : 62,5 x 130,5 x 22 cm. Texte de 3 lignes en lettres majuscules profondément gravées, bien lisibles dont il manque la moitié.
Inscription latine
Inscription latine
  • Ce qu’elle raconte :
    1ère ligne : indique le nom de l’évergète CERTI et sa filiation.
    2ème ligne : Il offre au villageois VICANIS d’Albens, une construction avec ses ornements (ORNAMENTIS).
    3éme ligne : en l’honneur de l’empereur Trajan (TRAINI) qui vient de remporter en 116 une victoire sur les Parthes (PARTICI).
    Cette indication permet de dater l’inscription entre 117 et 118.

Un dernier terme demeure encore incompréhensible : VANTESICAE.

Cette inscription, complétée par celle conservée à Marigny-Saint-Marcel atteste de l’importance antique d’Albens (temples, thermes, aqueduc, palestre).

Placée désormais à l’Escale elle permettra à tous de prendre conscience d’une très longue permanence humaine.
Merci à la municipalité d’Entrelacs pour la sauvegarde de ce témoin antique bi-millénaire.

Pour en savoir plus : reportez-vous au numéro 8 de la revue Kronos.

Hébrard Jean-Louis

Des classes de CP découvrent le patrimoine antique d’Albens

En ce début du mois de juin, les classes de CP de l’Albanaise ont réalisé une promenade patrimoniale dans Albens.

L’École l’Albanaise

Rendez- vous avait été donné avec la classe de M-F. Eynard le lundi 2 juin puis le jeudi suivant avec celle de C. Moggi. La mission consistait à faire découvrir tout ce que l’on a conservé du passé romain de notre cité. Après avoir observé la belle inscription installée dans le mur du nouveau centre culturel, nous nous sommes rendus au vieux cimetière d’Albens où une grande colonne antique nous attendait. Elle a permis d’imaginer l’importance du temple auquel elle appartenait il y a 2 000 ans. La sortie s’est prolongée par un passage à l’Espace Patrimoine pour explorer le musée et ses collections.

Les CP devant l'Espace patrimoine
Les CP devant l’Espace Patrimoine

Avec la complicité de Jean-Louis Hébrard, un petit exercice de lecture d’une inscription latine a été proposé aux 50 archéologues en herbe.

Inscription latine du 1er siècle (en photographie au musée).
Inscription latine du 1er siècle (en photographie au musée).


L’occasion de découvrir l’importance du bourg romain d’Albens avec ses temples, ses thermes avec un aqueduc pour l’alimenter en eau pour les bains.
Une belle sortie à reprogrammer dans les années prochaines. Rappelons que toutes nos interventions sont gratuites, il suffit de nous contacter sur le site www.kronos-albanais.org


Jean-Louis Hébrard

Élèves de La Biolle et Albens à Crosagny

Mardi 27 mai une rencontre entre les élèves de Cours Moyen des écoles d’Albens et de La Biolle eut pour thème l’histoire locale de Crosagny .

René Canet avec sa verve habituelle conta l’aventure de Poncini, cet italien suisse venu de son Tessin natal, qui creusa la terre avec une centaine d’ouvriers pour fabriquer tuiles et briques. S’en suivit la visite du village de Braille chère à notre guide.

Au moulin, l’histoire du meunier narrée par Marius Bonhomme permit aux enfants de découvrir la vie autrefois. Tout se termina par la découverte des petites bêtes de la mare.

Une journée bien appréciée par les 110 enfants et leurs accompagnateurs.

Assemblée Générale 2025

Kronos vous convie à son Assemblée Générale qui se déroulera le vendredi 18 avril 2025 à 20h00, à la salle polyvalente Chantal Mauduit à Albens, et qui sera l’occasion de fêter le 40ème numéro de Kronos.

Cette Assemblée Générale sera suivie par une conférence animée par Jean-Louis Hébrard, sur le thème « Cartes postales et photographies pour documenter l’Albanais avant 1914 ».

Le verre de l’amitié terminera la soirée.

Venez nombreux !

Forums des associations de Saint-Félix et d’Albens : on y était !

Samedi 6 septembre 2024, dans la cour de l’ancienne école maternelle de Saint-Félix, Kronos avait installé son stand. Grâce à Viviane Fay de l’AEMC qui s’est occupée de la logistique, nous disposions d’une table, de chaises et d’une prise de courant afin d’alimenter un ordinateur et présenter, grâce à un power- point, notre dernier ouvrage « Couronnement de la Rosière à Albens ».

Marius, Bernard et Jean-Louis tiennent le stand (cliché Kronos)

Bernard Fleuret a eu l’occasion de rencontrer les élus locaux, le maire de Saint-Félix, Alain Bauquis, ainsi que la conseillère départementale, Fabienne Duliège. Nous avons aussi noué de nombreux contacts avec les associations voisines ainsi qu’avec les curieux d’histoire locale attirés par nos publications. Nous leurs avons aussi indiqué l’adresse de notre site. Des adhésions ont ainsi été enregistrées.

En pleine discussion avec des curieux d’histoire (cliché V. Fay)

Le lendemain, nous étions présents au forum des associations d’Albens avec une équipe encore plus étoffée (Jean-Louis, Bernard, Annie, Raymond, Marius et parfois Gérard).

L’équipe au stand d’Albens (cliché Bernard Fleuret)

Nous avons aussi rencontré beaucoup d’intérêt auprès des visiteurs, répondu à de nombreuses sollicitations. C’est pourquoi une équipe étoffée est un véritable atout pour pouvoir répondre aux nombreuses demandes d’information lorsque plusieurs personnes nous interpellent en même temps. Des ventes (deux livres, une revue), des promesses d’adhésion, s’inscrivent à l’actif de cette matinée.

Remercions la municipalité d’Entrelacs, son maire Jean-François Braissand et toutes les équipes pour cette belle réussite.


Jean-Louis Hébrard

Albanais 1900 – Nos villages (Albens, La Biolle, L’émigration)

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Nos villages

ALBENS

Depuis 1861, Albens est le chef-lieu d’un canton de neuf communes. Les guides des années 1900 signalent le village pour « sa belle église moderne aux chapiteaux historiés » et son passé antique.

En l’espace d’un demi-siècle, la bourgade a connu quelques transformations importantes. Tout d’abord le déplacement de son centre de gravité lorsqu’en 1867 la nouvelle église fut implantée dans le pré Langard, à côté de la route de Rumilly ; ensuite, une série de constructions caractéristiques de la révolution industrielle et de la IIle République : la gare inaugurée en 1866, le groupe scolaire mixte achevé en 1882 et accueillant la mairie en 1893.

Avec 1 559 habitants en 1911, Albens est le village le plus peuplé du canton ; ses habitants travaillent surtout dans l’agriculture, mais déjà certains trouvent de l’activité dans l’industrie fromagère à Saint-Félix ou dans la fabrication des tuiles chez Poncini.

Le docteur Rosset, diplômé des Universités de Paris, est le médecin du Canton ; la pharmacie se trouve quartier de la gare. Albens a son poste de gendarmerie donnant sur la Grande Rue, ses nombreux commerces et cafés.

Albens - Derrière l'église
Albens – Derrière l’église

LE GÉNÉRAL PHILIBERT MOLLARD

Glorieux enfant d’Albens, Philibert Mollard est célébré par la presse de l’époque autant pour ses qualités militaires que pour son attachement à la France.

En 1866, un journaliste du Mont-Blanc écrit à son sujet : « C’était chez lui une habitude de gagner tous ses grades supérieurs sur le champ de bataille. Après la victoire de San Martino, Mollard fut nommé commandant du 4e corps d’armée, dont le quartier général était à Casal. C’est là que l’annexion le trouva, au printemps de 1861. Lorsque les officiers et soldats de son corps d’armée apprirent sa détermination de passer en France, ils lui offrirent par souscription une épée d’honneur en souvenir de sa belle conduite à San Martino, et le prièrent de rester au milieu d’eux ; mais sa résolution était arrêtée… Aujourd’hui, la carrière militaire du général Mollard semble terminée… Il a quitté le service d’aide-de-camp de l’Empereur pour entrer au Sénat. Le général Mollard est grand officier de la Légion d’honneur. »

ALBENS (Savoie) - Villa Futenex : ancienne résidence du général Mollard
ALBENS (Savoie) – Villa Futenex : ancienne résidence du général Mollard

LA BIOLLE

patrie de François Michaud, grenadier d’empire

Rares sont les habitants de La Biolle qui se souviennent vers 1880 de François Michaud et de son glorieux passé sur les traces de la Grande Armée.

Pourtant la commune pourrait être fier de ce grenadier de Napoléon écrivant à son frère, greffier de la Justice de paix : « embrasse tous ceux qui te parleront de moi et dis-leur que je suis vainqueur d’Austerlitz. »

Mais la tourmente révolutionnaire est loin et les 1 150 habitants de la commune (recensement de 1911) se souviennent plutôt du grave incendie de 1862 qui ravagea une partie du village et dont les pompiers d’Aix et d’Albens ne vinrent à bout qu’après un jour et une nuit de lutte.

Leurs pensées vont également à ceux qui sont partis outre-mer chercher fortune sur les terres argentines ou algériennes.

La Biolle est un village de petits propriétaires travaillant surtout comme agriculteurs, cabaretiers, charpentiers ou maçons.

Il souffre de n’avoir pas pu faire installer une gare sur son territoire, ne dispose pas d’activité industrielle notoire et se tourne plutôt vers des activités commerciales que la proximité d’Aix-les-Bains rend lucratives.

Les deux fruitières constituent avec les cafés restaurants d’importants lieux de rencontre.

L’ÉMIGRATION

À Cessens, les femmes allaient jusqu’en Argentine servir de nourrice. L’argent gagné servait ensuite à acheter des maisons appelées « maison de lait ».

Cette anecdote est révélatrice de l’important courant migratoire qui toucha l’Albanais et plus largement la Savoie dans la seconde moitié du XIXe siècle. La destination la plus fréquente était alors l’Amérique du Sud, plus particulièrement l’Argentine et l’Uruguay.

Avec près de cinquante départs enregistrés, la commune de Cessens vient en tête pour le nombre d’émigrants ; Saint-Germain, La Biolle, Albens, Saint-Girod, Saint-Offenge ou Ansigny fournissent chacune une dizaine de personnes. Au total, l’Albanais a vu s’expatrier quelques centaines d’hommes et de femmes. Tous les métiers sont représentés : cultivateurs, artisans, commerçants.… Épouses et enfants accompagnent les chefs de famille ou font en sorte d’aller les rejoindre. Des frères, des fiancés s’efforcent de se retrouver.

CONDITIONS DE PASSAGE

Nourriture des Passagers-Émigrants.
 

Les plats sont composés de huit à dix personnes.

Déjeuner
Café avec 4/6 de litre eau-de-vie ou rhum. 5 fois par semaine.
Anchois avec 4/4 de litre de vin. 2 fois par semaine.
Biscuit.

Dîner
Un potage avec le bouilli.
Un plat maigre.
Un quart de litre de vin.
Pain.

Souper
Un plat fort de viande.
Un plat maigre.
Un quart de litre de vin.
Pain.

Le jeudi et le dimanche, le plat de viande du souper sera remplacé par un rôti.

Le restaurateur se réserve la faculté de donner à trois repas de la semaine du biscuit en remplacement pain.
Les bidons, gamelles, plats, assiettes, couverts, etc., sont fournis gratuitement aux passagers-émigrants qui devront les tenir en état de propreté et les laisser à bord en arrivant à destination.

Couchettes. — Chaque passager-émigrant a droit à la couchette portant le numéro mentionné sur le présent contrat. Les enfants de un à huit ans n'ont droit qu'à la moitié d'une couchette.
La literie, consistant en une paillasse, une couverture et un traversin, est fournie par le navire.
 
Bagages. — Chaque place entière donne droit au transport gratuit de 100 kil. de bagages n'excédant pas 8/10 de mètre cube.
L'excédant paie à raison de 12 fr. les 100 kil, ou le 4/10 de mètre cube.
Le linge et les effets à usage sont seuls considérés comme bagages.
Chaque colis doit porter les noms et la destination du passager émigrant.

Les couchettes étant élevées de 45 centimètres, il est obligatoire au passager-émigrant de placer ses bagages au-dessous.
Les colis dépassant cette hauteur seront mis dans la cale et rendus à destination seulement.

Il est interdit de conserver dans ses bagages des espèces, valeurs ou marchandises; le passager-émigrant devra les consigner à l'Agence et en payer le fret.

En cas de maladie grave ou contagieuse, légalement constatée avant l'embarquement, le passager-émigrant a droit à la restitution du prix payé pour son passage. Le prix du passage est également restitué aux membres de sa famille qui restent à terre avec lui.

En cas de maladie traversée, le passager-émigrant a droit également aux soins gratuits du Docteur du bord et aux médicaments nécessaires.

Si le navire ne quitte pas le port au jour fixé parle contrat, l'Agence est tenue de payer à chaque passager-émigrant, pour ses dépenses à terre, une indemnité de 2 francs par jour.

Si le retard dépasse dix jours, le passager-émigrant a le droit de résilier son contrat, et ce, par une simple déclaration, faite au Commissariat de l'Émigration, sans préjudice de dommages intérêts qui pourront lui être alloués.

Toutefois, si les retards sont produits par des causes de force majeure, appréciées et constatées pur 1e Commissaire de l'Émigration, le passager-émigrant ne peut renoncer à son contrat ni réclamer l'indemnité de séjour à terre, pourvu qu'il soit nourri et logé, soit à bord, soit à terre, aux frais de l'Agence ou de ses représentants.

Dans le cas où, après avoir payé le prix de son passage, un passager-émigrant ne partirait pas, il lui sera remboursé seulement la moitié de la somme payée, l'autre moitié demeurant  acquise à l'Agence.

En cas de transbordement, sur un autre steamer, des passagers-émigrants, ceux-ci y seront installés et nourris dans les mêmes conditions que celles stipulées au présent contrat.

Le présent contrat est nominatif et personnel ; il ne peut, en  aucun eus, être transféré à autrui.

Le passager-émigrant doit se conformer aux réglements concernant in police du bord.

Toutes les contestations ayant trait à l'exécution du présent contrat seront soumises à l'arbitrage du Commissaire de l'Émigration, à Marseille.

« Nous voilà donc arrivés à Montévidéo — écrivent en 1869 à leur sœur restée à La Biolle, Pierre et Jeannette — jour si attendu ; nous débarquons avec un jeune garçon européen qui a son frère établi, tenant un grand café-restaurant ; nous y voilà bien reçus en grande société française… Mais pour nous ce n’était pas tout, il manquait mon frère. »

Ce frère qu’ils retrouveront quelque temps plus tard, travaillant dans une grande exploitation agricole.

Ils n’auront pas hésité à faire une traversée de près d’un mois de navigation ; un voyage qui n’a pas été toujours facile, comme le précise Jeannette : « Je n’ai pas éprouvé de mal de mer ce qui est bien rare pour celui qui n’est pas habitué car sur quatre cent onze passagers (embarqués à bord du paquebot à vapeur Poitou) pas vingt ont fait le trajet sans souffrir du mal de mer car autrement tous les passagers à bord ont été surpris par les chaleurs. »¹

Saint-Girod : Chef-lieu vers 1912
Saint-Girod : Chef-lieu vers 1912

Attirés par le mirage sud-américain, ils trouveront du travail et réussiront même à rembourser la somme empruntée pour payer leur traversée.

Beaucoup n’auront pas la même chance ce qui amènera les autorités savoyardes à des mises en garde répétées, rappelant à tous ceux qui « poussés par le vague désir d’améliorer leur sort se rendent en pays étrangers » de s’assurer d’y trouver un moyen d’existence.

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¹ Lettre de 1869. Archives privées.