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Au hameau du Paradis à Albens : sur les traces du général Mollard et de la mystérieuse « colonne des curés »

Le hameau du Paradis se trouve tout proche du chef-lieu d’Albens, à gauche après le garage Rivollet, en venant de Saint-Félix. Son nom « paradisiaque » lui vient du fait qu’en son centre se trouve l’ancien cimetière d’Albens, au milieu duquel s’élevait jadis l’église Saint-Alban : le hameau du Paradis était tout simplement l’ancien centre paroissial d’Albens (jusqu’au XIXe siècle).

L’ancien cimetière, où semble encore régner une atmosphère de quiétude malgré la proximité de la voie ferrée et la petite zone industrielle toutes proches, a conservé des traces de sa vocation religieuse et funéraire. Seul vestige de l’ancienne église Saint-Alban, subsiste la chapelle Rosset : cette ancienne chapelle adjacente de l’église a résisté à la démolition de celle-ci (après 1867) grâce à sa fonction de chapelle funéraire pour les membres de la famille Rosset, famille de notables d’Albens dont la maison-forte se trouve dans le même hameau, juste à côté de l’ancien cimetière. Plusieurs fragments de pierres tombales demeurent ça et là contre le muret du cimetière, avec leurs noms à demi-effacés par le temps.

Philibert Mollard (photo Disdéri, vers 1866)
Philibert Mollard (photo Disdéri, vers 1866)

L’une des tombes les plus mémorables de l’ancien cimetière est celle du général Philibert Mollard (1801-1873), dont la vie est un résumé emblématique de l’histoire du XIXe siècle savoyard. Né à Albens sous la première annexion française et le Ier Empire de Napoléon Bonaparte, Philibert Mollard fit carrière dans la Brigade de Savoie et les armées du roi de Piémont-Sardaigne (la Savoie avait été rendue à ses princes en 1815). S’étant illustré sur plusieurs champs de batailles, il fut décoré de la Grande-croix dans l’Ordre des Saints Maurice et Lazare (la « légion d’honneur » des anciens Etats de Savoie) mais il choisi pourtant de terminer sa carrière dans l’armée française après la seconde annexion de la Savoie à la France (1860). Il fut l’un des rares militaires savoyards de cette époque à poursuivre une brillante carrière au service de la France : devenu général, il fut nommé sénateur (1866 à 1870) par l’empereur Napoléon III, qui en fit également son aide de camp, et enfin conseiller général du département de Savoie. Gêné par l’exiguïté de la pierre tombale et la profusion des grades et titres du glorieux personnage qu’il devait y inscrire, le marbrier a abrégé tout cela par un savoureux « etc… », rappel nécessaire de la vanité des choses humaines face à la mort…

Le colonne des curés (photo R.Guilhot)
Le colonne des curés (photo R.Guilhot)

Au centre du cimetière, à l’emplacement même où s’élèvait autrefois l’église Saint-Alban, s’érige la colonne des curés, comme elle est appelée localement. Cette colonne, élevée sur un piédestal moderne et surmontée d’un crucifix en fer dans la deuxième moitié du XIXe siècle, est un vestige gallo-romain. A ses pieds, contre le piédestal, un petit monument rappelle les noms et la mémoire de plusieurs curés d’Albens, dont les tombes se trouvaient dans le cimetière. L’origine et la provenance exacte de cette belle colonne antique restent mystérieuses : probablement provient-elle de l’un des temples gallo-romains attestés dans l’Albens antique (Albinnum) par plusieurs vestiges archéologiques. L’un des ces temples se trouvait-il ici, à l’emplacement de l’ancienne église ? Ce ne serait pas impossible et il n’y aurait là rien d’étonnant, les lieux de cultes chrétiens prenant souvent la suite d’anciens lieux de cultes païens. Cette colonne avait-elle été réutilisée dans la construction de l’ancienne église ? Les fouilles archéologiques menées à proximité immédiate, en 1997 et 2007, dans la ZAC des Chaudannes et la rue de Paradis, ont montrés l’ancienneté de l’occupation humaine et la vocation funéraire des lieux avec la découverte de zones d’habitat gallo-romain reconverties en zones funéraires entre les Ve et VIIe siècles. Nous pouvons donc prendre le risque d’émettre l’hypothèse d’une apparition du centre paroissial d’Albens dès l’Antiquité tardive et le Haut-Moyen-Âge, hypothèse à relier à l’apparition du culte de saint Alban au Ve siècle. Une étude archéologique de l’emplacement de l’ancienne église Saint-Alban et de ses fondations, qui subsistent certainement sous le sol de l’ancien cimetière, nous en apprendrait probablement davantage sur le passé antique d’Albens et le passage du paganisme au christianisme dans l’Albanais.

La colonne des curés, relevé archéologique de P. Broise (1954)
La colonne des curés, relevé archéologique de P. Broise (1954)

Pour en savoir davantage sur toutes ces questions, outre une petite balade sur place, on consultera avec profit divers travaux parus dans les numéros suivants de la revue KRONOS : n°2 (Albens à l’époque romaine), n°7 (Les premiers temps du christianisme dans l’Albanais), n°13 (les sondages archéologiques de la ZAC des Chaudannes), n°24 (le général Mollard), n°30 (Albens de l’Antiquité au Moyen-Âge) et n°31 (le culte de saint Alban à Albens). Tous sont disponibles auprès de l’association Kronos (www.kronos-albanais.org) à l’Espace Patrimoine/Office de tourisme à Albens.

Rodolphe Guilhot

La Paroy : Des colonnes et un curé archéologue

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À la sortie d’Albens, sur les hauteurs, à la limite de La Biolle, se trouve le lieu-dit « La Paroy », un hameau fortement marqué par son passé romain (colonnes, bassins, puits, aqueduc, tegula, bague, céramiques, …). Nous nous attarderons aujourd’hui sur les colonnes romaines que nous pouvons admirer en arrivant à l’entrée du village. Ces cinq colonnes de calcaire dur sont composées ainsi : deux bases attiques et trois fûts de colonnes.

Elles proviendraient de la zone « La Paroy/Bacuz » – et ont été exhumées par Pierre MARTIN, ecclésiastique, missionnaire du Sacré Cœur d’Issoudun et habitant du village entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle. Originaire du lieu-dit « Les Bois » à Albens, lui et sa famille s’installent à « La Paroy » (selon l’orthographe de l’époque) vers 1880 alors qu’il a une dizaine d’années. Cet ecclésiastique, enfant du pays, aura un parcours atypique : il ira étudier à Anvers en Belgique, se rendra en mission aux Amériques, en Angleterre (à St Albans et Harpenden dans l’Hertfordshire, Glastonbury dans le Somerset).

Cette époque voit naître un engouement pour le passé, c’est ainsi que de nombreuses découvertes archéologiques ont été faites sur cette période de la fin du XIXème/début XXème siècle. Lorsqu’un objet ou une pierre semble intéressante, on se tourne généralement vers les personnes instruites (les ecclésiastiques, les instituteurs, les nobles) et la découverte des colonnes romaines par Pierre MARTIN est tout sauf un hasard. Son parcours l’a conduit à voyager à travers le monde dans des villes aux nombreux vestiges antiques. De plus, peut-être a-t-il été influencé par les écrits de l’officier savoyard et historien régional, François DE MOUXY DE LOCHE, qui évoquent l’aqueduc romain situé sur ses terres, mais également par la pierre romaine trônant dans le mur de la maison familiale (recouverte de ciment aujourd’hui).

Au XVIIIème/XIXème siècle, il n’était pas rare d’utiliser des vestiges antiques comme matériaux de constructions. Nous évoquions ci-dessus la pierre romaine utilisée dans le mur de la maison familiale construite vers 1750. Dans un article précédent, nous parlions de l’inscription romaine figurant dans le mur de l’église de Marigny-Saint-Marcel.

Pierre MARTIN était un érudit, il connaissait l’existence du passé romain du secteur de « La Paroy » et c’est tout naturellement qu’il a rapatrié les colonnes qu’il a découvertes dans les champs alentours et qu’il les a installées à l’entrée de son village. Plusieurs hypothèses concernant l’origine de ces colonnes : vestiges d’une riche villa du vicus d’Albinum, éléments d’architecture d’un temple. Deux autres colonnes en provenance de Bacuz se trouvaient chez M. ROSSET à la ville, dans les années 1960.

Mais revenons à la colonne romaine qui aujourd’hui sert de base à une croix en marbre avec la date « 1916 ». Que signifie cette date ? Pierre MARTIN, issu d’une modeste famille paysanne de douze enfants, dont la majeure partie d’entre eux n’atteindra pas dix ans, devient « Père-Révérend »,professeur ecclésiastique ; il installe même une chapelle au sein de la maison familiale pour des messes où il officie. Du fait de son statut de missionnaire, il part régulièrement à l’étranger et s’enrichit culturellement au contact d’autres réalités que celles albanaises. En Angleterre, à Harpenden, dans le district de Saint Albans, il reste même encore aujourd’hui dans l’histoire locale comme le prêtre ayant célébré la première messe publique depuis plus de 300 ans en janvier 1905 ! Après quelques mois de travail actif de sa part, l’église d’Harpenden ouvre ses portes. Lors de la construction de la nouvelle église dans les années 1930, un vitrail de Saint Pierre est installé, en mémoire de « Father Peter MARTIN » (Père Pierre MARTIN), premier prêtre de la paroisse ! De grandes manifestations ont eu lieu pour fêter son centenaire en 2005.

Traduction : Premier prêtre à célébrer la messe à Harpenden. Il bâtit l’église temporaire en 1905. Il quitte St Albans la même année, et décède le 2 novembre 1916, à 47 ans. RIP
Traduction : Premier prêtre à célébrer la messe à Harpenden. Il bâtit l’église temporaire en 1905. Il quitte St Albans la même année, et décède le 2 novembre 1916, à 47 ans. RIP

Si son petit frère Antoine décède en 1914, à quarante ans, et repose au cimetière national militaire de « La Doua » à Villeurbanne, au milieu des autres soldats morts pour la France, Pierre MARTIN s’éteint lui en novembre 1916, à l’hôpital de Rumilly. Selon une ancienne habitante du secteur, en apprenant la mort de son fils, sa mère décida de faire installer une croix au sommet d’une des colonnes érigées par son fils et d’y faire inscrire l’année de son décès, soit 1916. Pour l’anecdote, quelques années plus tard, la petite sœur de Pierre MARTIN, Marie, épousera François VINCENT, le cocher au tilbury bien connu à Albens dans les années 50.

Le secteur de « La Paroy » est une zone riche au passé romain avéré même s’il n’a jamais été sondé pour effectuer des recherches comme pouvait le regretter dans une lettre Pierre BROISE, architecte de profession et reconnu par le milieu archéologue. Les colonnes à l’entrée du lieu-dit font partie de son histoire et de son identité. Pierre MARTIN, issu d’une famille modeste, n’en demeure pas moins l’un des premiers ambassadeurs d’Albens à l’étranger et l’un des défenseurs du patrimoine albanais. D’autres colonnes, en provenance du lieu-dit « Les Grandes Reisses », signe de l’importance du vicus d’Albinum, sont visibles à l’Espace Patrimoine d’Albens, aux heures d’ouverture de l’Office de Tourisme (Résidence Le Berlioz, 177 rue du Mont-Blanc). Suivez également les activités de l’Association KRONOS sur le site internet.

Benjamin Berthod

Caius Sennius Sabinus, bienfaiteur d’Albens : la romanisation de l’Albanais

Dans le mur de l’église de Marigny-Saint-Marcel se trouve encastrée une belle inscription romaine du Ier siècle ap. J.-C., sur laquelle on peut lire (en latin) sur quatre lignes :
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Elle peut se traduire ainsi : « Caius Sennius Sabinus, fils de Caius, (de la tribu) Voltinia, préfet des ouvriers, a offert à ses frais aux habitants d’Albens des bains, un terrain de sport, des portiques, l’adduction des eaux ; ainsi que le droit d’amener l’eau par une canalisation suivant un parcours en droite ligne.» ( trad. de Bernard Rémy).

Cet éminent personnage local, Caius Sennius Sabinus, aurait vécu dans la première moitié du Ier siècle ap.J-C. Peut-être originaire d’Albens, en tout cas de l’actuel Albanais, Sennius Sabinus accomplit sa carrière politique (le cursus honorum) au sein de la cité de Vienne, cité du peuple gaulois Allobroge, dont faisait alors partie Albens (à l’époque appelée vicus Albinnum), un vicus étant une petite bourgade rurale. La conquête des territoires allobroges par Rome était déjà ancienne (IIème siècle av. J-C), mais seuls les grands centres urbains avaient déjà adopté des modes de vie « à la romaine ». Dans les campagnes comme celles de l’Albanais, malgré la domination romaine, subsistaient encore des modes de vie et des cultes religieux gaulois. La carrière politique de Sennius Sabinus, bien que modeste au regard de celles d’autres contemporains, devait localement changer cet état de fait.

D’origine allobroge, Caius Sennius Sabinus n’en était pas moins un citoyen romain. Il portait donc les trois noms (tria nomina) caractéristiques de la citoyennté romaine : prénom + nom + surnom. Sans doute se trouvait-il à la tête d’une petite fortune provenant de plusieurs domaines agricoles (les villae) disséminés dans la campagne albanaise. Il réussit à accéder à la charge de praefectus fabrum (préfet des « ouvriers »). À travers cette charge, un magistrat lui avait confié des fonctions militaires et administratives, faisant de lui son aide de camp chargé du génie militaire. Sennius Sabinus accédait ainsi à l’ordre équestre (catégorie inférieure à l’ordre sénatorial).

Ayant ainsi atteint le sommet de sa carrière, Sennius Sabinus voulut faire bénéficier Albens et ses compatriotes Albanais de sa réussite sociale. Il s’agissait d’ailleurs pour les riches de l’époque d’une sorte d’obligation morale envers leurs compatriotes moins aisés. Albens, le vicus Albinnum, devait être doté de bains à la romaine : les thermes. Le captage des eaux pour alimenter les thermes fut réalisé sur l’actuelle commune de Marigny-Saint-Marcel, au lieu-dit La Bourbaz où devait se trouver une source consacrée à Borvo, dieu gaulois des sources. Sur les murs du captage se trouvait l’inscription évoquée plus haut, rappelant l’action bienfaisante de Sennius Sabinus. Une canalisation de tegulae (tuiles) ou aqueduc, acheminait l’eau de La Bourbaz à travers les marais de jusqu’aux thermes d’Albens où se trouvait une copie de l’inscription (aujourd’hui disparue). Ces thermes étaient agrémentées d’un terrain de sport ou palestre entouré de portiques. Cette habitude des bains, typiquement romaine, se répandait ainsi au sein d’une population d’origine allobroge qui dorénavant s’y rendrait pour se laver, se faire masser, nager et pratiquer des activités sportives à la palestre. Ces thermes étaient aussi un lieu de sociabilité, où les gens simples pouvaient rencontrer les magistrats du vicus, où pouvaient se conclure les affaires.

Ces thermes offert par Caius Sennius Sabinus à Albinnum participaient ainsi à la diffusion du mode de vie « à la romaine » au sein d’une population gauloise. Toute proportion gardée, ce processus de romanisation pourrait être comparé à la mondialisation de nos modes de vie actuels, qui nous voient par exemple conduire une voiture de marque française construite en Roumanie, nous rendre de temps à autre dans un fast-food américain, avant d’aller au cinéma visionner un blockbuster farçi d’effets spéciaux numériques, et enfin rentrer chez nous dans une maison ou un appartement meublés chez une grande enseigne suédoise…

Pour tous ceux qui souhaiteraient en savoir plus Albens à l’époque romaine, rendez-vous à l’Espace patrimoine pour admirer les collections archéologiques, aux heures d’ouverture de l’Office de tourisme d’Entrelacs (résidence le Berlioz, 177 rue du Mont-Blanc, Albens, 73410 Entrelacs). Vous pouvez également suivre les activités de l’association Kronos sur le site web.

Rodolphe Guilhot

Le passé d’Albens puise ses racines dans la préhistoire

La présence des hommes de cette longue période où l’on ne connaissait pas l’écriture est attestée à Albens par de nombreuses découvertes.
La première a eu lieu il y a près de quarante ans lorsque les travaux de construction du collège Jacques Prévert mirent à jour une impressionnante pierre à cupules. Très vite identifiée et étudiée dans le premier numéro de la revue Kronos, elle allait se révéler être un précieux témoin d’une période allant du néolithique final à l’âge du fer. À ces époques, les hommes qui se sont installés ici apportent d’abord avec eux la pratique de l’agriculture et de l’élevage puis la métallurgie avec d’abord la fonte du bronze avant de maîtriser celle du fer. Ce sont des temps reculés que l’on peut dater de -3000 à -800 environ. Ces hommes qui nous ressemblent en tous points ont gravé à la surface de cette énorme pierre de 2,30 mètre de long pour un mètre de large un nombre impressionnant de petites cavités appelées cupules, au nombre de 130 environ. Leur signification nous interroge aujourd’hui encore.

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Pierre à cupules découverte lors de la construction du collège à Albens

Aurait-on affaire à une sorte de carte du ciel ? Le regroupement de certaines d’entre elles à deux endroits fait penser à une sorte de roue solaire. Peut-on supposer que l’on est en présence d’une pratique spirituelle ? Si rien ne peut le confirmer pour l’instant, on peut toujours en faire la conjecture.
D’autres découvertes ont eu lieu depuis. Il s’agit d’objets taillés dans du silex et qui ont été retrouvés en ramassage de surface tout autour d’Albens. Trois d’entre eux retiennent l’attention. Il y a d’abord une petite lamelle de silex qui est bien connue des archéologues pour être un élément constitutif du tranchant d’une faucille (ce qui nous renvoie aux premiers agriculteurs). Il y a ensuite un bel éclat de silex retouché sur deux côtés, de petite dimension (2,5cm sur 2 cm) et de belle facture.

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Éclat de silex retouché (ramassage de surface)

Il y a enfin un nucléus, petit bloc de silex à partir duquel les hommes de ces temps reculés taillent de petites lames comme celle qui composaient leurs faucilles.
Les dernières traces d’une présence préhistorique à Albens ont été trouvées lors des dernières fouilles archéologiques menées par les spécialistes de l’INRAP (Institut de recherches archéologiques préventives). Installés au bord de l’Albenche, les hommes avaient creusé des fossés dont deux tronçons furent repérés. Dans ces derniers furent trouvés trois morceaux de silex débités et des traces de charbon de bois qui ont permis une datation au carbone 14. Les résultats donneraient une chronologie assez large allant du néolithique jusqu’à la période précédant l’histoire et que l’on nomme Protohistoire.
Des habitants à Albens avant « l’Albinum » romaine, voilà un beau brevet de longévité pour une agglomération du XXIème siècle.

Jean-Louis Hébrard

Kronos au « Rendez-Vous »

C’est vendredi dernier qu’a eu lieu le vernissage de l’exposition photographique « Autour de l’Hôtel de France, un siècle d’histoire d’Albens ».
Douze clichés photographiques et leurs commentaires historiques vous invitent à une plongée dans le cœur battant du village.
Dans l’assistance assez nombreuse, chacun faisait part de son étonnement devant les images d’antan : épicerie Montillet, magasin Jacquet, nombreux cafés, boulangerie, entreprise de chaussures Lux Alba, voisinaient l’Hôtel de France.
L’association Kronos s’est félicitée de pouvoir les exposer ici, dans la salle du restaurant le « Rendez-Vous », autrefois « Hôtel de France ». Pour ceux qui voudraient en savoir plus, l’association dispose d’un site www.kronos-albanais.org.
Que vous soyez consommateur ou simple curieux, vous pourrez venir vous nourrir du riche passé photographique et historique d’Albens car la visite est libre, aux heures d’ouverture de l’établissement. Merci à Hervé et à son épouse !

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Les acteurs de l’exposition et la présidente de Kronos (cliché B.Fleuret).

L’huilerie Tournier de Saint-Girod

Au bout d’un étroit chemin en pierre, une vieille scierie abrite une huilerie, empreinte d’un temps révolu ; en contrebas une autoroute, caractéristique de notre monde moderne.
C’est à Saint-Girod, plus précisément au village de la Vieille Église, que le passé et le présent se côtoient en la présence de l’huilerie Tournier.
La fabrication de l’huile de noix est une activité de plus en plus abandonnée ; cependant, chaque hiver voit encore défiler de nombreuses personnes apportant leurs cerneaux(1) à l’huilerie. Mais si vous n’avez pas de cerneaux, vous pouvez toujours rendre visite à André et Noël Tournier qui vous accueilleront avec leur gentillesse et leur simplicité habituelles. André et Noël habitent « La Vieille Église » où ils sont nés, continuant tout naturellement l’activité de leur grand-père et de leur père.
En arrivant à la porte de l’huilerie, combien il est agréable d’être attentif à la respiration de la vieille bâtisse, à ses craquements, à ses souvenirs, à ses parfums mêlant la noix et le bois brûlé. Dans la petite pièce, éclairée par deux petites fenêtres et une faible lumière électrique, on peut admirer la grosse meule en pierre polie de 850 Kg, tournant dans une cuve. Une chaudière occupe un angle de la pièce, un foyer à bois surmonté par une cuvette en pierre appelée « pâton »(2), rattaché à une cheminée qui selon les dires d’André Tournier n’a jamais nécessité de ramonage. Près de la chaudière, trouve place une table très étroite, surnommée « l’Enfer »(3). Dans le fond de la salle, le regard est attiré par la très vieille pompe hydraulique donnant une pression de 150 tonnes, reliée à la presse. Enfin, le plafond se cache sous les poulies et les engrenages en bois.
La chaleur est diffusée dans le local par un poële antique, alimenté par les résidus de la scierie. L’électricité a remplacé la roue à aubes dont il ne reste aujourd’hui qu’une vague ossature. L’eau qui actionnait la roue était captée quelques kilomètres plus loin dans un ruisseau le « Gorsy » et amenée par des canaux. Cette arrivée d’eau permettait le fonctionnement d’un moulin à blé, situé au-dessus de la scierie.

La fabrication de l’huile de noix nécessite une succession d’opérations. Pendant sept minutes, André étale dans le « pâton » environ quinze kilos de cerneaux. La meule de pierre les écrase en tournant. La pâte obtenue, récupérée avec une petite pelle en fer, est mise dans la cuve du four pour y être chauffée. André devra se montrer attentif pour que la pâte ne brûle pas. Cette seconde phase achevée, il étend la pâte chaude sur une toile de nylon posée sur l’Enfer. Pendant ce temps, Noël en découvrant une ancienne toile en poils de chèvre, songe un instant à ceux qui les précédèrent. Les paquets ainsi formés s’empilent dans un panier qui sera glissé dans la presse. Quelques minutes plus tard, claire et parfumés, l’huile de noix coulera. Cependant, le travail ne s’arrête pas là ; André et Noël récupèrent la pâte de cerneaux pressée et renouvèlent toutes les opérations successives pour extraire encore un peu du précieux liquide. Cette pâte, pressée deux fois, s’appelle tourteau et sert d’aliment au bétail.

André et Noël Tournier travaillent de janvier à mars, perpétuant ainsi des gestes séculaires. Pont entre notre époque et l’ancien temps, l’huilerie Tournier nous permet de renouer avec toute une tradition, pour certains avec leur enfance ; une tradition dont nous portons au fond de nous la nostalgie.

Maryse Portier

Notes de l’auteur :
1) Cerneau : chair des noix vertes — Nom de la noix avant sa complète maturité.
2) « Pâton » : terme sans doute emprunté au vocabulaire familial qui indique le récipient où se fait la pâte.
3) « L’Enfer » : ce terme désigne la table très étroite qui recevait la pâte brûlante. Noël et André Tournier ayant souvent l’occasion de s’y « réchauffer » bien involontairement les mains brocardèrent l’ustensile de ce vocable à l’odeur de soufre !

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Le bâtiment

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André et Noël Tournier

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La meule en pierre polie

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Le four

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La presse hydraulique


Article initialement paru dans Kronos N° 2, 1987

Un « Rendez-Vous » à ne pas manquer

Ce n’est pas la première fois que le restaurant « Le Rendez-Vous » d’Albens accueille une exposition conçue et organisée par l’association d’histoire Kronos. Le sujet central de cette nouvelle production est cette fois-ci l’Hôtel de France, ancêtre du Rendez-Vous. À travers une dizaine de cartes postales puisées dans l’abondante collection de l’association, c’est une histoire du centre d’Albens des années 1900 aux années 50 qui est en réalité abordée.
De courts textes explicatifs accompagnent chaque cliché. Ils permettent par exemple de faire découvrir l’existence de l’entreprise Lux Alba qui produisait des chaussures pour femmes dans les années1942/1950, ou de montrer l’évolution du carrefour routier, que le marché hebdomadaire doit abandonner vers 1950 devant une circulation grandissante.

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C’est dans la bonne humeur que l’installation de l’exposition s’est faite ces derniers jours avant l’inauguration officielle qui ne devrait tarder.

Les enfants avant 1914 – Courage, petit Jacques ! fais ton devoir !

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Elèves regroupés autour du maître d’école à Saint-Germain ou Ansigny, garçons de la classe 1912-1913 et groupe de filles disposé devant la fruitière à La Biolle par le photographe L. Grimal, nous ne manquons pas d’image du très nombreux peuple des enfants.

Dans le monde d’avant 1914, l’enfant unique n’est pas l’idéal familial qu’il deviendra par la suite. Qu’il naisse dans une famille de cultivateur si nombreuse dans le canton ou chez divers artisans et commerçants du bourg d’Albens, l’enfant semble alors le « bienvenu ». L’étude du recensement de 1911, le dernier effectué avant la Grande guerre, laisse bien percevoir l’importance des familles dans lesquelles les fratries de 3 à 6 enfants se rencontrent souvent. N’oublions pas que l’absence de contraception, le discours moral ou religieux ambiant, l’économie avide de bras peuvent être avancés comme autant d’éléments explicatifs.
Tous ces enfants sont alors éduqués dans la « religion du devoir ». Voici un livre de lecture expliquée destiné aux cours moyens. Il s’ouvre par un texte intitulé « Le devoir » ; Jacques travaille courageusement à bêcher son jardinet quand, à cause de la chaleur, il décide de faire une pause et s’endort. Soudain il se réveille, se lève d’un bond, car il vient de se souvenir qu’il a promis à son père de tout terminer avant la nuit. Il se remet aussitôt au travail car, lit-on en conclusion :  « notre petit homme veut tenir sa promesse ».

La rédaction proposée en complément demande de « raconter un fait prouvant que vous avez tenu une promesse faite à votre instituteur ».
Devoir vis-à-vis de son père, de son instituteur prépare l’enfant à un devoir supérieur, celui qu’il doit à la patrie.
« Devoir et Patrie », tel est le sous titre d’un livre très apprécié à l’époque : « La Tour de France par deux enfants ». Comme annoncé dans l’avant-propos, le livre se veut un hymne à la patrie. Faisant l’éloge des ressources nationales après la défaite contre l’Allemagne, il établit la base de la « Revanche ».

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Voyez aussi cette planche d’images d’Epinal intitulée « La petite guerre ». On y voit un groupe d’enfants costumés en soldats, pantalon rouge et veste bleue, repoussant hardiment l’ennemi « prussien ».
Les jeunes « poilus » de 1914 auront tous joué à la petite guerre et appris à lire dans « Le Tour de France par deux enfants ».

Jean-Louis Hébrard
Article initialement par dans l’Hebdo des Savoie

Assemblée Générale 2017 : vendredi 31 mars

Kronos vous invite à son Assemblée Générale le vendredi 31 mars 2017 à 20h30, à la salle Chantal Mauduit (salle polyvalente) à Albens. La nouvelle revue y sera disponible.

À l’issue de l’Assemblée Générale, Monsieur Bernard Juillet, professeur honoraire de lettres donnera une conférence :

« Philibert Simond : celui que la Savoie a oublié »

roi des marmottes
« La grande émigration du roi des marmottes » (Anonyme, 1792)

Entrée gratuite
Venez nombreux !

Historique du corps des pompiers d’Albens

En juin 2000, la ville d’Aix-les-Bains accueillait le 30° congrès départemental des Sapeurs Pompiers de Savoie, auquel le corps d’Albens a activement participé. La même année, en août, ce dernier fêtait le 153° anniversaire de sa création. À ces occasions, un numéro spécial de « Art et Mémoire » de la Société d’Art et d’Histoire d’Aix-les-Bains relatait l’histoire des corps de pompiers de l’Albanais et d’Aix et environs. Une brochure commémorative fut éditée pour Albens, tandis que l’Hebdo des Savoie publiait l’article ci-dessous sous la signature d’Henri BILLIEZ de Kronos. À l’occasion du 170° anniversaire du corps d’Albens en cette année 2017, il nous a semblé opportun de le rééditer en ligne.

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Le 30 Congrès Départemental des Pompiers de Savoie les 3 et 4 juin derniers à Aix-les-Bains a été l’occasion d’une active participation d’Albens aux manifestations organisées pour la circonstance.
La Société d’Art et d’Histoire d’Aix a entrepris des recherches aux Archives Départementales sur l’historique des Corps de Pompiers. Un numéro spécial de sa revue « Art et Mémoire  sera consacre à cet historique et devrait sortir en août.
De cet ouvrage est extrait le résumé concernant Albens, fruit des recherches de Joël Lagrange. Lucette Blanc, Louis Modelon et Henri Billiez.
À noter qu’en novembre 1991. le n°6 de Kronos, revue de l’Association « Histoire, Archéologie et témoignages de l’Albanais » comportait un intéressant article de Gilles Moine sur les pompiers d’Albens.
Le texte ci-dessous se veut complémentaire.

Albens

« J’ai l’honneur de vous informer qu’ayant voulu mettre à profit pour la commune d’Albens l’exemple de deux incendies arrivée coup sur coup le même jour en mars dernier à La Biolle et Mognard, j’ai fait le lendemain et jours suivants une souscription dans cette commune pour acquérir les fonds nécessaires à l’achat d’une pompe à incendie et de ses accessoire… ».
Voila ce qu’écrivait le 12 juin 1843, le juge Perrier à l’intendant général, après que le spectacle des malheureux privés de tout après l’incendie de leurs maisons l’ait incité à réagir, bien que sans illusion. Les maisons d’Albens, en effet, couvertes de chaume, donc très vulnérables à l’incendie pourraient… « si la commune mettait à exécution les lettres-patentes du 11 août 1840… et notamment l’article 7*, ce dont elle ne s’est jamais souciée à ce jour… » être mieux protégées.
Cette supplique ne sera transmise par l’intendant au syndic d’Albens que le 2 août 1444. Pour voir « si le conseil peut prévoir une allocation compte tenu des autres dépenses urgentes dont l’agrandissement de l’église ».

Il faudra attendre une délibération du conseil municipal le 19 mars 1846 pour que soit décidé l’achat de pompes avec prélèvement de 400 livres sur les fonds municipaux pour compléter la souscription de 1 160 livres lancée en 1843.

Le 15 avril, l’intendant général, par ordonnance, fixe la dépense et indique le mode de financement.

Finalement, MM. Guérin Pompes à Paris vont offrir trois pompes et accessoires pour le prix de 1 367 livres, avec huit mètres de tuyaux, raccord et torches d’éclairage, ainsi qu’un atlas et manuel, pour un supplément de 191 livres.

La délibération du conseil présidé par le syndic Ferdinand Picolet du 7 juin 1846, fixe la dépense pour l’achat et celle pour la fabrication locale de chariots et échelles.

Mais le 4 décembre 1846, le conseil, par délibération demande que lui soit délégué un commandant des pompiers de Chambéry et deux mécaniciens pour essayer les pompes, récemment livrées.

L’intendant général donne son accord pour dresser procès-verbal après expertise.

Là ! Les pompes expertisées ne sont pas conformes et aussitôt réexpédiées aux fournisseurs.

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Le capitaine Louis Cavallo et ses hommes vers la fin des années 1950.

Création du corps de pompiers d’Albens

Début 1848, sans pompes, un corps de pompiers est crée et le 31 août, une délibération indique que chaque pompier doit être munis d’une plaque à la ceinture marquée « Pompiers d’Albens ». Curieusement, ce n’est que le 7 août 1849 que le capitaine Joseph Rosset, par lettre au syndic, demandera le règlement des 42 plaques commandées à M. Gaillard, orfèvre à Genève !

Enfin, le 14 septembre 1847, la délibération du conseil sous la présidence de Philippe Travers, syndic, marque sa détermination à se procurer une seule pompe, « forte et suffisante pour la localité » auprès de Henry Vogelis, mécanicien fondeur à Chambéry. Elle est montée sur un chariot à quatre roues avec essieux, en fer, et boite en cuivre. Sur l’avant-train se trouve un siège à six places, garni de ses coussins. Le tout pour 1 400 livres payables au 1er janvier 1848.

Dès le 31 août, la commune avait décidé de louer un hangar à Joseph Chamousset poux abriter la pompe.

* art.6 : …aucun bâtiment ne pourra être couvert en chaume, si ce bâtiment n’est éloigné de 200 mètres des autres habitations
* art.7 : …les toitures devront être remplacées par des toitures en tuiles… à la diligence des syndics…

La compagnie va alors mener ses actions chaque fois qu’un incendie viendra troubler la quiétude du village.

Par délibération du 23 septembre 1849, nous apprenons que lors de l’incendie du 21 septembre, le feu a détruit l’un des tuyaux !

Mars nous apprenons aussi, par une lettre du syndic à l’intendant du 3 juin 1860 que les pompiers d’Albens demandent l’autorisation de porter un sabre !

Sans doute est-ce là le dernier épisode d’une période difficile après la réorganisation de la commune en 1856, la démission d’un capitaine et l’élaboration d’un nouveau règlement. Dans son rapport à l’intendant, le syndic rappelle d’ailleurs que le corps a été fondé en 1847. Mais le 25 décembre 1857, un nouveau capitaine démissionnera après 3 mois d’essai qui lui ont_ « démontré son impuissance pour établir dans cette compagnie l’ordre et la discipline convenable ». Lettre signée illisible.

Le 8 octobre 1860, le syndic envoie au préfet un mandat pour l’assurance contre l’incendie du presbytère et de l’église, à charge pour lui de le transmettre au directeur de l’assurance mutuelle à Chambéry. Cette assurance était aussi un moyen prescrit pour faire face aux dépenses que pouvaient engendrer les incendies sur les bâtiments publics.

En 1867, le 17 novembre, au conseil, le maire Félix Canet fera approuver l’achat de « boyaux , ceux de la pompe étant usés à force de servir, pour la somme de 150 francs.

L’année suivante, le neuf août, il proposera l’ouverture d’un crédit de 200 francs pour opérer le payement de l’avant-train de la petite pompe (celle dite de l’impératrice ?) qui s’est révélé « d’une utilité tout exceptionnelle pour le transport à grande vitesse de le petite pompe sur les lieux des sinistres de Saint-Girod et de Saint-Simond à Aix-les-Bains ».

Au 1er janvier 1870, la compagnie réorganisée comporte 51 hommes et 2 pompes. L’uniforme est composé du pantalon bleu roi avec bandes rouges, de la blouse en toile bleue, du képi bleu roi et d’un ceinturon.

Le 14 juillet 1879, les engagements souscrits portent sur 59 personnes dont 51 nouveaux pompiers et 8 anciens.

Le 1er juin 1870, il est procédé à l’achat d’accessoires pour la pompe à incendie pour 550 francs et de képis pour 162,50 francs, ce qui motive une demande de subvention de 300 francs le 10 août 1881.

Réorganisé en 1899, le corps va recevoir un nouveau règlement.

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Les pompiers en 1978.

À la réorganisation de 1904, la conseil (Félix Canet, maire) va délibérer pour répondre à la compagnie qui demande le renouvellement de son équipement qui date de 1888 et à l’achat et à la réparation du matériel, le tout estimé à 3 461 francs (dont 65 équipements à 45 F l’un). Le maire rappelle que conformément au décret du 10 septembre 1903, la commune a pris l’engagement le 7 février 1904, de subvenir aux dépenses du corps mais que ses ressources étant limitées une subvention est demandée au département et à l’État. Cette subvention sera refusée par la commission départementale et le maire insistera à nouveau, rappelant que lors de la réorganisation précédente la commune s’était lourdement endettée pour un emprunt de 3 000 francs.

La facture de François Jacquet, pour 3 461 francs, marchand tailleur à Albens, sera acquittée grâce en partie au secours de 300 francs, octroyé par le département.

Localement, l’eau manque en période de sécheresse, les fontaines sont taries. Une commission va étudier le problème dans l’intérêt de l’hygiène publique… et de La lutte contre les incendies, par décision municipale du 19 août 1906. La question n’aboutira que bien plus tard, une étude d’adduction n’étant lancée qu’en 1937.

Le 24 mais 1912, il est demandé une subvention pour l’équipement des sapeurs-pompiers suite au dernier renouvellement du corps, car la compagnie vient de faire une dépense de 1 700 francs pour l’habillement.

La guerre de 1914-1918 va certainement toucher sévèrement le corps des pompiers. Quels effectifs ont veillé aux incendies pendant cette période ? Les archives sont incomplètes à ce sujet. Le 17 février 1920, le conseil municipal décide la réorganisation d’un corps de sapeurs-pompiers selon le décret du 10 septembre 1903 modifié le 18 avril 1914, soit 54 hommes.

Le 20 février 1925, l’arrêté préfectoral indique que pour une population de 1 599 habitants et 3 pompes, l’effectif sera de 51 hommes (33 sapeurs, 1 capitaine, 1 lieutenant, et deux sous-lieutenants ou adjudants).

Dès lors, le tailleur Jean-Baptiste Devance, d’Albens, fournira à la compagnie des képis (d’officiers, de sergents-majors, de sergents et de sapeurs) pour 1 493 francs tandis qu’en 1925, le 14 juin, il est voté une dépense de 5 000 francs pour l’habillement. Celle-ci sera finalement réglée au tailleur Jean Vagneux, soit, cinquante dolmans en drap bleu foncé et autant de pantalons en drap gris bleu.

Enfin, la modernisation de la compagnie débutera le 22 août 1926 par la décision d’acquérir une motopompe. Une commission municipale choisira le modèle de Dion-Bouton de 25 m³ sur roues, « peinte en rouge incendie », pour le prix de 13 794 francs avec subvention départementale de 1 500 francs et autorisation du préfet pour cet achat donné à Félix Philippe, maire d’Albens.

En 1932, le maire, Jean-Marie Montillet demande le 14 février à son conseil de compléter la subvention du ministère de l’Intérieur (5 000 francs) pour l’achat de tuyaux pour la motopompe, soit 7 865 francs et l’autorisation de traiter avec Louis Rivollet, négociant a Albens.

Une longue période va suivre, pendant laquelle les archives sont très peu fournies ; la guerre de 1939-1945 sera un frein au développement du corps de pompiers qui ne compte que 42 hommes sur 51 en 1939-1941. À tel point qu’en 1945, un groupe informel assurait la sécurité (1). De nombreux incendies provoquèrent à l’initiative de de Louis Cavallo à l’automne 1953, le rassemblement de volontaires décidés à remonter une section de sapeurs-pompiers, décidée le 13 décembre 1953 par le conseil municipal pour une section de 20 hommes. La commune s’engage alors à subvenir pour 30 ans aux dépenses.

La population est alors de 1 580 habitants et l’on dispose de la pompe de Dion-Bouton des années 30 et d’une pompe à bras.

En 1957, un véhicule Matford est acquis auprès du département et un hangar est construit bénévolement sur le champ de foire.

1) Voir Kronos n°6 – Société d’Histoire d’Albens – Gilles Moine

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Les pompiers en 2000.

Albens – Quelques dates

1847 – création du corps
1856 – réorganisation compagnie après démission capitaine – nouveau règlement
8 octobre 1860
1er janvier 1870 – situation du corps : 1 compagnie de 51 hommes et 2 pompes
20 février 1878 – compagnie 51 hommes (délibération du 5 août 1877)
6 septembre 1898 – 49 hommes
(décret 1er décembre 1898) – 54 hommes
14 mars 1904 – 51 hommes
18 juin 1909 – effectif 56 hommes (dont 1 de moins de 20 ans)
20 juin 1909 – arrêté préfectoral – 51 hommes pour 1 613 habitants et 3 pompes.

Albens – Les capitaines

23 septembre 1849 – capitaine Rosset Joseph
1856 – démission d’un capitaine
25 décembre 1857 – démission d’un nouveau capitaine après 3 mais d’essai
9 décembre 1865 – nomination du capitaine Garnier François
18 août 1871 – nomination capitaine Favre Claude
5 février 1879 – lieutenant Philippe Joseph – sous-lieutenant Gaspard Germain (était sergent)
5 février 1881 – démission du lieutenant Philippe Joseph (devient adjoint au maire)
27 juin 1881 – nomination du lieutenant Germain Gaspard (était sous-lieutenant)
(décret 1er juillet 1881)
juin 1884 – démission du capitaine Favre Claude
1886 – Favre Jean, capitaine (?)
21 avril 1888 – capitaine Philippe Félix – lieutenant Germain Gaspard – sous-lieutenant Chavanel Ambroise
11 juillet 1897 – capitaine Philippe Claude (remplace Philippe Félix démissionnaire le 7 juin 1897)
7 janvier 1904 – capitaine Morel Bernard (maréchal des logis de Gendarmerie en retraite) – lieutenant Chavanel Ambroise – sous-lieutenant Pollier Léon
(décret 16 Avril 1904)
5 septembre 1907 – capitaine Darmand Claude
1908 – démission lieutenant Chavanel Ambroise après 33 ans de service. Est nommé capitaine honoraire
19 septembre 1903 – capitaine Bontemps Joseph
(décret 22 octobre 1908)
14 août 1909 – nomination de Pollier Léon lieutenant – sous-lieutenant Ernest Germain
25 mars 1920 – nomination de Montillet Henri, capitaine – lieutenant Léon Pollier – sous-lieutenant Louis Debroux
14 juillet 1925 – nomination du capitaine Arbarete François – lieutenant Pollier Léon – sous-lieutenant Philippe Paul
10 septembre 1930 – nomination des lieutenants Raison Joany – Chanvillard et Ginet François
29 août 1935 – démission d’Arbarete François
13 janvier 1936 – nomination du lieutenant Daviet Théophile (en 1941, Joany Raison est capitaine).

Cette liste est très incomplète et parfois très imprécise. Les dates sont souvent approximatives et ne pourraient être confirmées, pour certaines, que par la découverte de documents autres que ceux déposés aux archives départementales.

(1) – La tradition veut que cette pompe ait été attribuée à Albens par l’impératrice Eugénie lors d’un voyage en Savoie.
(2) – Voir Kronos n°6. Article Gilles Moine.