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Tuilerie Poncini, s’adapter au monde de l’entre-deux-guerres

Après la Grande Guerre, la tuilerie Poncini va poursuivre une progression économique amorcée quarante plus tôt lorsque Joseph Poncini, venu du Tessin, s’installe à Braille près d’Albens. Lorsqu’il décède en 1918, ses fils reprennent le flambeau et vont adapter l’entreprise aux conditions nouvelles des années 20.
À Braille, l’usine exploite une grande poche d’argile à côté de laquelle furent implantés avant la guerre les fours, séchoirs et ateliers mécaniques de type Montchanin. Deux grandes cheminées signalent désormais la tuilerie à des kilomètres à la ronde. Elles figurent en bonne place sur les photographies et cartes postales éditées à l’époque.

Carte postale traditionnelle (archive Kronos)
Carte postale traditionnelle (archive Kronos)

La proximité de la gare d’Albens est un atout pour assurer la livraison d’importantes quantités de briques et de tuiles en direction des départements voisins ou plus éloignés. Une partie des cinq millions de produits sortant chaque année de la tuilerie est acheminée vers la gare par une locomotive routière. Pour maintenir sa progression, l’entreprise innove. Dès 1918, elle met au point un système de brique creuse à propos duquel la revue « La Céramique » donne les précisions suivantes : « cette brique creuse en forme de prisme triangulaire fabriquée en céramique, ou terre à brique, sert à construire en ciment armé des planchers-plafonds, des murs, et à édifier, au besoin, une maison entière ».

Extrait de la revue technique (archive en ligne)
Extrait de la revue technique (archive en ligne)

Dès 1920, l’entreprise est régulièrement présente dans les allées de la foire de Chambéry où l’on remarque son stand devant lequel, précise le journaliste du Petit Dauphinois, « nous trouvons une affluence considérable de visiteurs s’intéressant à la très belle et très complète exposition de tuiles de tous modèles et pour toutes toitures ». L’année suivante, le même journal se fait l’écho du succès de cette vieille Maison savoyarde « qui s’est signalée depuis peu à l’attention de la grande industrie du bâtiment par sa fabrication de premier ordre ».
L’entreprise aurait pu être lourdement affectée en août 1923 par le terrible incendie qui détruisit complètement l’immense séchoir et les 65 000 tuiles qui y étaient entreposées. Heureusement, comme le relate la presse locale : « la sirène de l’usine donna aussitôt l’alarme. Les pompiers d’Albens, Saint-Félix, Bloye et Saint-Girod se transportèrent immédiatement sur les lieux et avec le concours de la population purent préserver les machines de grande valeur qui se trouvent dans le même bâtiment ». L’incendie maîtrisé, le redémarrage se fit assez rapidement, « tous les bâtiments annexes à l’usine n’ayant pas été détériorés ». L’année suivante, les anciens séchoirs en bois furent remplacés par un séchoir à vapeur, plus performant et plus sécurisé. Après cet « accident industriel », la presse s’intéresse au devenir des ouvriers pour lesquels « on espère que le chômage sera de courte durée ».
La tuilerie au même titre que l’industrie fromagère de Saint-Félix est alors un gros employeur. Dans un article de 1926, on apprend qu’elle « occupe 40 ouvriers dont 13 italiens ». Après la Grande Guerre, la France démographiquement affaiblie fait appel à l’immigration pour compenser le manque de main-d’œuvre. En Savoie et Haute-Savoie, les italiens prennent la première place. En 1921, un traité franco-italien avait prévu que les mêmes avantages sociaux soient accordés tant aux travailleurs français qu’italiens. Toutefois ces derniers se montraient malgré tout moins exigeants.

Francs des années 30 (collection privée)
Francs des années 30 (collection privée)

Mais en 1926 à la tuilerie, des raisons monétaires viennent bouleverser ce fragile accord. Mussolini, au pouvoir en Italie, mène une politique de forte réévaluation de la lire. Par rapport à la monnaie italienne, le franc se déprécie. Les ouvriers italiens, payés en francs, perdent au change lorsqu’ils envoient au pays une aide à la famille. Ils vont se mettre en grève pour être payés en lires. Le 2 mai 1926, un court texte du Journal du Commerce relate ainsi la conclusion du conflit : « les 13 ouvriers italiens faisant partie du personnel de la Maison Poncini ont bien demandé à être payés en lires, mais cette manière de voir a été refusée par la Maison, qui a toujours payé ses ouvriers en francs français, même quand la lire oscillait entre 60 et 70. Vu l’augmentation du coût de la vie, la Direction a consenti au relèvement des salaires, et, après entente avec son personnel, le travail a repris aussitôt ». Le Petit Dauphinois rapporte la même information que le journal de Rumilly. Tel n’est pas le cas de l’Humanité qui laisse entendre que tout n’a pas été aussi facile en précisant que « la direction se borna à leur accorder une augmentation de 0,10fr, portant le salaire horaire à 1fr80. Les grévistes, ayant accepté, rentrèrent le lendemain, sauf un, qui fut renvoyé ». Avec cette « grève d’Albens », on voit comment dans les années20, des décisions monétaires extérieures pouvaient déjà perturber la marche d’une entreprise locale.
La tuilerie allait par la suite devoir affronter la crise économique et sociale des années30. Toutefois, c’est la géologie qui devait la confronter à une difficulté majeure. La belle poche d’argile de Braille s’épuisant, il fallut chercher dans les environs un matériau de qualité équivalente. Hélas, les essais ne furent pas très concluants, ouvrant une période plus difficile qui allait conduire vingt ans plus tard à la disparition de l’entreprise.
Aujourd’hui, l’Espace patrimoine à Albens présente une belle collection des produits de la tuilerie. Le revue Kronos propose un article sur son histoire.

Jean-Louis Hebrard

Avoir « son » pèlerinage et « sa » grotte de Lourdes

L’année 1937 est riche en « manifestations religieuses », comme on le découvre à la lecture du Journal du Commerce. Parmi celles-ci, privilégions deux évènements, le pèlerinage à la croix du Meyrieux et l’inauguration d’une réplique de la grotte de Lourdes à Albens.
Début mai, paraît un bel article illustré d’une photographie montrant le groupe des pèlerins arrivant à la croix du Meyrieux dont on distingue les bras décorés de fleurs et de branches. On devine une belle participation pour laquelle l’auteur nous livre les indications suivantes « Depuis quatre ans, la paroisse de La Biolle à laquelle se joignent les paroisses voisines, se rend, le premier dimanche de mai, à la Croix du Meyrieux ».

Cliché paru dans le Journal du Commerce en 1937
Cliché paru dans le Journal du Commerce en 1937

Au dire du rédacteur de l’article, le pèlerinage semble avoir repris de l’importance vers 1933. Une date qui s’inscrit dans le mouvement de reprise de cette pratique comme l’écrit dans « Pèlerinages en Savoie » l’historien Albert Pachoud : « les années précédant la dernière guerre vont voir un renouveau des pèlerinages le long des chemins et des sentiers. En 1938, des jeunes de la vallée des Entremonts élevèrent une croix de bois au sommet du Granier. Ce geste ne fut pas unique : à l’initiative principalement de la J.A.C, un certain nombre de croix furent dressées sur les montagnes savoyardes ».
Quant à la croix du Meyrieux, le rédacteur l’inscrit dans un passé bien plus reculé, décrivant une vieille croix de bois, noircie par les intempéries qui « aurait été plantée en 1604 ». Il ne donne pas d’autres précisions pour s’attarder plus longuement sur le pèlerinage : « En ce premier dimanche de mai, nous abandonnâmes les soucis quotidiens pour se joindre à la foule des pèlerins et faire l’ascension de la Croix. Lorsqu’après une heure de marche, dans les chemins pierreux de la montagne, nous y arrivâmes, un nombreux public était déjà massé autour de la Croix, soigneusement décorée, admirant, en attendant la cérémonie, le délicieux panorama qui s’offrait à ses yeux ». Par quelques indices on peut supposer que le pèlerinage s’inscrit dans ce que l’ethnologue Arnold Van Gennep nomme le cycle de mai avec en son début la « fête du 3 mai, strictement chrétienne… en commémoration de la découverte de la vraie croix par l’impératrice Hélène, femme de Constantin ». Dans tous les pays catholiques on la nomme aussi « Invention de la Sainte Croix ». Elle est célébrée le premier dimanche de mai comme le précise avec insistance notre rédacteur qui honore systématiquement d’une majuscule le terme de croix.
La croix a été dressée sur une sorte de belvédère d’où l’on admire « Aix-les-Bains avec son lac aux eaux bleues, la verdoyante vallée de La Biolle et de Grésy ». Le rédacteur ne fait pas référence à la tradition selon laquelle la croix marquerait l’emplacement de la séparation entre les moines restant à Cessens de ceux qui allaient fonder Hautecombe au XIIème siècle pour plutôt nous renseigner sur le déroulement de la cérémonie. Le curé Mermoz, figure religieuse de La Biolle, est accompagné de la chorale et de la « toujours dévouée fanfare » qui n’a pas hésité à gravir les 400 mètres de dénivelé afin « d’ouvrir la cérémonie par un morceau très applaudi ». Une fanfare « La Gaité » dont il fut le créateur à son arrivée en 1925 dans la paroisse. C’est ensuite la chorale qui exécute un cantique avant que l’abbé Curthelin n’évoque l’importance de « La Croix, qui ajoute une cime à la cime des montagnes ». Après les prières et pour clore la cérémonie, la fanfare donna un concert puis les pèlerins partagèrent un repas sur l’herbe « empreint de franche gaieté, qu’illuminaient de doux rayons d’un soleil printanier, tout chargé des parfums des fleurs nouvelles ». Une fin d’article qui par cette évocation bucolique nous ramène au cycle de mai évoqué plus haut, « le cycle véritable du printemps ».
En cette fin des années 30, ce pèlerinage s’inscrit dans un ensemble de pratiques plus large dans lequel le culte de la vierge tient une belle place.

La grotte de Bloye (archive Kronos)
La grotte de Bloye (archive Kronos)

Depuis la fin du XIXème siècle, la paroisse de Bloye possédait une réplique de la grotte de Lourdes construite sur un terrain donné par une paroissienne de retour d’un pèlerinage à Lourdes. Quarante-cinq ans plus tard, c’est la paroisse d’Albens qui inaugure sa réplique. Sur la genèse du projet, vous pouvez consulter dans le numéro 30 de la revue Kronos l’article que lui consacre Ivan Boccon-Perroud.
À l’époque, les pèlerinages organisés à destination de Lourdes sont peu nombreux en Savoie, à peine dix entre 1921 et 1947 pour 8200 participants, nous apprend l’historien Christian Sorrel dans un article intitulé « Grottes sacrées ». C’est pourquoi, précise-t-il « il n’est donc pas étonnant que les fidèles se tournent vers des substituts ». Les paroissiens d’Albens au milieu des années 30 vont particulièrement soigner leur projet. Cela commence par le choix du site, sur un terrain offert par la famille de Charles Philippe à la paroisse, proche du centre du village, de l’église et surtout placé au bord de l’Albenche, la rivière qui traverse le bourg.

Emplacement de la grotte (plan modifié)
Emplacement de la grotte (plan modifié)

La conception de l’édifice va bénéficier des compétences de l’architecte Jean-Marie Montillet et du savoir-faire de l’entreprise de maçonnerie Simonetti. Elle aurait fait « acheminer un wagon entier de ciment, livré directement en gare d’Albens par les cimenteries Chiron de Chambéry » lit-on dans le numéro 30 de Kronos. Au final, un ouvrage que le Journal du Commerce qualifie « de véritable chef-d’œuvre » dans un article du 20 septembre 1937. Toute une colonne est consacrée à la cérémonie qui se déroule ce jour là en présence du « nouvel archevêque de Chambéry ».

Fréquentation de la grotte en 1938 (archive Kronos)
Fréquentation de la grotte en 1938 (archive Kronos)

Très vite, la grotte va devenir un lieu de culte et de prière fréquenté par de nombreux paroissiens.
Quatre-vingts ans plus tard, la fonction cultuelle de la croix du Meyrieux tout comme celle de la grotte d’Albens s’estompe devant le tout patrimonial ou touristique.  « Meyrieux, lieu de pèlerinage, mais aussi lieu rêvé des touristes » concluait en 1937 le Journal du Commerce. Chaque week-end, les amateurs de VTT et les randonneurs ont aujourd’hui pris le pas sur les pèlerins d’autrefois.

Jean-Louis Hébrard

Un diffuseur de culture : le Foyer albanais en 1936

Neuf ans après sa création, le Foyer albanais anime avec succès la vie culturelle de la région. Depuis peu, il est possible d’y projeter des films parlants qui attirent tout au long de l’année les familles et la jeunesse lors des séances du samedi et du dimanche. Posséder une belle salle de spectacle paraît alors inespéré. Songez qu’en 1936, près de 2200 villes et villages de moins de 1500 habitants restent dépourvues d’établissements cinématographiques. Ajoutez à cela, nous apprend le Journal du Commerce, que le Foyer albanais est capable d’assurer « pour la saison toute une série de nouveaux films qui sont présentés actuellement dans les grandes salles de Lyon et Grenoble ».
Quels films furent programmés par le foyer pour cette année 36 ?
Il n’est pas surprenant de constater que les films français occupent 67% de l’affiche du cinéma. En effet, à l’époque les écrans de notre pays sont parmi les moins encombrés par les productions hollywoodiennes (50% des films projetés) contre 85% en Grande-Bretagne.

Entrée du Foyer albanais (collection particulière)
Entrée du Foyer albanais (collection particulière)

Les films choisis sont récents, sortis pour la plupart entre 1933 et 1935. Ce sont les belles années du cinéma français avec une production record de 158 films en 1933, un chiffre qui ne sera plus dépassé avant 1966. Les réalisateurs sont alors prestigieux. Parmi ceux que le Foyer albanais diffuse, on trouve Julien Duvivier, Henri-Georges Clouzot mais aussi Marc Allégret ou Marcel Pagnol.
Films d’espionnage, comédies musicales, romances ou films d’aventure permettent d’admirer les grandes vedettes du moment. Dans « Matricule 33 », Edwige Feuillère incarne une espionne allemande sauvant en 1917 un malheureux agent français joué par André Luguet. Dans ce film d’espionnage sur fond de Grande Guerre, la toute jeune première du cinéma français tient toute sa place face à l’une des grandes vedettes masculines en vogue. Les spectateurs du Foyer albanais retrouvent quelques mois plus tard la même actrice dans une comédie tournée en 1935, intitulée « La route heureuse » avec Claude Dauphin comme partenaire. L’acteur est aussi connu que son frère, l’animateur de radio Jean Nohain.
Pour les soirées du 9 et 10 mai, une comédie musicale « Mon cœur t’appelle » est programmée. L’intrigue est simple, un ténor sans engagement finit par triompher à l’opéra de Monte-Carlo grâce à l’astuce déployée par une artiste espiègle. C’est Danièle Darrieux qui joue ce rôle. Sa carrière vient juste de débuter et le public s’enthousiasme pour cette jeune première qui alterne les rôles de jeunes filles ingénues dans des comédies musicales avec ceux de demoiselles romantiques dans des drames historiques.

Vignette des années 30 (collection particulière)
Vignette des années 30 (collection particulière)

Celle que l’on surnomme « la fiancée de Paris » joue souvent aux côtés d’acteurs populaires. Dans « Mon cœur t’appelle », Julien Carette lui tient compagnie. Acteur à la bonne humeur communicative et au phrasé reconnaissable, il contribue à l’atmosphère joyeuse du film. Tournant beaucoup à l’époque, les spectateurs du Foyer albanais le découvriront dans bien d’autres films plus célèbres dont ceux de Jean Renoir.
Le Foyer albanais programme aussi des grandes vedettes américaines. On pourra d’abord voir pour le jeudi de l’Ascension la première enfant star d’ampleur internationale, la toute jeune Shirley Temple. Dans « La p’tite Shirley », du haut de ses six ans, elle est la coqueluche des petites filles du monde entier. « Les trois lanciers du Bengale » sont projetés pour les fêtes du 15 août. C’est l’occasion de voir le grand Gary Cooper incarner le lieutenant Alan Mc Gregor, un officier écossais chargé de la protection d’un territoire du nord-ouest des Indes britanniques. Un grand film du réalisateur Henry Hathaway, produit par la Paramount, tourné en extérieur dans la Sierra Nevada.
Outre « Les trois lanciers du Bengale », tiré du roman de l’américain Francis Yeats-Brown, le Foyer albanais propose plusieurs adaptations d’œuvres littéraires. « Maria Chapdelaine », extrait d’un roman au succès mondial est projeté en mars. A l’automne, le Journal du Commerce annonce la projection de « Sans famille », et précise : « nombreux sont ceux qui ayant lu le célèbre roman d’Hector Malot seront heureux de revivre les péripéties d’une belle et passionnante aventure ». Le même journal, fin décembre avertit le public que « les célèbres artistes Harry Baur et Pierre Blanchard » sont remarquables dans le film « Crime et châtiment ». Figurent aussi les œuvres que Marcel Pagnol adapte au cinéma comme « Jofroi » ou « Cigalon » avec des musiques de Vincent Scotto. Dans « Jofroi », le compositeur s’est vu confier le rôle principal par son ami Marcel Pagnol. Une exception dans sa vie de musicien car ce sont ses chansons qui l’ont fait connaître du grand public. Interprétées alors par Joséphine Baker, Maurice Chevalier, elles sont encore dans toutes les mémoires à l’instar de « J’ai deux amours » et « La petite tonkinoise » ou « Marinella » qui devient en 1936 le phénoménal succès de Tino Rossi.
La musique est bien au cœur de l’activité culturelle du Foyer albanais qui n’hésite pas aussi à promouvoir la « grande musique ». En complément du film principal, lit-on dans le Journal du Commerce du mois de mars, est proposé « un documentaire sur Arles avec la musique de l’Arlésienne de Georges Bizet ».

Une scène du film
Une scène du film

Judicieusement choisis, certains de ces films se veulent plus édifiants comme « Cessez le feu » pour lequel « un demi tarif sera accordé aux anciens combattants ». C’est encore plus évident avec la programmation pour les fêtes de Pâques de « Golgotha » réalisé par Julien Duvivier. « C’est le drame de la Passion… le film qui remue les foules et qui a connu ces derniers mois un succès formidable à Grenoble et Lyon » lit-on dans la presse locale qui avertit le public que « en raison de l’affluence prévue pour la séance du dimanche soir, il est demandé à tous ceux qui le pourront de venir soit le samedi soir, soit le dimanche après-midi ». Ce conseil souvent donné est en quelque sorte un indicateur du succès de cette salle. Pour la jeunesse, venir au cinéma n’est pas toujours facile. Il faut d’abord avoir obtenu l’accord parental. Alors que le Front populaire vient juste d’établir les congés payés, il n’est pas encore bien admis à la ferme de pouvoir s’extraire des travaux du quotidien. On vient de tous les villages des alentours en se déplaçant en groupe et à pied. Pour les chanceux qui disposent d’une bicyclette, une sorte de consigne a été ouverte à proximité du foyer. On peut y laisser son engin de transport en toute sécurité. La plus grande affluence concerne les séances du dimanche après-midi et soir, celles qui attirent les spectateurs venus par le train des villes voisines comme Rumilly.

La gare d'Albens, vue des années 30 (archive Kronos)
La gare d’Albens, vue des années 30 (archive Kronos)

Il pouvait arriver que, la séance de l’après-midi s’étant prolongée, il faille vite sortir du cinéma pour courir vers la gare où l’on avait retardé le départ du train. Toute une époque !
Le Foyer albanais traversera les « Trente Glorieuses » mais devant la concurrence de la télévision disparaîtra dans les années 80. L’objet d’un prochain récit.

Jean-Louis Hébrard

Évènements dans l’Albanais : « un avion biplan se pose… »

Dans les années 20, les performances de l’aviation comme les exploits des coureurs cyclistes captent de plus en plus l’attention du public. Alors, quand un biplan se pose en catastrophe entre Saint-Félix et Albens ou qu’Antonin Magne et le peloton du tour de France traversent Alby-sur-Chéran, le quotidien se trouve bouleversé, ces faits deviennent évènements et la presse les relate.
« Samedi matin » rapporte le Journal du Commerce dans un article d’octobre 1926, « vers 11h20, un avion biplan […] appartenant à la Compagnie Aérienne Française et se dirigeant vers le terrain d’aviation de Challes, évoluait dans les airs semblant chercher un point d’atterrissage. Le moteur paraissait fonctionner irrégulièrement. Bientôt l’appareil descendit lentement vers le sol et toucha terre sur les champs verdoyants et plats qui s’étendent entre la route de Saint-Félix et celle de Rumilly, tout au long de la voie PLM. Mais, par suite de l’état marécageux de l’endroit, les roues du biplan s’enfoncèrent dans la tourbe et l’appareil piqua de l’avant, se renversant complètement ».
Les avions de l’époque rencontrent souvent des problèmes techniques, des avaries qui les contraignent alors à se poser en catastrophe. Les pilotes sont de ce fait considérés par beaucoup comme des héros. Guillaumet, Mermoz, Saint-Exupéry sont présents dans tous les esprits, eux qui assurent les liaisons de l’Aéropostale en direction de Casablanca, Dakar et Rio. Chacun de leurs vols est une aventure risquée dont Saint-Exupéry fera la matière de « Vol de nuit ».
De telles situations sont également présentées aux jeunes élèves dans leurs livres de lecture courante. L’aéroplane est le titre d’un de ces textes qui témoigne de la fascination qu’exerce l’aviation : « Il va atterrir ! dit quelqu’un. Le pilote cherche dans la campagne un endroit convenable. Il se dirige vers les prés. Ce fut aussitôt une course folle des enfants vers les prairies qui s’étendent dans le creux du val, aux abords du village ».

Gravure extraite de « Histoire de 3 enfants », livre de lecture courante, 1927 (collection privée)
Gravure extraite de « Histoire de 3 enfants », livre de lecture courante, 1927 (collection privée)

Dans une autre lecture scolaire, l’aviateur qui « casse du bois » ne s’en sort qu’avec l’aide des habitants qui accourent à son secours et l’aident à sortir de son appareil en feu. Un texte qui colle à la réalité, les aviateurs d’Albens étant quant à eux secourus par « les ouvriers maçons de l’entreprise Masoèro ». L’article de presse dresse alors un état de leur fâcheuse situation « M. Lambert, pilote depuis cinq ans à la Compagnie, portait une blessure assez sérieuse à l’œil droit, M. Loup, photographe à bord, souffrait au genou gauche d’une contusion assez grave occasionnée par le choc d’un boulon de la carlingue ». L’entraide qui se met en branle est impressionnante, les aviateurs sont transportés dans les locaux de la tuilerie Poncini toute proche d’où l’on appelle par téléphone le docteur d’Albens ainsi que la gendarmerie. Le médecin « leur prodigua ses soins et fit des piqûres antitétaniques ». L’enquête des gendarmes avance l’hypothèse que « l’appareil a été obligé d’atterrir par suite d’une fracture d’aile ».
Cet article permet d’approcher la « fragilité » relative de ces appareils biplans qui, du fait de la faible puissance du moteur devaient être construits en bois et toile afin d’être plus légers, sans parler du système de haubans et de mâts qui tenait les deux ailes portantes superposées.

Biplans et monoplans, dessins extraits d'un livre de lecture (collection privée)
Biplans et monoplans, dessins extraits d’un livre de lecture (collection privée)

L’Aéropostale a-t-elle fait des émules dans l’Albanais ? C’est ce que l’on pourrait penser à la lecture de cet autre article du Journal du Commerce publié en février 1928 relatant une livraison de courrier pour le moins inhabituelle : « Albens, vendredi 24 courant, vers 15 heures, deux avions du centre de Bron ont survolé notre région. Un jeune soldat, fils de M. Bontron, géomètre, laissa tomber de l’un d’eux, dans un pré désigné par un drapeau, un paquet tricolore contenant des lettres pour ses parents et amis. Après quelques évolutions au-dessus du village, vivement goûtées et applaudies par la population, les deux appareils firent demi-tour et rentrèrent à Lyon ».
Les aérodromes, dont la construction avait débuté avant 1914 pour des raisons militaires, s’étoffent et prennent de l’importance dans les années 20 avec l’essor de l’aviation civile et commerciale. Les jeunes aviateurs qui survolent Albens doivent effectuer une formation militaire à la base de Bron qui possède une école pour les officiers et sous-officiers depuis 1912. Mais ils se trouvent aussi sur un aéroport qui, à partir de 1921, assure des liaisons commerciales avec Paris, Marseille et Genève.

Sur l'aérodrome de Challes dans les années 30 (collection privée)
Sur l’aérodrome de Challes dans les années 30 (collection privée)

L’aérodrome de Challes connaît la même évolution. Initialement réservé depuis sa création en 1913 à l’usage des avions militaires, il s’ouvre peu à peu aux civils après la guerre de 14/18 avec la création de l’aéroclub des Alpes françaises. Il faut dire que cette piste au pied des massifs montagneux des Alpes intéresse l’aviation civile et commerciale. Dans les années 30, le terrain s’étend et l’aérodrome organise alors de nombreux meetings où se produisent les plus grands pilotes de l’époque dont les célèbres aviatrices Hélène Boucher et Maryse Hilsz. Ces dernières sont alors des pilotes confirmées qui engrangent les records de vitesse et d’altitude, Hélène Boucher dépasse les 5000 mètres avant que Maryse Hilsz n’atteigne les 10 200 mètres d’altitude en 1932 (record féminin). La première va se tuer lors d’un entraînement en 1934 alors que la seconde s’illustrera dans la résistance dès 1940. Ainsi, tout au long des années 30, héroïnes et héros de la conquête des airs font rêver hommes et femmes des villes et des campagnes qui accourent pour voir ces étonnantes machines volantes. Aujourd’hui, lorsque des dizaines d’avions chargés de skieurs survolent le lac du Bourget, un week-end d’hiver, plus personne ne lève un regard étonné pour les voir se poser sur l’aéroport de Chambéry.

Jean-Louis Hébrard

Quand la radio s’appelait TSF, Robert Tournier raconte

Fruit des recherches de savants comme Hertz, Branly ou Marconi, ce moyen de communication prend de l’ampleur avec la Grande Guerre. Une fois la paix revenue, ceux qui ont pris l’habitude d’employer les liaisons par TSF vont en démocratiser l’usage : deux décennies radiophoniques s’ouvrent alors.
La presse locale laisse entrevoir au détour d’un article la diffusion de la TSF dans l’Albanais. Ainsi peut-on lire en 1927 dans le Journal du Commerce qui relate l’ouverture du Foyer Albanais que ses organisateurs promettent « des soirées de TSF ».
Les publicités donnent aussi la mesure de l’engouement pour « la fée des ondes » dont la possession reste encore réservée à la partie la plus aisée de la population.

L’illustration 1932 (collection privée)

« Un bon poste de radio valait pratiquement le prix d’une vache » nous explique Robert Tournier, collectionneur passionné de vieux postes de TSF. Ce dernier connaît bien tout le domaine des ondes pour en avoir fait son métier. Son immense savoir adossé à une belle collection permet de parcourir l’histoire de la radio depuis le poste à galène jusqu’à l’apparition du transistor.
Natif de Saint-Girod où ses parents ont un moulin à huile et une scierie, Robert Tournier est très vite attiré durant ses études par la physique et l’électronique. Un de ses professeurs ayant fabriqué un poste à galène, il se lance à son tour dans la réalisation d’un appareil semblable.

Poste à galène (collection Robert Tournier)
Poste à galène (collection Robert Tournier)

C’est le plus simple des récepteurs qui ne comporte ni lampe ni autre dispositif amplificateur. D’une manipulation délicate, il fait la fierté de tous ceux qui jusqu’aux années 1940 parviennent à le construire.
Pour réaliser le sien vers 1942, Robert Tournier prend des cours par correspondance, a recours au « système D », bénéficie de l’aide de quelques passionnés locaux comme M. Boffa à Saint-Félix. Il achète des composants, récupère du cuivre pour le bobinage avant d’achever son œuvre. L’appareil est peu sensible. Pour que l’audition soit correcte il faut disposer d’une très grande antenne. Celle qu’il installe chez ses parents « partait de la maison, descendait dans le pré, était accrochée à un pommier puis revenait en arrière jusqu’au domicile ». Avec une longueur d’antenne de 100 mètres environ, Robert Tournier capte alors « Lyon la Doua qui émet sur 470 mètres de longueur d’onde » et aussi « l’émetteur suisse de Sottens » sur ondes moyennes. Inauguré en 1931, ce dernier allait être surnommé durant la guerre de 39-45 « La voix de la Suisse ». Comme il le précise, « le poste à galène étant un appareil qui n’amplifie pas, on ne pouvait pas capter des émetteurs au-delà de 200 kilomètres ». Cela permet malgré tout à la famille de s’informer durant ces années sombres.
Toutefois, le poste à galène est à cette époque bien dépassé et c’est en se plongeant dans la collection de Robert Tournier que l’on découvre des modèles bien plus perfectionnés. Ce sont des postes à lampes, des appareils qui tiennent le haut du pavé dans les années 1930, une époque durant laquelle le nombre de postes de radio passe de 500 000 en 1929 à 5 millions en 1938.

Poste de marque Ondia vers 1930 (collection Robert Tournier)
Poste de marque Ondia vers 1930 (collection Robert Tournier)

Dans sa collection, Robert Tournier possède plusieurs exemplaires de ce modèle de poste. Celui de la marque Ondia, un constructeur français installé à Boulogne-sur-Mer, a toute une histoire. C’est le premier modèle rentré dans sa collection, trouvé à Veigy-Foncenex chez « un ancien radio » précise-t-il. Lorsqu’il le récupère dans un grenier, l’appareil est hors service. Commence alors une remise en état qui va durer des mois jusqu’à la satisfaction finale de le voir à nouveau fonctionner.
Grâce aux lampes plus sensibles et plus sélectives que la galène, la TSF accomplit un nouveau progrès vers plus de « maniabilité ». Toutefois l’antenne continue à être encombrante comme l’explique Robert Tournier. Elle reste un élément important du dispositif et doit être posée sur le poste ou à proximité. Les constructeurs s’ingénient à la rendre esthétique comme on peut le constater à partir de quelques belles pièces de sa collection.

L'antenne est placée sur le poste (collection Tournier)
L’antenne est placée sur le poste (collection Tournier)

Le passage vers les postes modernes où tout est intégré dans la caisse s’effectue au milieu des années 30. Des marques comme Radiola, Philips, Thomson soignent particulièrement l’aspect visuel de l’appareil. « La présentation était importante », explique Robert Tournier, mais aussi « la qualité du bois et du vernis surtout quand il était appliqué au tampon ». On est convaincu en voyant une autre pièce de sa collection : un « Super inductance Philips » de 1931. Parfaitement conservé, il attire le regard avec sa forme en ogive, sa façade symbolisant les ondes, sa belle couleur acajou mais aussi la discrète disposition des boutons de réglage.

Poste Philips (collection Tournier)
Poste Philips (collection Tournier)

Avec ces nouveaux postes, le rythme battant du pays entre dans la vie quotidienne des gens. Désormais il est possible d’écouter de chez-soi les grands orchestres comme les vedettes de la chanson, de suivre les péripéties du tour de France radiodiffusé dès 1929. En 1936, une voiture équipée d’un émetteur est même en mesure d’indiquer en direct la position des coureurs. Les jeux radiophoniques se généralisent et l’on se passionne maintenant pour « La course au trésor » ou « Le crochet radiophonique » qui fait chanter la France entière. En 1937, les auditeurs découvrent « La famille Duraton », un feuilleton dans lequel des français moyens sont plongés dans les péripéties de la vie quotidienne et que l’on écoutera avec plaisir durant quarante ans.

« ça jâââze » carte humoristique années 20 (collection privée)
« ça jâââze » carte humoristique années 20 (collection privée)

En 1938, l’écrivain Jean Guéhenno décrit ainsi le miracle des ondes radiophoniques : « Tourner le commutateur, allumer les lampes, faire ce geste qui après quelques secondes va me mettre en communication avec l’univers ne deviendra jamais pour moi un sotte habitude… Mais c’est chaque fois la même émotion, le même frémissement, la même inquiétude, et la même surprise quand, venue de je ne sais où dans l’univers portée par l’air musical et vibrant, éclate tout à coup dans la chambre où je suis seul une voix inconnue et fraternelle ».
Aujourd’hui, à l’ère du son numérique, nous nous sommes éloignés de cette TSF qui doucement faisait basculer le monde dans l’ère des « mass media ». C’est pourquoi nous avons une révérence pour ceux qui à l’image de Robert Tournier ont conservé pour nous un peu de ce monde des « sons révolus ».

Jean-Louis Hébrard

Saint-Félix-les-Gruyères : et pourquoi pas ?

Un article publié en 1932 dans le « Petit Dauphinois » soulève une question encore d’actualité : pour quelles raisons une commune peut-elle vouloir faire évoluer son nom ?
C’est ce qu’expose ce journal dans sa page locale « chronique de la Savoie » à propos de la commune de Saint-Félix où, apprend-on, « les conseillers municipaux » ont récemment décidé « que Saint-Félix deviendrait Saint-Félix-les-Gruyères ». Mais cette décision locale ne semble pas rencontrer le soutien attendu de la part de la préfecture haut-savoyarde. L’article se fixe donc la mission d’éclairer ceux qui, loin du terrain, peuvent méconnaître la réalité locale. On insiste d’abord sur l’importance de distinguer le village des autres « Saint-Félix » afin « d’éviter toutes erreurs des services des P.T.T ».
Pour tester la solidité de l’argument, les conseillers municipaux avaient, deux mois auparavant, consulté l’archiviste départemental à ce sujet. Avec beaucoup d’humour, Robert Avezou avait réfuté ce nouveau nom car, écrivait-il « bien qu’il soit destiné à faire connaître une industrie locale prospère, le nom de Saint-Félix-les-Gruyères ne me paraît pas de très bon goût. On n’accepterait pas Thônes-les-Reblochons et pourtant cette dénomination partirait du même principe ». Toutefois, pour répondre à la préoccupation « postale » des élus, il proposait de « situer tout bonnement Saint-Félix par la mention de la région naturelle dont cette localité fait partie, à savoir l’Albanais ». Et de conclure dans cette logique en donnant l’exemple de Saint-Julien-en-Genevois, une désignation précise satisfaisant tout le monde.
Saint-Félix-en-Albanais, voilà une appellation bien loin du « gruyère » qui fait alors la renommée de la commune et constitue ce que l’on nommerait aujourd’hui son « ADN ».
Aussi avance-t-on ensuite un long et abondant historique de l’aventure fromagère de la commune. 1885 en est la date fondatrice et M. Louis Picon l’acteur principal de cette réussite économique qui ira s’élargissant bien au-delà de l’Albanais et de la Savoie. Dès lors, plus de dix ans après la Grande Guerre, le « berceau de l’industrie laitière pour la branche des gruyères » devenu le premier centre d’exportation des gruyères savoyards « a tous les droits de s’appeler Saint-Félix-les-Gruyères ».

Encart publicitaire (Journal du Commerce 1927)
Encart publicitaire (Journal du Commerce 1927)

La délibération prise par le conseil municipal ayant été communiquée à la préfecture, on attend en ce début juin 1932 sa décision. L’affaire semble donc être essentiellement administrative. Mais une lecture plus complète du numéro du « Petit Dauphinois » (consultable en ligne sur le site « lectura plus presse ancienne ») suggère que des considérations économiques sous-tendent aussi la demande des élus de Saint-Félix. En effet, en bas de page du journal on découvre l’existence d’une « marche du travail dans la région ». La grande dépression économique née aux USA en 1929 a fini par toucher notre pays provoquant de la mévente et du chômage.

La crise économique (gravure des années 30)
La crise économique (gravure des années 30)

La commune commence à sentir ses effets, comme l’écrit à ce moment-là Marius Picon dans un courrier adressé au conseil municipal : « Saint-Félix compte des industries fromagères qui depuis cinquante ans ont fait leurs preuves, qui malgré la crise sans précédent que nous traversons poursuivent leurs efforts. Ayant su donner une renommée mondiale à leurs produits elles gardent dans ces moments difficiles tout leur personnel au complet ». C’est pourquoi ce « Négociant industriel » comme il se nomme, appuie fortement les élus dans leur démarche. À un moment où les prix des produits agricoles s’effondrent du fait de la crise, il explique tout l’intérêt de la nouvelle appellation qui « la renommée aidant, nous procurera une facilité beaucoup plus grande pour la vente du lait à un prix rémunérateur ». Il sait par ailleurs que l’économie laitière savoyarde achevant son intégration au marché national, il faut pousser à la création de régions spécialisées pour résister aux difficultés du temps. Il est donc nécessaire, indique-t-il aux élus « qu’au plus tôt vous établissiez que notre département est et doit être la Région du Gruyère » avec Saint-Félix-les-Gruyères comme centre de gravité.
Ce début d’année 1932 voit trois préfets se succéder en quelques mois à la tête de la Haute-Savoie.
Est-ce la raison pour laquelle la question d’accoler « gruyères » à Saint-Félix tombera dans les oubliettes de l’histoire ?

L’avis de l’archiviste Robert Avezou semble l’avoir emporté sur la pression des élus. En 2001, la disparition totale de l’activité fromagère de la commune est actée (voir à ce sujet l’article paru dans le dernier numéro de la revue d’histoire Kronos). On peut se demander aujourd’hui comment serait compris un panneau routier « Saint-Félix-les-Gruyères ».
Quant à la ville de Thônes qui n’a jamais pensé à l’époque vouloir se nommer « Thônes-les-Reblochons » la voici aujourd’hui devenue « la capitale du Reblochon ». Une histoire qui vaut plus qu’un fromage « sans doute ».

Jean-Louis Hébrard

Une centenaire au temps des « années folles »

Mi-août 1928, le bourg d’Albens met à l’honneur une de ses concitoyennes : cette dernière va souffler ce jour-là cent bougies. Sous le titre « Fête de la centenaire », le Journal du Commerce lui consacre un long article illustré d’un portrait photographique. Sans négliger le descriptif de la fête, ce sont les discours qui retiennent l’attention. Celui du maire, prononcé en français, contraste avec les propos de la centenaire s’exprimant en « patois savoyard ». Ils nous permettent de poser un regard sur la pratique de la langue mais aussi sur la perception par la population des grands changements environnementaux et en premier lieu celui de compter dans la commune une centenaire.
C’est avec une certaine émotion que monsieur Montillet, le maire de l’époque va l’exprimer : « La fête qui nous réunit aujourd’hui est de celles qui comptent dans les annales d’une commune, car de mémoire d’homme, jamais jusqu’à ce jour l’honneur d’avoir une centenaire n’a échu à la commune d’Albens ». Le portrait qu’il dresse ensuite de l’héroïne de la fête, Thérèse R. veuve de Marcelin M., contient en creux la notion d’espérance de vie. En cette fin des années 20, les centenaires ne sont pas légion en France. C’est un peu plus de 2% des femmes qui pouvaient alors espérer dépasser leur 90ème anniversaire dans les conditions de mortalité de l’époque. Thérèse est donc une de ces rares élues. Et l’on avance déjà des éléments explicatifs devenus classiques aujourd’hui. « Aimant la vie saine et la paix des champs », elle est aussi dotée « d’un caractère affable, d’une grande bonté » qui lui vaut de compter « ici que des amis ». C’est un peu le mythe de la vie au grand air, d’une alimentation saine, source de longévité qui se dessine ici. Il masque la dureté physique des conditions de vie que la centenaire évoquera ensuite et qui a dû emporter Marcelin son époux. Déjà l’homme meurt sensiblement plus jeune que la femme. C’est la conséquence de conditions de travail encore pénibles car faute de mécanisation poussée, l’homme s’use à la tâche. On peut rajouter pour certains les ravages causés par l’alcoolisme dans un pays où l’on dénombre « plus de débitants de boissons que d’instituteurs ».

Femmes revenant du marché sur la route de Saint-Girod (archive Kronos)
Femmes revenant du marché sur la route de Saint-Girod (archive Kronos)

Le maire décrit dans son discours les difficiles conditions de vie dans la Savoie du XIXème siècle où  « le travailleur de la terre était une sorte de paria, mal vêtu, allant le plus souvent sans souliers, mal nourri, mal logé, ne sortant que rarement de son village, si ce n’était pour aller travailler au dehors, afin de soulager les parents malheureux ». Allez faire de vieux os avec tout cela. Thérèse, rappelle le maire, « est née en 1828 au hameau du Mollard d’une ancienne et honorable famille ». Durant cette longue séquence de vie, elle a dû faire face à la disette de 1847, année durant laquelle la municipalité d’Albens acheta pour 1500 livres de céréales pour venir en aide aux indigents. Début août 1860, elle a vu le cortège impérial traverser le village pavoisé de mâts vénitiens reliés par des guirlandes, allant à Annecy célébrer la réunion de la Savoie à la France. Le même mois, mais 54 ans plus tard, c’est le tocsin qui retentit à ses oreilles de déjà vieille dame pour annoncer la mobilisation générale, ouverture de la Grande Guerre. L’année de l’armistice, elle fête ses 90 ans. Née sous le règne du roi de Piémont-Sardaigne, elle a connu ensuite le Second Empire puis la IIIème République.

La centenaire photographiée par M. Exertier de Rumilly (source Journal du Commerce)
La centenaire photographiée par M. Exertier de Rumilly (source Journal du Commerce)

C’est en patois que Thérèse explique à tous comment le « bon vieux temps » était loin d’offrir toutes les commodités des années 20. Décrivant longuement la simplicité de l’habillement d’antan, elle termine en énumérant tout ce qu’elle n’avait pas et dont on dispose désormais.
E n’avô pas alô de bicyclette p’vola / En ‘avô pas non plus de quoi se pomponna / ni pè dansi de molins à musique inradia/ Ni pè se distrère la d’mingè on cinéma. On voit par là tout ce qu’a dû représenter pour elle l’arrivée des moyens mécaniques de déplacement, mais aussi l’installation du « Foyer Albanais » et l’arrivée de la TSF. Et pour exprimer ces sentiments, elle utilise en priorité le patois.

« A lavô le charret de duè vasche attela » (cliché collection privée)
« A lavô le charret de duè vasche attela » (cliché collection privée)

C’est la langue dans laquelle, en dehors de l’école, elle s’est exprimée toute sa vie. Grâce aux archives conservées à Chambéry, on peut se faire une idée de l’allure de l’école dans les années 1838, date à laquelle Thérèse avait dix ans. Elle est alors tenue par les frères de la Sainte Famille qui font la classe dans une seule salle. La petite Thérèse qui habite au hameau du Mollard doit alors venir à pieds jusqu’au bourg d’Albens. Les équipements scolaires sont plus que déficients comme le laisse voir un autre texte de 1866 : « les trois-quarts des élèves sont obligées de se tenir debout pendant la classe faute de bancs… les écoles sont dépourvues de tableaux, cartes géographiques et enfin des objets indispensables pour une école ». Dans de telles conditions, on peut comprendre que pour la vie quotidienne l’usage du patois prévale sur la pratique du français. La population qui est venue participer à la fête en 1928 a parfaitement suivi ce que disait Thérèse sans avoir besoin d’une quelconque traduction. Le Journal du Commerce le sait bien, lui qui inclut de longs passages en patois dans le compte-rendu de la fête. C’est que « le début du renversement linguistique » qu’a provoqué la Grande Guerre commence à peine. C’est ce que l’on apprend dans l’ouvrage de J-B Martin « Les poilus parlaient patois ».
Pour faire honneur à la centenaire, rien n’a été négligé comme s’attache à le décrire le journal : « la messe terminée, tandis que les cloches sonnent, que les boîtes tonnent, l’héroïne du jour est conduite à la Mairie… la Compagnie des Sapeurs-Pompiers forme la haie et la Fanfare salue son arrivée par un joyeux pas redoublé ». Les discours achevés, comme pour tout anniversaire, arrive le temps des cadeaux. Les « aimables et charmantes rosières », entourées des demoiselles d’honneur se chargent d’offrir une gerbe de fleurs. La municipalité a « le bonheur de lui faire présent du fauteuil sur lequel elle est assise ». La fille de la centenaire est ensuite mise à l’honneur pour les « soins dévoués et attentifs » qu’elle lui prodigue.
Pour clôturer la cérémonie, les vœux du maire sont ainsi formulés « N’tron regretta maire décéda / Tai to fiè de mama les rosières/ N’tron adjoint tè ben heroeu dai faire atan s’tian / Mé ce qu’allara pas l’honnô de faire / E de mamà la centenaira ».
Ce discours, précise le journal « fut chaleureusement applaudi par l’assistance ».
Si les « années folles » sont perçues de nos jours comme porteuses de transformations profondes, force est de constater aussi à travers cette fête la forte persistance des traditions.

Jean-Louis Hébrard

Évènements dans l’Albanais : tour de France et compétitions locales

Chaque été, à partir de 1931, c’est le tour de France qui soulève la ferveur du public local. En effet, jusqu’en 1936 les champions vont s’affronter tout au long des 210 kilomètres de l’étape Évian-les-Bains à Aix-les-Bains avec ascension du col des Aravis et de celui de Tamié, descente sur Annecy puis traversée de l’Albanais par Alby-sur-Chéran et Albens pour une arrivée dans la station thermale savoyarde.

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Sur ce dessin réalisé à partir d’une photographie prise en 1934 lors du passage du tour de France à Alby-sur-Chéran, les spectateurs massés le long du pont assistent à l’empoignade entre les huit coureurs échappés du peloton à 20 kilomètres de l’arrivée. Il y a ce jour-là du beau monde dont le maillot jaune, le célèbre Antonin Magne avec ses équipiers Vietto le meilleur grimpeur et Speicher portant son tout nouveau maillot de champion du monde. C’est lui qui remportera l’étape à Aix-les-Bains. Ce n’est pas « son jour » pour un autre français, le breton René Le Grevès qui va accumuler les ennuis. Il casse une pédale dans la montée du col des Aravis et doit attendre le secours du camion atelier pour repartir. Sa roue libre l’ayant lâché dans le col de Tamié, il doit à nouveau réparer. Une dernière crevaison, le voilà rétrogradé à la 43ème place du classement général, lui qui avait quitté Évian à la seconde place. Malgré tout, notre équipe nationale va particulièrement briller cette année là puisque ses coureurs remporteront la plupart des étapes. Interprétée par Jean Cyrano, une chanson de l’époque « Les champions de la route » campe ainsi l’engouement que provoque le tour : « On vient d’annoncer dans le patelin que le tour va passer, et dès le petit jour la foule accourt sur le parcours, pour saluer les gars du tour de France d’un encouragement plein d’espérance ». Plus loin, c’est la vaillance des coureurs que l’on évoque : « Et pendant des jours, luttant sans cesse, poussant toujours, ils vont affronter sans hésiter l’adversité, la poussière, les montées, les descentes, les Pyrénées, les Alpes puissantes… ». Interprétée à l’accordéon par Fredo Gardoni, cette chanson devient même la marche officielle du tour dont on peut aujourd’hui écouter une version en ligne. Le cinéma contribue lui aussi à faire revivre les péripéties de la « grande boucle ». C’est le cas fin décembre 1934 au « Foyer Albanais » où l’on projette en plus du grand film et en complément exceptionnel « Le Tour de France cycliste 1934 » édition complète, comme le précise le Journal du Commerce.

À l’époque, l’engouement pour la bicyclette auprès de la jeunesse peut être comparé à celui que provoque le foot aujourd’hui. Aussi voit-on fleurir partout en France mais aussi dans les grands pays cyclistes (Italie, Belgique, Suisse…) les clubs, les associations cyclistes. La Savoie, la Haute-Savoie, l’Albanais ne font pas exception. Les coureurs du Vélo Club de Chambéry se signalent particulièrement dans les compétitions locales suivis par ceux de l’Association cycliste aixoise, du Club cycliste d’Annecy et des coureurs du club d’Annemasse.
La presse locale se fait l’écho de ces compétitions cyclistes qui aux beaux jours animent les fêtes dominicales. C’est le cas pour la course organisée à l’occasion de la vogue d’Albens le dimanche 6 juin 1937. Trente-huit coureurs se sont inscrits au « Challenge Fontaine » qui se dispute sur un parcours de 60 kilomètres. Une épreuve organisée par l’Association cycliste Aixoise avec l’aide de l’Union sportive albanaise pour laquelle les engagés ont déboursé 5 francs. Après la remise des brassards à 14h, le départ est donné par le maire d’Albens une heure après devant la gare. Le peloton s’élance vers la Biolle , Grésy-sur-Aix et Corsuet. Là, les cyclistes vont se diriger vers la vallée du Chéran via Épersy, Saint-Ours, Cusy jusqu’à traverser la rivière au pont de Banges.

Le réseau routier emprunté par la course (archive privée)
Le réseau routier emprunté par la course (archive privée)

Le retour va s’effectuer par Gruffy, Alby, Marigny, Rumilly et Bloye. L’arrivée est jugée devant les écoles à Albens. Fiesch et Pesenti du club de Chambéry remportent la course en 1h40, suivi à une minute par Savi Dino d’Annemasse. Les prix seront remis vers 17h15 à la mairie. Les dix premiers vont empocher des sommes allant de 150 à 20 francs pour les derniers.
Les belles machines des coureurs font l’admiration de la jeunesse qui rêve de posséder un de ces engins perfectionnés avec dérailleur et vitesses multiples.
Et lorsque le jeune espoir local Louis Coudurier gagne « une superbe bicyclette de course… gros lot de la tombola de l’US Brison », le Journal du Commerce rappelle aussitôt ses « brillants débuts dans le Premier Pas Dunlop » et souhaite « le voir bientôt dans les épreuves régionales ».

Publicité parue en 1924 dans le Journal du Commerce
Publicité parue en 1924 dans le Journal du Commerce

L’usage quotidien de la bicyclette devient monnaie courante auprès des classes populaires de l’époque. Les congés payés mis en place en 1936 vont amplifier le phénomène. C’est au cours de ces années que la circulation des vélos sur les routes nationales atteint le chiffre record de 1100 par jour. Dans tous les bourgs et villes, associés ou non à un garage automobile, des magasins de cycles voient le jour. Ils offrent un grand choix de marques dont beaucoup sont d’origine française. Ce n’est pas par hasard si la bicyclette est alors surnommée de façon affective la « petite reine ». C’est elle que l’on retrouvera en service durant les années noires qui s’annoncent, dans le flux des populations qui se presseront sur les routes de juin 1940 puis durant toute l’Occupation. Avec les années 50 et l’entrée dans l’ère de la consommation de masse, son usage quotidien régressera. Aujourd’hui, avec assistance électrique ou pas, le vélo semble être à nouveau un mode de déplacement d’avenir.

Jean-Louis Hébrard

Tempête politique autour d’un monument aux morts

Le début des années 20 ouvre le temps de la célébration des soldats morts pour la France. Nous avons plusieurs fois abordé ce sujet sous l’angle de l’émulation communale, du financement et des inaugurations.
Un article publié dans le « Travailleur savoyard » va nous permettre de découvrir un regard polémique sur ces célébrations. Le journaliste donne le contenu d’un discours qui, à l’occasion de l’inauguration d’un monument aux morts, n’a pas pu être lu du fait de ses contenus polémiques visant « les admirateurs de la bourgeoisie ».
Différents passages du discours constituent une véritable charge contre « le politiquement correct du moment », l’auteur opposant une vision très engagée à celle plus consensuelle des autorités et du clergé.
« Prolétaires sacrifiés, chers disparus » déclare-t-il « je m’incline très bas en vous apportant à ce premier rendez-vous la reconnaissance à jamais inoubliable que nous vous devons, nous les survivants, douloureuses épaves de la guerre maudite ». On est loin des propos tenus par le maire d’Albens sensiblement à la même époque rendant « hommage aux glorieux combattants qui ont fait le sacrifice de leur vie pour la défense du sol de la France, à ceux qui, rescapés de cette effroyable guerre, ont vu se lever le soleil de la victoire ».
Pour l’auteur de ce discours, la guerre est totalement à maudire car « abattoir des classes laborieuses », elle est une véritable « tuerie » débouchant toujours sur « d’horribles carnages ». Il dénonce ensuite le bourrage de crâne, les motifs fallacieux qui furent mis en avant pour conduire les peuples et l’Europe au suicide : « nous avaient-ils assez répété, nos gouvernants incapables que nous nous battions pour le droit, pour la civilisation et leur justice, que c’était la dernière guerre, que ce serait le désarmement général comme ils ont essayé de vous faire croire au cours de leur cérémonie macabre ».

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Quel contraste avec les propos du maire de La Biolle qui « après avoir rappelé les circonstances dans lesquelles l’ennemi fut contraint de demander l’armistice, rend hommage aux glorieux combattants qui ont été les artisans de la victoire, ainsi qu’au grand patriote Poincaré, qui continue si vaillamment leur œuvre accomplie au prix de tant de sacrifices ».
Reprenant son discours, l’orateur donne une description très forte de la société des « années folles » opposant « les rescapés, les veuves, les orphelins… les milliers de chômeurs involontaires mourant de faim » à tous « les enrichis de la guerre, les impitoyables mercantis de la mort »e c’est-à-dire les profiteurs de guerre que l’on voit « passer dans de luxueuses autos vers Chamonix et Aix-les-Bains ».

Publicité des années 20 (archive privée)

Après la bourgeoisie, c’est au tour du clergé d’être vilipendé. L’orateur clamant ne vouloir plus entendre « les patriarches du bénitier et de la bande noire mettre dans la bouche de nos morts les mots d’héroïsme, de panache, de furie guerrière, souillant ainsi de leur bave répugnante la dépouille de leurs victimes ». Cet anticlérical a du être exaspéré par des interventions comme celle du chanoine Monard, supérieur du Collège de Rumilly qui « dans une belle envolée glorifie les victimes de la guerre qui reçoivent la récompense due à leur sacrifice » ou celle de l’abbé Chavanel qui à Cessens « après avoir rappelé les actes de foi religieuse dont il a été témoin durant la guerre, demande que l’on ne se contente pas de glorifier les morts en leur élevant des monuments, mais en songeant à leur âme et en priant pour eux ».
L’auteur de l’article semble bien connaître la région. « Le Travailleur savoyard » qui lui ouvre ses colonnes est un hebdomadaire fondé en 1907 par la section locale du parti socialiste (SFIO). Mais au moment du congrès de Tours (décembre 1920), la majorité des délégués de la Savoie et de la Haute-Savoie votent l’adhésion aux idées portées par la révolution russe. Le parti communiste qui se constitue alors conserve le journal le Travailleur savoyard. « Deux ans et demi après l’armistice » précise le journaliste, c’est-à-dire en 1921, les communistes sont bien implantés dans les agglomérations savoyardes mais rencontrent des difficultés pour toucher le monde rural. Il n’est pas certain qu’en signant « Le Paysan bolchevick », en appelant à se rassembler « autour du drapeau rouge, pour la cause sacrée des Travailleurs avec Moscou-la-Rouge », il parvienne véritablement à l’atteindre. Sans doute compte-t-il plutôt sur l’argumentaire pacifiste qu’il développe plusieurs fois en faisant référence à l’actualité du moment. Sur « le Rhin » dit-il, le « canon gronde encore », évoquant à mots couverts l’affaire de la Ruhr qui vient d’éclater en juillet 1921.

Les réparations – almanach Hachette année 1924 (archive privée)
Les réparations – almanach Hachette année 1924 (archive privée)

Face à ce regain de tension initié par le président Poincaré « l’homme du militarisme », le journaliste invite tous les hommes de la terre à partager des croyances qu’il énonce avec force : «  nous croyons invinciblement que la science et la paix triompheront de l’ignorance et de la guerre, que les peuples s’entendront, non pour détruire, mais pour édifier ». Des propos qui devaient entrer en écho avec tous ceux qui avaient lu l’ouvrage d’Henri Barbusse « Le feu » et qui espéraient avoir vécu la « Der des Ders ».

Jean-Louis Hébrard