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Les Étangs de Beaumont et de Crosagny : une création des Comtes de Genève, 1335-1398

L’histoire des relations entre l’homme et le marais a été scandée par des phases de connivence et de rejet. Après une longue intégration au système agricole, les zones humides sont devenues au XIXe siècle le repère des maléfices et l’origine de toutes les pestilences, avant d’être l’objet d’enjeux souvent contradictoires de la part des promoteurs et des naturalistes. Ces derniers ont fini par convaincre de l’intérêt des eaux stagnantes et de leur rôle biologique, tout en soulignant la nécessité de gérer un espace qualifié de naturel mais dont la richesse tient aussi à l’empreinte humaine (1).

Les étangs de Salagine, autrement dit de Beaumont et de Crosagny, sont à cet égard exemplaires (2). Avant échappé à l’assèchement du Val de la Deysse, ils menaçaient de se combler et de disparaître en suite de l’abandon de leur exploitation. Des riverains s’en émurent, notamment lors de l’étude du Plan d’Occupation des Sols de la commune de Saint-Félix, ce qui motiva, sous l’égide des D.D.A. des deux départements savoyards, une préétude d’aménagement réalisée par Béatrice Quinquet en 1984 (3). De fait, l’enquête conduite dans ce cadre confirma l’attachement de la population locale aux étangs et à leur revalorisation écologique et touristique. Prenant en compte cette option, le Syndicat intercommunal de développement économique du canton d’Alby-sur-Chéran (SIDECA) sollicita alors une étude de réhabilitation des plans d’eau auprès du CEMAGREF de Grenoble qui rendit sa copie en novembre 1985. Les conclusions de ce rapport ne firent qu’encourager toutes les bonnes volontés à se regrouper au sein de l’Association des étangs et du moulin de Crosagny créée en janvier 1992. De concert avec le Syndicat intercommunal de réhabilitation de l’étang de Crosagny (SIREC), les membres de l’Association passèrent aussitôt à l’action puisque les travaux de réaménagement ont débuté dès l’automne 1992 en dépit de conditions météorologiques particulièrement défavorables.

Aussi, lorsque paraîtra le présent article, l’étang de Crosagny sera-t-il en passe de remplir les nouvelles fonctions – biologique, touristique et éducative – que lui ont assignées ses amoureux, au terme de près d’une dizaine d’années d’efforts. Après une phase de marginalisation de l’étang, ses riverains renouent ainsi avec une histoire vieille de plus de 600 ans. Pour saluer à ma manière le succès de cette ultime étape, je voudrais montrer comment débuta l’aventure entre l’homme et les plans d’eau.

Plan de situation

Si les deux derniers siècles des étangs nous sont familiers depuis la mise au point de Béatrice Quinquet, le miroir des eaux se trouble en deçà de 1730. On a supposé qu’ils avaient été créés au cours du XVIe siècle, date de naissance qu’il faut placer deux cents ans plus tôt. Retracer l’évolution de ces vénérables étangs serait une tâche de longue haleine mais néanmoins envisageable grâce à l’abondance des sources disponibles aux Archives départementales de l’une et l’autre Savoies : registres de notaire, titres domaniaux des seigneuries et surtout riches fonds de l’administration savoyarde. En attendant qu’un passionné entreprenne une telle recherche, ne seront évoquées ici que les soixante premières années des étangs.

Une documentation de tout premier choix – la comptabilité des comtes de Genève – a permis de fixer la date de création de Beaumont et Crosagny, de se faire une bonne idée des moyens mis en œuvre pour les aménager, les entretenir et les exploiter. Les officiers comtaux ont en effet enregistré avec minutie les sommes déboursées pour acheter les matériaux, payer les manœuvres et les artisans engagés à l’occasion des chantiers ainsi que les pêcheurs, en indiquant la nature des ouvrages réalisés ou encore la date, les techniques et la destination des pêches. Pour la période envisagée, soit 1335-1398, les rubriques comptables relatives aux étangs ont été transcrites en intégralité (4).

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Situés aux confins des communes de Bloye, Saint-Félix et Albens, Beaumont et Crosagny se trouvaient ainsi au XIVe siècle dans le comté de Genève, sur sa limite avec le comté de Savoie (voir plan de situation). La gestion en fut confiée aux châtelains d’Alby-sur-Chéran. L’examen de la comptabilité de ces fonctionnaires tenue depuis 1325, et pour plus de sûreté de celle des châtellenies les plus proches (Rumilly et Grésy – Cessens), révèle l’inexistence des étangs pendant le premier tiers du XIVe siècle. De fait, c’est en 1335 qu’Amédée III ordonna l’aménagement d’un étang sous Mercy, village qui donna d’ailleurs son nom au nouveau plan d’eau au moins jusqu’à la fin du Moyen Age. Un second étang fut créé à l’aval immédiat du précédent à partir de l’été ou de l’automne 1347. On distingua dès lors les étangs « supérieur et inférieur de Mercy », correspondant respectivement à ceux de Beaumont et de Crosagny ; l’appellation « étangs de Salagine » n’est attestée qu’une seule fois, dans le compte de 1388-89.

On peut se demander ce qui motiva l’entreprise. Amédée III possédait déjà des étangs, notamment à Grésy, à Duingt et au val marécageux des Petites-Usses, la Balme-de-Sillingy, la Bâtie et Nonglard (5) ; contrôlant en outre l’essentiel de la pêche du lac d’Annecy, il s’en réservait les prises à certaines périodes de l’année. C’est probablement sur l’exemple du comte de Savoie qu’il décida de tirer partie de l’extrémité nord du bassin de la Deysse ; drainée dans les années 1940 (6), cette petite vallée était fort riche en plans d’eau poissonneux au XIVe siècle : étang de Braille attesté dès 1344 (7), d’Albens, « de Berchod » et à l’aval de Montfalcon, tous aux mains du comte de Savoie (8).

Avant d’envisager les problèmes que posa la réalisation des étangs, il est opportun d’en présenter les caractéristiques techniques, tout au moins ce que les textes nous en laissent voir.

Bien entendu, les étangs furent installés sur une zone naturellement déprimée et humide (9) dans laquelle convergeaient les eaux du « nant de Malagny » et de celui qui coulait « en passant à l’amont de la maison de Vautier Brunier » identifiables avec le Nant Brosset et le Ruisseau de la Grêle. Cependant, l’aspect, sinon le tracé, de ces cours résulte pour une part des travaux du XIVe siècle car ils furent profondément aménagés en 1344 puis en 1356, bien que les maîtres d’œuvre ne paraissent pas s’être souciés d’en contrôler le débit : les comptes ne font jamais mention d’un dispositif de réglage à l’amont des étangs. Ceux-ci s’apparentaient donc à des réservoirs de barrage, par opposition aux ouvrages de dérivation (10). Dans ces conditions, la vidange complète ne pouvait guère être réalisée qu’en période d’étiage ; pour vider l’un ou l’autre des étangs, on dut parfois se résoudre à en rompre la digue, ainsi en 1362 et 1379.

Plutôt que par le surcreusement du marais, l’extension du volume et de la superficie des eaux fut obtenue par l’élévation d’une chaussée (calciata, chouciata), c’est-à-dire d’une digue en terre battue protégée, comme on le verra, sur son flanc amont. Celle du premier étang mesurait une centaine de mètres de long sur 5 de large, et celle du second environ 2,5 mètres de haut (11).

L’autre élément majeur de l’étang est son dispositif de vidange, indispensable pour contrôler le niveau de l’eau aux fins d’entretien et d’exploitation. Si cet aménagement est classiquement dénommé thou dans la Dombes (12), ce terme ne se rencontre ici que dans le compte de 1336 ; on lui préférait en Albanais le mot déchargeoir (déchargeorium, lu déchargiour).

Il se composait essentiellement d’une canalisation traversant la chaussée de part en part, à hauteur du fond de l’étang, constituée de troncs de chêne évidés en U recouverts de madriers de même bois. Du côté amont de la digue, l’extrémité de la conduite s’encastrait dans un massif de charpente ou de maçonnerie, la bonjonière ou le coffre (bonjoneria, arca), où venait se loger la bonde (bondonum, bujonum), pièce de bois obturant ou libérant l’entrée de la conduite à volonté. Moins sophistiqué que les vannes du « moine » (13), ce système n’autorisait qu’une grossière régulation du débit. Enfin, pour empêcher le passage des poissons lorsque l’on vidangeait, la bonjonière était munie d’une grille métallique, quiblet (quibletum, quiblerium) ou daraise (deresia), second terme en usage chez les pêcheurs de la Dombes (14).

L’ouvrage de vidange proprement dit se complétait par des aménagements amont et aval. D’une part, un canal situé au talweg de l’étang (cursum en 1361, gotteria en 1370) facilitait l’écoulement en direction du déchargeoir, à l’instar de celui qui fut creusé à Crosagny au début du XIXe siècle (15). D’un autre côté, on créa en 1352-53 au débouché de l’étang inférieur un vaste bassin long d’une vingtaine de mètres, destiné à encaisser les coups de boutoir en cas de vidange brutale. Autant que l’on puisse en juger, il semble que les constructeurs ne jugèrent pas utile de munir les étangs de déversoirs, ou ébies, évacuant le cas échéant le trop-plein par dessus la digue.

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Pour donner une idée de l’ampleur des travaux, il suffirait d’indiquer leur coût et la masse de main- d’œuvre mobilisée. Le premier étang commencé en 1335 ne fut vraiment achevé que dix ans plus tard et nécessita au bas mot 5500 journées de travail et 150 livres genevoises, soit le prix d’un troupeau d’une centaine de vaches. Afin d’accélérer le mouvement et surtout de limiter les frais, Amédée III eut recours à la corvée ; parmi les chantiers jamais commandés par les comtes de Genève au XIVe siècle, celui de nos étangs est sans conteste celui où les corvéables furent le plus massivement requis, exécutant jusqu’à 800 journées par an au total. Le rythme des travaux était encore trop lent au goût du prince : en août 1343, il admonestait son châtelain qui tardait à engager les dépenses nécessaires à l’achèvement du premier étang (16). La réalisation du second fut plus rondement menée ; entrepris en 1347, il était terminé dès 1353 pour un coût d’environ 130 livres, incluant le versement de plus de 2600 salaires journaliers.

Il paraît que cette plus grande rapidité d’exécution ne tient pas seulement à la moindre étendue de l’étang aval. Les maîtres d’œuvre auraient bénéficié de l’expérience acquise depuis 1335. Les textes révèlent en tout cas les déboires, les tâtonnements et les réajustements qui retardèrent l’achèvement du premier réservoir. Le problème essentiel fut d’assurer la solidité de la digue, d’empêcher la sape par les infiltrations et les variations du niveau de la nappe. Bien rudimentaire fut la première solution adoptée, puisque l’entrepreneur Pierre Curt, d’Alby, protégea la chaussée en 1337, par une claie de piquets et de fagots de branchage. Cette légère garantie ne résista pas à la crue de 1340 qui porta sérieusement atteinte à la digue, réparée sur toute sa longueur l’année suivante. On substitua alors à la claie une palissade de poteaux en chêne, protection qui fut cependant encore jugée insatisfaisante ; le flanc amont de la digue fut finalement renforcé par un mur épais de deux mètres à sa base, élevé en 1343-44 par le maçon Peronet Quartier. Encore fallut-il revenir à l’ouvrage en septembre 1345, à la suite de l’écroulement de la maçonnerie et de l’effondrement consécutif de la chaussée sur une longueur de 25 mètres. À l’issue de ces travaux, la chaussée fut enfin reconnue parfaite, « de telle sorte que l’étang ne fuit de nulle part, qu’il est sûr et bien solide ». Il convient de souligner que ces difficultés résultèrent pour une part d’une conjoncture météorologique désastreuse : on sait que la décennie 1340-50 enregistra, en Genevois comme en bien d’autres régions, des précipitations d’une abondance extrême et donc des crues particulièrement violentes (17). Le mur devait d’ailleurs donner toute satisfaction puisqu’on ne le restaura dès lors qu’en 1356-57.

La maçonnerie ne fut pourtant par retenue pour consolider la digue du deuxième étang, peut-être en considération du plus faible volume du réservoir ou pour des raisons financières. Au moins exclua-t-on la fâcheuse solution d’une claie : entre 1350 et 1352, le maître d’œuvre Guyonet de Menthon supervisa l’installation d’une palissade de quelque 300 poteaux taillés dans 27 chênes du proche bois de Mercy (voir texte). Aussi, la digue de cet étang demeura-t-elle vulnérable : on dut la réparer à cinq reprises entre 1356 et 1365.

Comme pour la chaussée, la question de la vidange ne fut pas résolue du premier coup. On choisit tout d’abord d’établir celle de l’étang amont à l’extrémité occidentale de la digue, « dans l’angle de l’étang du côté du village de Braille » et en prenant modèle sur le déchargeoir de l’étang d’Albens (1338- 1340). Cette option fut abandonnée lors de la construction du mur au profit d’une canalisation en position médiane.

De plus, les artisans furent alors invités à s’inspirer des techniques « en usage en France en pareil cas », notamment pour bâtir une bonjonière en quartiers de tuf extraits à la touvière de Saint-Félix. L’ouvrage était relativement imposant puisqu’il requit la forge de sept quintaux de fer, en particulier pour le nouveau quiblet. Les matériaux utilisés accusent encore le contraste entre les deux étangs : à l’instar du renfort de la digue, le coffre de l’étang aval fut construit en bois.

En charpente ou en tuf, la bonjonière constituait de toute façon un point faible dans la chaussée. En 1356, l’étanchéité du déchargeoir aval fut assurée par des bourrages de mousse végétale. Trois ans plus tard, on constata que les deux bonjonières étaient perforées à leurs semelles ; les brèches furent tant bien que mal colmatées par un ciment de poix, de suif et de brique pilée. L’un des coffres s’effondra en 1361 par suite du pourrissement de la charpente. La fragilité de ces ouvrages contraignit à des
réparations réitérées jusque dans les années 1380.

Le bon fonctionnement des étangs commandait aussi leur curage. La tâche, particulièrement pénible lorsque les limons étaient gorgés d’eau, fut souvent délaissée aux hommes de corvée, encore que l’on eut parfois recours à un treuil (turnum). Si le ciel le permettait, la boue séchée après vidange était découpée en blocs évacués à bras ou à l’aide de « crocs ». En 1350, on procéda à l’essartage d’un massif de souches et de buissons qui encombrait l’étang supérieur.

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Une fois le nettoyage terminé, les étangs étaient aussitôt remis en eau. Contrairement à leurs contemporains de la Dombes et aux usages qui prévaudraient au XIXe siècle, les comtes de Genève ne firent jamais exploiter leurs étangs dans un système rotatif associant la pêche en évolage et la culture des céréales ou de la blache en assec ; au XIVe siècle, Beaumont et Crosagny étaient exclusivement destinés à la production piscicole.

La manœuvre de la bonde, la surveillance du plan d’eau et de ses hôtes, s’effectuaient depuis le « chaffal », plateforme surélevée et plantée sur la digue à l’aplomb de la bonjonière.

Une maisonnette y autorisait l’abri du gardien qui devait être à l’affût des maraudeurs de tout genre, à deux ou quatre pattes. À la faveur de l’absence du gardien, quelqu’un subtilisa des éléments de la daraise en 1341. Le châtelain d’Alby infligea en 1369 des amendes à cinq braconniers qui s’étaient aventurés à pêcher dans les étangs de messire le comte. Au vrai, ce sont les loutres qui portaient le plus lourd préjudice au peuplement piscicole ; trois années de suite, le « luerier » Guillaume, flanqué de son valet et de ses chiens, fit la chasse à ces grands amateurs de poisson (1352 à 1354).

Beaumont et Crosagny étaient des étangs d’engraissement, régulièrement repeuplés de jeunes sujets que l’on allait chercher dans les proches étangs du comte de Savoie ou dans celui de Grésy, spécialisé dans le développement des alevins. En 1350, Crosagny fut empoissonné de 1500 carpes, représentantes d’une espèce qui semble avoir été exclusive ici, alors qu’elles côtoyaient vairons et brochets dans d’autres étangs du comte.

Arrivés à maturité, les poissons étaient toujours capturés au printemps, plus précisément en Carême. On utilisa deux techniques de pêche. L’une consistait à ramasser le poisson concentré après vidange dans le receptaculum, cuvette aménagée au devant de la bonjonière ; la cueillette s’effectuait au râteau et à l’épuisette (trobla). Cette méthode ne fut utilisée qu’à trois reprises au cours de la période considérée, en 1350, 1362 et 1379. On lui préférait la capture au filet (retia, artificia filatorum) jeté depuis une embarcation, telle la pirogue creusée dans un tronc de chêne en 1351 et la barque transportée depuis l’étang d’Albens en 1383. La direction des opérations fut fréquemment confiée à des hommes d’Albigny, hameau en rive du lac d’Annecy, en particulier à Jean Rachex qui faisait la tournée des étangs comtaux dans les années 1350. Quelques années plus tôt, le comte avait fait bâtir à proximité des étangs une cabane pour les pêcheurs puisque les campagnes de capture duraient jusqu’à une vingtaine de jours. Les prises pouvaient être momentanément stockées dans la « serve », réservoir annexe ceinturé d’une palissade munie d’une porte fermant à clé, lointaine préfiguration de l’installation de la famille Gaillard (18). La « chapissette », second réservoir couvert de paille, fut construite en 1362.

Le poisson était finalement expédié à dos d’âne en direction des châteaux comtaux, généralement à Annecy, résidence de prédilection de la cour. Les captures étaient exclusivement destinées à l’hôtel des Genève, si l’on veut bien faire exception des belles prises offertes à la comtesse de Savoie (1357).

Dans ces conditions, les documents comptables n’indiquent pas le volume des captures, ce qui aurait pu être le cas si le poisson avait été vendu ; le transport de la pêche nécessita 8 ânes en 1371 comme en 1379 et 13 en 1375, ce qui signifie vraisemblablement des charges de plusieurs quintaux. Les pêches furent en outre assez régulières au nombre d’une vingtaine entre 1347 et 1393.

Les difficultés rencontrées lors de leur création n’empêchèrent donc pas les étangs de répondre honnêtement aux objectifs d’Amédée III qui manifesta sans doute sa satisfaction lorsqu’il visita les étangs en compagnie de ses gens le 27 mars 1362. Les comtes de Savoie, entrés en possession du comté de Genève au début du XVe siècle, partagèrent cet avis puisqu’ils firent tenir une comptabilité spéciale de la gestion des étangs de Mercy, preuve de l’intérêt qu’ils présentaient à leurs yeux (19).

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Au delà des zones d’ombre qu’ils laissent planer sur la naissance même de Beaumont et Crosagny, les documents comptables soulèvent des interrogations d’ordre plus général, parmi lesquelles je retiendrai les suivantes.

En premier lieu, il est tentant d’intégrer les aménagements observés et plus généralement ceux de l’Albanais et du Genevois au vaste mouvement de création d’étangs auquel on assiste en Europe occidentale au XIVe et XVe siècles ; certes plus modestes que ceux de Vendée, Sologne, Bresse ou Dombes, ils auraient néanmoins participé à la sensible mutation agricole de la fin du Moyen Age (20).

Le rôle économique des étangs comtaux restait toutefois médiocre ; loin d’être ouverte sur le marché, la production piscicole du domaine des Genève prenait le seul chemin des cuisines princières. Surtout, à l’opposé des ruraux de la Dombes qui avaient alors la faculté de créer leurs plans d’eau (21), les gens du commun ne disposaient guère d’étangs dans notre région. Ce contraste ne semble pas seulement tenir à la différence des terroirs, évidemment moins propices ici que là ; dans la Savoie du XIVe siècle, la possession d’un étang reste largement prérogative du maître, qu’il s’agisse du prince ou d’un seigneur foncier, laïc ou ecclésiastique.

CONSTRUCTION DE LA PALISSADE DE L’ÉTANG AVAL ;
EXTRAIT DU COMPTE DU CHÂTELAIN D’ALBY POUR 1350-1351

[Le châtelain a délivré] pour 27 chênes achetés tant à Thibaud de Mercy qu’aux lombards de Rumilly, à 9 sous pièce, chênes des bois de Mercy qu’il a fait couper à leur pied, équarrir, scier et apprêter par les charpentiers ci-dessous pour en faire des soles posées sur toute la longueur de la grande chaussée de l’étang aval de Mercy, ainsi que des colonnes et des poteaux, au nombre de 26 douzaines, de 8 pieds-à-main de long et de 3 doigts d’épaisseur et mis en œuvre dans une éponde à façon de paroi établie du côté de l’eau de l’étang, de même hauteur que la chaussée pour renforcer celle-ci et empêcher qu’elle ne soit endommagée et perforée par les eaux ; pour l’embauche de 409 charpentiers* ayant vaqué à ceci pendant un jour et touché divers salaires s’élevant au total, sur la foi des parcelles de compte visées et soigneusement examinées, à 26 livres 8 sous 4 deniers genevois ; pour l’embauche de 61 manœvres ayant vaqué pendant un jour avec lesdits charpentiers tant aux travaux susdits que pour amener et poser la terre entre l’éponde et la chaussée sur toute sa longueur, aussi pour reboucher les trous et les fossés creusés à la base de la chaussée pour les fondations de l’éponde, et encore pour aider à charger les chariots transportant la terre jusqu’à la chaussée ; le châtelain leur a versé divers salaires totalisant 22 sous 6 deniers ; y compris 3 sous donnés à 3 terrassiers qui ont creusé la tranchée de la longueur de la chaussée où furent posées et plantées les soles et les colonnes soutenant l’éponde soit manteau ; pour le pain de 115 bouviers de corvée avant transporté pendant un jour la terre et le bois jusqu’à la chaussée ; le châtelain leur a donné 2 deniers à chacun pour le pain par la main de Barthélémy de Pattu, gardien des étangs pour le comte, qui a payé ce charroi comme en font foi les parcelles de compte visées et soigneusement examinées,

40 livres 16 sous

*) Il ne faut pas conclure à la présence effective d’un tel nombre de charpentiers mais comprendre l’exécution d’un total de 409 journées ; même remarque pour les manœuvres et les bouviers.

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À l’aube du XVe siècle, noble Hugues Brunier pouvait ainsi contempler le reflet de sa Tour Neuve dans son étang de Malagny (22). À côté de ses fonctions domestique et alimentaire, le plan d’eau manifestait la prééminence de son détenteur, et certains actes de vandalisme s’expliqueraient par cette charge symbolique : en mars 1354, des enquêteurs battaient les campagnes de l’Albanais, à la recherche de qui avait détruit un des étangs du comte de Savoie ; il n’est peut-être pas sans intérêt de souligner que les procureurs du comte de Genève intervinrent dans cette affaire surgie à la frontière et en pleine période de conflit entre les deux principautés (23).

Dans un tout autre registre, on aura noté l’ouverture du chantier de Salagine aux influences extérieures sur le plan technique. En témoignent déjà les hésitations de la terminologie, puisant tour à tour dans le parlé local et le lexique importé déchargeoir/thou, quiblet/daraise. De fait, les artisans furent amenés à s’inspirer des proches ouvrages savoyards, mais aussi de la technologie « française ». Par quels canaux prirent-ils connaisance des modèles les plus lointains ? Aux côtés de la main-d’œuvre recrutée sur place travaillèrent à Mercy des spécialistes venus d’ailleurs : en 1348, la digue de l’étang aval fut élevée sous la direction de Pierre Rougemont, originaire de Montmélian et l’on remarque en 1361-62 la présence de Guillaume de Montbéliard, maître terrassier qui participa aussi à l’aménagement des marais comtaux de la Balme de Sillingy. On peut suggérer que de tels artisans importèrent un savoir-faire qui faisait défaut en Genevois. Reste toutefois pendante la question de la diffusion des techniques, encore mal éclairée ; au moins les comptes d’Alby montrent-ils que des installations économiques pouvaient bénéficier de tels échanges. Mais qu’en fut-il par exemple du moulin ou de l’équipement aratoire ?

Les résultats exposés ici incitent à poursuivre l’enquête dans un cadre chronologique moins étroit, car Beaumont et Crosagny présentent au XIVe siècle un visage sensiblement différent de celui qui fut le leur il y a quelques générations. À quel moment les ducs de Savoie s’en détachèrent-ils au profit de quelque sire ou d’un groupe de ruraux ? Dans quelles conditions en vint-on à assécher périodiquement le plan d’eau pour y faner la blache ? Faudra-t-il mettre ce changement en rapport avec l’apparition du moulin de Crosagny dont nulle mention n’est faite dans les comptes examinés ? L’exploitation d’autres textes ainsi que les restes matériels qui pourraient être mis à jour lors de travaux de curage permettront sans doute de préciser l’histoire de ce site attachant.

Gérard Detraz

Notes

1) J.P. COURTIN : Protéger la montagne. Entre Léman et Mont-Blanc des réserves naturelles et des hommes ; Lyon 1987. Voir notamment pages 209-225 (marais de Doussard) et pages 227-243 (delta de la Dranse). Zones humides, dans : Le Cassenoix (FRAPNA 74) n° 14, mai 1991, pages 4-6 (à propos des marais de Sillingy, Giez, Sémine).

2) Je remercie vivement les membres de l’Association des étangs et du moulin de Crosagny qui m’ont fait connaître le projet de réhabilitation dont je résume ici les étapes.

3) Etangs de Crosagny et Beaumont, synthèse de la préétude d’aménagement ; mémoire MST Environnement Lille, 1984.

4) Archives départementales de la Haute-Savoie, SA inv. 57 et microfilm 2 MI 158 : comptes de la châtellenie d’Alby-sur-Chéran, 1325-1398. Les comptes postérieurs sont déposés aux Archives de la Savoie.

5) G. DETRAZ : La réserve domaniale des comtes de Genève, mise en valeur et mutations au XIVe siècle ; 33ème Congrès des Sociétés savantes de Savoie ; Thônes 1992, pages 75-99.

6) J. REYNAUD : Le déssèchement des marais d’Albens ; Revue de géographie alpine 32/3, 1944, pages 499-504.

7) B. QUINQUET, page 29.

8) Comptes de 1338-40 (Albens), 1349-50, 1370-71 (Montfalcon), 1359-60, 1361-62 (Berchod).

9) B. QUINQUET, page 80.

10) B. BRETON et R. TRUMEAU : Les pêches en étang, création et aménagement ; Rennes 1985, page 19.

11) La dimension des ouvrages est exprimée en toises et en pieds, la toise de 8 pieds équivalant à 2,6 m environ.

12) L. BERARD : Terres et eaux en Dombes ; Lyon et Paris 1982.

13) B. BRETON et R. TRUMEAU, pages 32-35.

14) A. FAVRE : la Dombes aux mille étangs ; 1971 (glossaire pages 39-42).

15) B. QUINQUET, page 51.

16) ADHS, SA 99, Alby page 10 : lettre de mandat du comte.

17) G. DETRAZ : Travaux et productions agricoles en Genevois au XIVe siècle ; mémoire DEA histoire Lyon II, 1992, pages 84-90. Manuscrit déposé aux ADHS.

18) B. QUINQUET, pages 48 et 56.

19) Archives de la Savoie, série SA ; comptes des étangs d’Albens, de Braille, du petit étang et de l’étang supérieur de Mercy, 1428-1450, 1455-1476, 1440-1443, 1450-1465.

20) R.H. BAUTIER : les mutations agricoles des XIVe et XVe siècles et les progrès de l’élevage ; Bulletin philologique et historique 1967 ; publication 1969, pages 1-27.

21) A. FAVRE , page 8.

22) ADHS, ICe 4, fo 87, sommaire des fiefs : reconnaissance de 1410.

23) Compte de 1353-54. Pour le contexte politique, voir P. DUPARC : Le comté de Genève, IXème – XVème siècle ; Genève 1955, pages 288-294.

Article initialement paru dans Kronos n°8, 1993

Constant BERLIOZ chante l’Albanais et le lac d’Aix

Au début du XXe siècle, Constant Berlioz, poète rumillien, tînt dans les colonnes des journaux que dirigeait Maurice d’Orfeuil à Aix-les-Bains une rubrique hebdomadaire.

L’œuvre de ce poète prolixe ne sera pas goûtée des amateurs du vers libre ou des adeptes du romantisme qui lui reprochent sans doute ses facilités, ses stéréotypes et ses images bien conventionnelles. Malgré tout, ces petites œuvres ont certainement été appréciées des lecteurs de l’Avenir d’Aix ou du journal Aix Mondain qui les retrouvèrent toutes les semaines entre 1900 et 1914 (1).

Ce sont celles consacrées aux sites et personnalités de l’Albanais, au lac du Bourget et à ses environs qui ont retenu notre attention ; cinq poèmes nous parleront respectivement du château de Cessens et du Sapenay, d’Henry Murger de La Biolle, du lac d’Aix et du vin de Chautagne.

Bandeau du journal « L’Avenir d’Aix » – dessin de Guido Gonin

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LES VESTIGES
du château de Cessens

Ruine du castel dominant la montagne,
La vallée albanaise et les ceps de Chautagne !
Manoir tombé ! je veux rappeler ton fleuron
Et la tour qui servait de panache à ton front.
Ton mur, disparaissant sous un linceul de lierre,
Ton mur, abandonné de tous, je le vénère ;
Ton mur, qui n’aura plus bientôt pierre sur pierre,
Supporte maintenant un formidable assaut :
Laissé, même des siens, perdu vers la frontière,
Il sent que tout le frappe, il entend le marteau ;
Et l’orage y réveille un cri sourd de bataille,
Un cliquetis d’épée, un grand choc de ferraille ;
Dans l’ombre du vieux temps, l’homme suit du regard
Les prouesses d’antan du comte savoyard.
        Aux forges de Vulcain pareille,
        La tour a de graves échos ;
        Le son qui frôle votre oreille
        A des craquements infernaux !
Le lac prête au castel le miroir de ses eaux,
Hautecombe est au loin sur la rive opposée.
Quittez vos carrefours, soldats de la pensée !
On étouffe chez vous, le cœur n’a plus de sang.
Venez, soldats vaincus ! et votre âme épuisée,
Comme autrefois Rousseau, qui vint là frémissant,
Sentira de la Muse un baiser plus puissant.
Puis, vous rencontrerez peut-être sur la roche
Un vieillard souriant dont la cabane est proche
Et qui dira : — Voici les restes d’anciens forts.
Vous, messieurs qui foulez notre sol de Savoie,
Prenez aussi le temps comme Dieu nous l’envoie.
Nous vivons sans éclat, ici, mais sans remords ;
Chez nous, jamais, jamais, on n’oublia ses morts,
Même les murs des châteaux-forts !

Constant BERLIOZ

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La seigneurie du même nom est alors en possession des Faucigny qui céderont tous leurs droits sur le château et le mandement de Cessens ; ils vont alors être l’enjeu d’une âpre lutte entre les deux puissances rivales du moment : comtes de Genève et comtes de Savoie.

Sièges et traités vont se succéder entre 1284 et 1320, date à laquelle Édouard de Savoie s’empare de Cessens et de ses châteaux.

Devenu définitivement fief de Savoie, le mandement voit se succéder de nombreux propriétaires. Il est probable que les deux châteaux ont été ruinés au XVIIe siècle par les armées françaises.

Les vestiges du château neuf et du château vieux sont placés à cheval sur la crête de la montagne de Cessens en un point d’où la vue s’étend d’un côté sur le lac du Bourget, la vallée du Rhône, la Chautagne, et de l’autre côté sur la vallée de l’Albanais. Connus sous le nom de « tours de César », les châteaux situés à 825 mètres et 842 mètres d’altitude commandaient le passage du col de Cessens.

On mentionne pour la première fois Cessens en 1121 à l’occasion de la fondation du premier monastère d’Hautecombe (2) .

Château Neuf de Cessens. Essai de reconstitution, J. Tealdi, 1984.

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POÉSIE SANS H

LE SAPENAY
Au nord de CESSENS

Les sapins frissonnants plaisent à l’âme triste ;
Elle comprend leur voix, alors Dieu seul l’assiste,
La couvrant de son bras tout-puissant, immortel.
Dans les arceaux le vent siffle ses notes graves,
Ce murmure sauvage aux rapides octaves
        Semble les orgues d’un autel.

Le fleuve rampe au loin, large et parsemé d’îles,
Formant mille serpents aux nuances mobiles ;
C’est à peine s’il donne au Bourget un baiser.
À vos pieds un torrent résonne dans le gouffre,
Ainsi qu’un long sanglot au fond du cœur qui souffre
        Et que nul ne vient apaiser.

Sous vos pas la forêt toujours silencieuse,
Maternelle toujours pour l’âme soucieuse,
Étend l’épais tapis que tressèrent les ans ;
Et vous ne sentez plus vos pieds fouler la terre,
Et vous errez ainsi, recueilli, solitaire,
        Des sapins aspirant l’encens.

Déposant son fardeau, le voyageur s’arrête
Et dit : « Reposons-nous au sein de la retraite,
À l’abri de l’orage et du monde un instant.
Du vieil être jetons la traînante dépouille.
Calme religieux ! Ici rien ne vous souille,
        L’arbre ami vous soulage tant ! »

Et son esprit s’en va, par de légers coups d’ailes,
Dans l’espace serein, peuplé d’anges fidèles.
Trop lourd pour son épaule était l’affreux fardeau,
Il l’oublie, est joyeux ; il l’est, puisqu’il croit l’être.
De son émotion il ne se sent plus maître,
        Soudain il crie : « Oui, que c’est beau ! »

C’est le Sapenay, c’est l’immense sapinière
Qui sur le mont Clerjon agite sa crinière.
Il est si grand, que nul jamais n’en fit le tour ;
Si noir et si touffu, que ni soleil ni neige
N’atteint le montagnard que son rameau protège.
        J’aime son vague demi-jour.

J’aime l’épicéa que la bise balance,
J’aime de la forêt le mystique silence,
Son air tout parfumé qui grise les poumons.
Je voudrais établir, là-même, une demeure,
Y rester inconnu jusqu’à ce que je meure,
        Puis être enterré sur les monts.

Constant BERLIOZ

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Le col du Sapenay qui conduit de Cessens à Serrières porte un nom d’origine latine. Il proviendrait de « sapinetum », c’est-à-dire la forêt de sapins.

Les romains, implantés en Savoie dès le premier siècle ont dû rapidement porter de l’intérêt à ce passage forestier. À preuve, l’origine du nom de Cessens dériverait de « Sextianum », la propriété ou le domaine d’un dénommé Sextius (4).

Marcel Girard, photo-éditeur

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Ce qu’Henry Murger
de La Biolle
pouvait écrire à Musette

Voici l’hiver !

Tel qu’un bandit, sans longue phrase,
L’hiver nous attaque en grondant.
Le poids du jour glacé m’écrase,
Il faut avancer cependant
À l’heure où je poursuis ma route
Seul et dans la nuit de la mort,
Seule, toi tu penses sans doute
À l’arrivée, au but, au port.
Rions du vent de la misère
Passant sur toi comme sur moi;
La braver, c’est avoir, ma chère,
L’espérance et même la foi.

Notre solitude est affreuse,
Certes c’est souffrir trop longtemps.
Demain, à l’aube radieuse,
Peut-être serons-nous contents.
Mais si nous devons sur la terre
Ne plus nous tenir par la main,
Si l’un doit marcher presque austère
Sans l’autre le long du chemin,
Ne nous désolons pas encore,
Ne versons pas des pleurs amers :
Il est une seconde aurore
Qui se lève au-delà des airs.

Enivrons-nous bien de tristesse,
Vidant la coupe lentement.
S’étourdir, c’est la faiblesse ;
Mieux vaut finir en souriant.
Adieu. Quelqu’un frappe à ma porte;
C’est la bise des derniers jours.
Dans ma lampe la flamme est morte,
La bise est fidèle aux amours.
Puisque l’on refrappe à ma porte,
C’est la bise des jours mauvais,
Brrr !… qu’il fait froid !… Entre, n’importe,
Bise, et dis-moi donc où je vais.
— C’était Musette, ouvrant la porte.

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En 1904, Constant Berlioz publie cette poésie en hommage à Henry Murger. Né à Paris en 1822, Henry est le fils du savoyard Claude Murger de La Biolle. Son nom est resté lié pour nous aux « Scènes de la vie de Bohème », à ses personnages Mimi, Musette et Rodolphe, à l’opéra qu’en tira Puccini en 1896 (5).


Ayant fait sa percée littéraire, considéré comme un des précurseurs de l’école réaliste, Henry Murger entra à « La Revue des Deux Mondes » en 1851. Il connaît désormais une vie plus tranquille, une situation matérielle meilleure qui lui permet de s’installer à la campagne près de Fontainebleau. C’est là qu’il rédigea ses derniers livres non sans difficultés d’ailleurs, car son état de santé est précaire. À moins de 40 ans, il mourra à l’hospice Dubois, à Paris, emporté en quelques jours par la gangrène.

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Sur le lac d’Aix

Vogue en paix, vogue, ma nacelle,
Où tu voudras, au gré du vent !
Tu peux errer, l’onde étincelle,
Nous voguerons tous deux souvent.
Mes pieds dans les sentiers du monde
Se sont blessés, se sont meurtris ;
J’ai marché dans la boue immonde
Au milieu des pleurs et des cris,
Car j’ai vu les plaines lointaines
Et j’ai souffert et je suis las ;
Au fond de mes Alpes hautaines,
Tout courbé, je reviens, hélas !

Heureux qui peut après l’absence
Saluer son jeune horizon !
Au doux pays de sa naissance,
Heureux qui revoit sa maison !
Voici Tresserve solitaire ;
Forêt et source au bruit flatteur !
Ici pour moi finit la terre,
Mon cœur le dit, est-il menteur ?

Là-bas, Hautecombe qui prie
Sur la poussière des tombeaux ;
Puis, aux bornes de la prairie,
Châtillon près des bords si beaux !
Au sud, drapé dans son histoire,
Bourdeau rappelant le passé
Où l’on savait bénir et croire,
Par l’espérance caressé.

La nature est calme et charmante,
Elle sourit. Ah ! désormais
Je voue un culte à cette amante
Qui du moins n’a trompé jamais.
Ami des flots, dans le silence,
Le saule incline ses rameaux ;
Plus fier, le peuplier s’élance ;
Ces lieux font oublier nos maux.

Ô barque à l’allure tranquille !
J’aime avec toi l’or des roseaux,
Les cygnes gracieux, leur île,
Et le clapotage des eaux ;
Le voyageur dont l’âme vibre
Au chant allègre du retour.
Désire toujours rester libre
En suivant du lac le contour.
Vogue donc, vogue, ma nacelle,
Où tu voudras, au gré du vent !
Tu peux errer, l’onde étincelle,
Nous voguerons tous deux souvent.

Constant BERLIOZ.

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Le vin de Chautagne

Le jus de la treille étant sain,
(Ce principe est incontestable,)
Au lit reste peu, reste à table,
Quoi qu’en dise ton médecin,
Si la souffrance est ta compagne,
D’Hippocrate bravant les lois,
Jette les remèdes et bois
Un pot de vieux vin de Chautagne.

Mais, ayant la santé au corps,
Si c’est de l’âme que tu souffres,
Si pour toi la vie a des gouffres,
Si tes jeunes espoirs sont morts,
Ne l’adresse pas au champagne.
Lorsque ton âme est aux abois,
Et moins encore au bordeaux, bois
Deux pots de vieux vin de Chautagne.

Si tu te sens malade ami,
Et dans ton corps et dans ton âme,
Si, par hasard, même ta femme
Pour comble de maux l’a trahi,
Bâti des châteaux en Espagne,
Oublie, — il le faut quelquefois, —
Et pour cela, ventre bleu, bois
Trois pots de vieux vin de Chautagne.

Constant BERLIOZ.

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La vigne est, en principe, une culture de pays méditerranéen. Mais, elle a trouvé en Savoie des coteaux bien exposés et se plaît sur les sols calcaires de l’avant-pays. C’est pour ces différentes raisons que l’on trouve ici la vigne cultivée depuis la plus haute antiquité (Pline en fait la mention au Ier siècle de notre ère) sur les pentes surplombées par la Chambotte et le Sapenay, sur les rampes des premières montagnes calcaires bien exposées au soleil couchant.

Comme l’écrit Paul Vincent « la cave coopérative de Cruet pour la mondeuse et celle de Chautagne à Chindrieux – Ruffieux, sont les deux mamelles des vins de Savoie ».

Constant Berlioz dans ce réjouissant poème de 1909 célèbre avec un beau dynamisme l’une de ces « mamelles ». À apprécier avec modération !

Jean-Louis Hébrard

Notes

1) Ces journaux peuvent être consultés aux Archives Départementales de Savoie : Per n° 13 et Per n°25.

2) Haute-Combe ou la vie monastique à Cessens au XIIe siècle. Kronos n° 3.

3) Que reste-t-il de nos châteaux ? Publication du Musée Savoisien 1984.

4) A. Gros, dictionnaire étymologique des noms de lieux de la Savoie.

5) Sur H. Murger, on peut consulter l’article que lui a consacré A. Preiss dans le Dictionnaire des Littératures de Langue Française. 1987.

6) Paul Vincent, Cuisine traditionnelle de Savoie. 1989.

Article initialement paru dans Kronos n°8, 1993

Le Revard au premier temps de la crémaillère et des sports d’hiver

Le réseau ferroviaire savoyard a été établi entre 1854 et 1913. Il consistait à faciliter les échanges entre la France et l’Italie, ainsi qu’à contribuer au désenclavement de la Savoie. Une foule de projets ferroviaires naquirent dans ces années : les grandes lignes existent toujours, mais de nombreuses dessertes locales ou de montagne ont disparu.

À cette époque se créent des organismes tels que le Club Alpin Français (CAF), les syndicats d’initiative d’été.
La Savoie commence à publier des guides et des articles sur les attraits des montagnes et de l’accueil hôtelier.
C’est donc l’apparition et l’essor du tourisme. Quelques années plus tard naîtront des syndicats d’initiative pour la promotion du ski et des sports d’hiver.

L’Avenir d’Aix-les-Bains – 1909. 9 janvier n° 2
  • Aix-les-Bains, reine des stations

Aix-les-Bains accueille chaque année les rois, les reines et les princes du monde entier. Le thermalisme existe, mais les étrangers qui viennent se soigner à Aix-les-Bains aiment aussi se distraire. Leurs lieux de balades sont alors les suivants ; les gorges du Sierroz, promenades en bateau à l’abbaye d’Hautecombe, excursion au belvédère de la Chambotte et au Revard. Un belvédère dont l’accès, peu aisé, va donner lieu à d’importants travaux tant routiers que ferroviaires.

Les promoteurs du Revard

Dans le passé, le Revard est un plateau occupé par le bétail que gardent des bergers. Ce lieu est inhabité.

Au 19e siècle, de nombreuses personnes s’intéressent à la découverte des hautes montagnes. En 1874, naît à Paris le Club Alpin Français. En novembre de cette année se forme une sous-section à Chambéry et une autre à Aix-les-Bains. Cette sous-section se donnera pour but la mise en valeur du Grand Revard par l’amélioration du chemin de Pertuiset. Le 5 octobre 1876, une centaine de touristes empruntent ce sentier, et après 5 heures de marche atteignent le sommet du Revard. Mais cette ascension s’avère pénible pour un grand nombre de marcheurs. Aussi, il s’engage une réflexion sur l’accès au plateau. De plus, les médecins commencent à penser aux vertus curatives de l’altitude et du bon air sur leurs patients.

Le docteur Brochet demande à Monsieur Niklaus Riggenbach (l’ingénieur qui construit le chemin de fer du Rigi en cure à Aix-les-Bains, de donner un avis sur les possibilités techniques et financières d’un éventuel chemin de fer. À cette époque, le docteur Jean Mounard, surnommé « Le Père du Revard » étudie la climatologie du Revard. Il constate que le temps y est sec et très ensoleillé. Aucune montagne aux alentours ne crée de l’ombre et c’est donc un véritable solarium. Il envisage de constituer des cures d’altitude.
En 1883, le docteur Bertier décide la construction au Revard « d’un Chalet Hôtel Club Alpin » inauguré le 14 septembre 1890, mais le chemin est long et les touristes peu nombreux.

En 1888, la faculté de médecine d’Aix-en-Provence propose de construire un sanatorium au Revard et elle estime que de nombreux malades se rendant à Aix-les-Bains pour les cures thermales trouveraient un complément indispensable à leur traitement. La création d’un chemin de fer permettrait aux malades, mais aussi aux touristes français et étrangers de visiter ces charmants paysages et d’en profiter sans fatigue.

La concession du chemin de fer à crémaillère

Le 23 mai 1888, Monsieur Bonno, maire d’Aix-les-Bains réunit un comité d’étude chargé de présenter un avant-projet et un devis. Les frais d’étude sont payés par la ville d’Aix-les-Bains, Le club alpin français et les deux casinos d’Aix-les-Bains. En principe, le chemin de fer est ouvert aux voyageurs et à leurs bagages, mais sert aussi de transport des marchandises telles que les denrées alimentaires et les fruits provenant du Montcel, Trévignin, de Mouxy, de Pugny et des Déserts ainsi qu’à tous les objets de consommation.

À la recherche d’actionnaires et après de nombreuses retouches juridico-financières, c’est finalement la société anonyme des chemins de fer de montagne et régionaux qui prend la direction de la construction d’un chemin de fer à crémaillère. En 1889, on construit la crémaillère, les travaux s’achèvent en 1892 et le lundi 15 août 1892, la première ligne grimpe les pentes du Revard.

Description du tracé de la voie ferrée

Il y a deux tracés proposés par la société chargée d’étudier la crémaillère. Finalement, un itinéraire court et pentu est choisi par le conseil municipal. La voie ferrée parcourt environ 9 351 mètres avec des rampes maximum de 20,06%. Le dénivelé était de 1 247 mètres.

Le chemin de fer à crémaillère

La gare de départ à voie unique est installée à l’entrée du parc des thermes, près du parc du casino et des grands hôtels. La salle d’attente et les bureaux sont installés dans un joli chalet. Deux remises situées un peu plus haut abritent le matériel roulant et la locomotive.

La gare

La voie quitte le parc, passe sous le boulevard de la Roche du Roi, puis près de l’hôtel Bernarscon, coupe l’actuel bois Vidal devant la clinique Herbert (d’aujourd’hui).
Nous arrivons ensuite à Mouxy. Tout autour, il y a des champs cultivés, des vignes, des plantations de noyers qui donnent un décor très champêtre.
De Mouxy, la ligne se poursuit au nord-est vers Pugny vers une série de rampantes. Nous rencontrons les dernières vignes et l’on découvre de magnifiques châtaigneraies.

La gare de Pugny

L’arrivée à Pugny nous permet d’admirer le magnifique domaine des Corbières dont les terrains bénéficient, suivant leur exposition d’un climat exceptionnel, doux et bien ensoleillé. C’est dans ce cadre charmant, propice aux cures d’hiver que les reines de Hollande viennent y séjourner.
Après Pugny, la ligne décrit à gauche une courbe prononcée, et la rampe devient pentue. Progressivement, le paysage change, l’aspect agricole disparaît. La vallée d’Aix et d’Albens se déroule à l’infini découvrant une multitude de villages et de chemins. La végétation devient forestière et se constitue de bois touffus. Nous franchissons une gorge profonde sur un beau viaduc d’une longueur de 100 mètres. Il décrit une courbe s’appuyant sur cinq arches de douze mètres de hauteur. La pente est de 17 cm par mètre.
Les voyageurs profitent d’une vue exceptionnelle sur la vallée, le lac du Bourget et la montagne du Chat.

À partir de là commence le domaine des sapins. On trouve un petit tunnel, puis nous arrivons à la gare intermédiaire de Pré Japert.
Cette halte a une voie d’évitement permettant à la locomotive d’être alimentée en eau.
Après cette pause, le train redémarre poursuivant vers le nord sur les rampes très pentues. Puis, il passe sous un tunnel en courbe de 125 mètres. Nous repartons dans la direction opposée, c’est-à-dire plein sud, toujours en montant très fortement. Enfin, la locomotive peut atteindre les dernières rampes et déboucher sur un plateau au milieu de vastes pâturages, pour aller bientôt s’arrêter à la gare terminus au pied d’un mamelon, point culminant du Revard.

Viaduc des cinq ponts

À la descente du train, on peut emprunter un sentier qui, après avoir passé près du restaurant et du chalet-hôtel, nous conduit au mât planté au sommet. De ce lieu, nous découvrons un paysage magnifique sur toutes les Alpes.

La gare de Pré Japert
La voie et les stations

Elle était formée de deux rails en acier. La crémaillère, les rails et les traverses formant un tout solidaire.
Les stations de Pugny et de Pré Japert comportent un évitement permettant le croisement des trains, ainsi que deux grues hydrauliques sur la voie montante, permettant le ravitaillement simultané, les machines des deux trains se succèdent en marche à vue les jours d’affluence.

Le matériel roulant
  • les locomotives
    La compagnie possède 7 locomotives du système Abt à 3 essieux. Elles sont construites en Suisse. Les locomotives sont à deux cylindres. Elles possèdent deux caisses à eau et une soute à charbon.
    Les chaudières sont inclinées vers l’avant, afin de réaliser l’horizontalité dans le parcours des rampes d’environ 12 %.
Schéma de la locomotive S 1. (Doc. S.L.M./B. ROZE).
Les voitures à voyageurs

Les voitures à voyageurs sont au nombre de 10, de modèle luxe ou ordinaire, elles offrent toutes 60 places.
Elles comportent des compartiments transversaux au nombre de six à dix places chacun. Elles ont toutes à l’amont une petite plateforme destinée au serre frein.

Temps de travail du personnel

Dans le cadre de la réglementation du travail et des repos des agents, les horaires de travail sont les suivants :

1re journée :

  • amplitude : 15h40
  • 4 coupures soit : 5h20
  • travail effectif : 10h20

2e journée :

  • amplitude : 11h20
  • 2 coupures soit : 2h45
  • travail effectif : 9h05

3e journée :

  • amplitude : 12h30
  • 1 coupure soit : 2h30
  • travail effectif : 10h00
Horaire des trains
Inauguration de la ligne

L’inauguration de la ligne a lieu le 5 septembre 1892 en présence du Président de la République, Monsieur Carnot.
Il doit quitter Aix-les-Bains après les cérémonies mais les invités, dont le Ministre de l’Industrie et du Commerce, Monsieur Jules Roche se rendent par la crémaillère au sommet du Revard.
Au retour à Aix-les-Bains a lieu un repas pour 200 invités au Grand Cercle.

L’exploitation hivernale et le début des sports d’hiver

Le ski fait son apparition modestement et timidement à Chambéry vers 1900. On ne le prit pas au sérieux.
Vers 1906, le Syndicat d’Initiative de la Savoie (Chambéry, Aix-les-Bains) qui avait été fondé en 1895, distribue des skis à la jeunesse.
C’est l’un des animateurs de ce Syndicat d’Initiative, Monsieur Louis Domenget qui fonde le Club des Sports d’Hiver.

Skieurs de l’A.R.C.

Les premiers skieurs et animateurs du Club sont soutenus par un enthousiasme les poussant à pratiquer le ski sans aucun moyen.
Leur entreprise désintéressée n’a pour but que le bien public et la renommée du pays.
Parmi ces gens, il y a Hippolyte Dolin de Chambéry, Louis Gaudin, Louis Rossignoli, Ambroise Domenge, le Docteur Louis Duvernay, Emile Jarrier d’Aix-les-Bains, qui se donnent à l’œuvre avec tant d’enthousiasme.
Ces jeunes skieurs partent d’Aix au petit jour, à pied sec et skis sur le dos, il montent durant 4 heures en suivant la ligne du funiculaire, très enneigé à partir de 1 000 à 1 100 mètres d’altitude.
Ils arrivent sur un plateau désert. Ils trouvent l’hôtel et le restaurant fermés. Ils skient des heures sans rencontrer personne. Ils mangent sous un sapin. Ils redescendent le soir à ski, le long de la voie, au risque de se rompre le cou au passage des ponts faits de deux planches posées entre les rails.

Skier à trois (Vallon de Crolle)

La Compagnie du Chemin de Fer du Revard ne veut d’abord rien entendre pour faire déblayer la voie et mettre ses trains en route.

Le club A.R.C. obtient, en déblayant à ses frais, la mise en marche d’un train dominical jusqu’à Pré Japert, à 1 044 mètres d’altitude. Le club paye le train et place lui-même les billets à ses risques et périls. En 1909-1910, le train parvient jusqu’au Revard. Pour permettre l’ouverture de l’hôtel, construit uniquement pour l’usage estival, le club prend à sa charge l’installation du chauffage central et décide un hôtelier d’Aix à monter tenir l’établissement au Revard.

L’hôtel en hiver

Quelques chiffres ne sont pas inutiles. Durant le premier hiver 1908-1909, il monte 1 400 skieurs. En 1909-1910, il en monte 2 177 mais le public extra-régional n’est pas atteint puisque 60 % du contingent sont aixois ou chambériens. En 1910-1911, il y a 1 473 skieurs dont cette fois-ci 60 % venus de Paris, Lyon, Dijon, Marseille. En 1911-1912, il y a 1 520 skieurs dont 70 % de l’extérieur. Le « Revard sport d’hiver » est désormais lancé.
Dès le début, le club A.R.C. s’attache à la propagande en faveur d’une bonne technique de ski. Il fait venir de grands norvégiens tels Durban Hansen, Tangwald, le lieutenant Orre.
Le club fait jalonner des pistes de concours et de promenade et construit les premiers tremplins de saut.

Le saut à ski
La reprise par le P.L.M.

Vers 1920, la Société des chemins de fer de montagne et régionaux éprouva des difficultés financières. Après de nombreuses péripéties, la société Le PLM (chemin de fer Paris-Lyon-Marseille) décide d’acquérir le chemin de fer à crémaillère.
La société accorde des tarifs préférentiels au Club Alpin, au Touring Club de France et à l’A.R.C. Elle fait l’achat d’une locomotive plus puissante et renforce la voie pour permettre le passage d’un matériel plus lourd.
En 1930 elle fusionne la Société Hôtelière et Touristique du réseau au chemin de fer à crémaillère.
La création de cette filiale l’amène à voir grand : elle achète un domaine foncier de 400 hectares et crée une station de premier ordre. L’amélioration du trafic permet un plus grand débit de voyageurs. La société fait agrandir la gare supérieure, modernise l’hôtel et le restaurant. De nouveaux équipements sportifs sont créés : tennis, golf. Des équipements de sports d’hiver : patinoire, remonte-pente, tremplin, pistes nouvelles.

Arrivée à la gare supérieure

C’est à cette époque que le Revard connaît son apogée. Une clientèle riche vient de toute la France et de l’étranger pour goûter aux plaisirs des sports d’hiver.
De nombreuses compétitions ont lieu et la saison 1933-1934 par exemple, est remarquable.

Une saison bien chargée !
La crémaillère n’est plus

La Seconde Guerre mondiale met un coup de frein au développement touristique du Revard. Le temps n’est plus au ski mais au combat de la Résistance. La paix revenue, la France et la Savoie renouent avec la prospérité.

La voiture se répand peu à peu dans les classes moyennes, la route l’emporte sur le rail, les stations d’altitude surgissent les unes après les autres en Tarentaise, en Maurienne et le Revard n’est plus la grande station des années 30.
La crémaillère disparaît en 1935, suivie du téléphérique en 1969 ; dans les années 1990, on songe de nouveau à la crémaillère dont on a fêté le centenaire en mai 1992. Certains pensent que son tracé pourrait être utilisé pour des promenades pédestres…

Il est loin le temps où en 1923, Bernard Secret pouvait écrire dans la revue « La Montagne » : « De la neige skiable au Revard en mars ! J’ai voulu en avoir le cœur net. Je sautai dans le train. Une heure durant, la machine haleta à travers sapins et rocs, tandis que le plus idéal paysage se déroulait à mes yeux. Un tunnel, une dernière rampe et l’éblouissement soudain, la féerie de neige sous le soleil… »

Denis Berthet

Remerciements
  • À Monsieur Christian Bouvard pour l’abondante documentation qu’il m’a fournie.
  • À Madame Frieh (O.T.T.A. Aix-les-Bains), à Messieurs Bernard Fleuret et Jean-Louis Hébrard pour la documentation photographique.
  • Aux Archives Départementales de la Savoie à qui nous devons l’illustration « sports d’hiver » à Aix-les-Bains.

Article initialement paru dans Kronos n°8, 1993