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Albanais 1900 – Le train et le tourisme

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Dans l’Albanais à la Belle Époque

Le train de 8h30 pour Annecy

La ligne de chemin de fer Aix-les-Bains-Annecy est inaugurée en 1866 par le ministre de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux Publics.

Le cortège officiel, nous apprend la presse du moment, « a quitté Aix-les-Bains à 11 heures et demie du matin après avoir reçu les invités de la Savoie et de l’Isère.
À Albens, M. le Ministre a été complimenté par le maire. À Rumilly, le train a fait un arrêt de 30 minutes. Les sapeurs-pompiers étaient sous les armes et rangés en lignes sur le quai de la gare. La ville était pavoisée et la population tout entière saluait par de chaudes acclamations le représentant de l’empereur
. »¹

Horaire du chemin de fer. — Section d’Aix-les-Bains à Annecy et de Chambéry à Grenoble.
Journal Le Mont-Blanc, 1866, n°81 et suivants. Archives départementales de la Haute-Savoie.

C’est le P.L.M., chargé de la réalisation de la voie ferrée, qui adoptera le tracé par Albens et Rumilly, plus long mais desservant mieux les localités importantes.

Nombreuses ont été alors les communes souhaitant voir une station sur leur territoire ; Grésy, Albens, Bloye obtinrent satisfaction, mais La Biolle, émue de ne pas être desservie par le rail, déposa une requête qui resta sans réponse.

Avec l’ouverture de cette voie, l’Albanais se trouvait désenclavé. Il allait être désormais plus facile de se rendre dans les villes voisines comme dans celles plus lointaines de Lyon ou Marseille.

Des modifications économiques importantes allaient en découler (nouvelles cultures, mouvements migratoires…) qu’un discours prononcé alors résume en ces termes : « Cette voie, prompte et facile, sera un nouveau lien avec la France, une source féconde de richesse par l’échange de tous les biens et de tous les produits. Ce n’est plus l’annexion, c’est la fusion, c’est la communauté de vie et d’intérêts. »

Aux premiers temps du tourisme

Délaissées à cause de l’engouement pour les chemins de fer et les tramways, les routes vont retrouver, au début du siècle, un regain de ferveur et d’utilité grâce à la bicyclette et à l’automobile.

On s’aperçoit alors avec stupéfaction de l’immense labeur qui s’était accompli durant les dernières décennies, mettant en place un véritable réseau de routes départementales ou communales.

Stations thermales ou climatiques, paysages de lacs, curiosité de l’avant-pays, tout était en place pour que la région s’ouvrît à sa vocation touristique.

Les syndicats d’initiative recensent, à l’attention des curistes d’Aix-les-Bains et des amateurs de panoramas, les richesses de l’Albanais.

Promenade dans l'Albanais
Promenade dans l’Albanais

Dans la rubrique « promenades et excursions des environs d’Aix », le Bulletin des syndicats d’initiative de la Savoie ne manque pas de recommander, en 1897, « les cascades de Grésy, les Gorges du Sierroz, dans lesquelles on fait une excursion en bateau à vapeur », mais aussi « La Biolle, Albens, le châlet-hôtel de la Chambotte, qui domine à pic le lac du Bourget, les tours de César (châlet-hôtel), la vallée du Sierroz qui se continue à travers les Bauges par la vallée du Chéran ».

Les riches possesseurs d’une automobile n’hésitent pas à faire le voyage, encouragés par les excellentes informations sur l’état de la route : « bonne mais étroite entre la Biolle et Rumilly ; bonne également de Saint-Germain au village de La Chambotte, très bonne de la Croix du Sable à Albens ».² Et même si on signale une route « très médiocre du village : de La Chambotte au restaurant », l’attrait du belvédère l’emportera.

Hôtels et pensions de famille s’ouvrent à La Biolle, Albens ou Saint-Félix. Les maisons Garbolino, Goury, ou Grange de La Biolle misent sur les ressources gastronomiques de la commune, tandis que la maison Anquetil de Saint-Félix insiste sur le confort moderne de ses installations.

À propos d’automobiles
VITESSE !
L’Académie vient, paraît-il, de prendre une décision grave.
Elle a décrété que l’automobile serait du masculin.
Il y avait sur le genre de ce mot une discussion qui ressemblait à la querelle des gros-boutiens et des petits-boutiens.
Rendons cette justice à l’Académie que sa décision est conforme au bon sens ; car enfin, si mobile, le radical du mot, est masculin, on ne voit pas pourquoi automobile serait d’un autre genre. Beaucoup de gens s’obstinaient cependant dans une opinion contraire. Les voilà désormais condamnés ; ils ne s’en portent, d’ailleurs, pas plus mal, et le genre du mot automobile leur est certainement léger.
Une querelle semblable s’est engagée, il y a quelques années, sur la question de savoir s’il fallait dire : aller en bicyclette ou à bicyclette. Le simple bon sens indiquait que la première façon de s’exprimer devait être vicieuse. On dit, en effet, aller en voiture, en wagon, en tramway, parce que ce sont là des récipients qui peuvent nous contenir. Mais une bicyclette n’a jamais renfermé personne, pas plus, d’ailleurs, qu’un âne ou un cheval, sauf le fabuleux cheval de Troie qui fait plus honneur à l’imagination des poètes qu’à leur souci de la vraisemblance ; car on voit mal des bataillons entiers prendre place dans les flancs d’une machine de ce genre, fût-elle grosse comme une montagne : montis instar, selon l’expression de Virgile.
Donc, pour en revenir à nos moutons, voilà le mot automobile doté d’un genre — ce qui devenait indispensable étant donné l’énorme usage qu’on en faisait depuis quelque temps.
L’automobilisme tend, en effet, à détrôner le cyclisme. Aller à bicyclette présente un inconvénient grave pour la jeune génération à cheval sur la fin du siècle qui s’achève et sur le début de celui qui commence. Il faut remuer les jambes, il faut pédaler, selon le mot consacré. Or, ce mouvement implique une fatigue qui ne cadre évidemment pas avec les tendances plutôt nonchalantes de ces petits jeunes gens. Avec l’automobilisme, on brûle les distances sans mouvement ni fatigue. Voilà le dernier cri de ta locomotion !
Nos villes d’Eaux ont vu, ces années dernières, s’épanouir toute une floraison de cyclistes, hommes et femmes, qui a duré un peu plus que les roses, mais qui penche vers son déclin. Ce n’est pas que la bicyclette soit en défaveur ; mais la faveur dont elle a joui diminue. L’engouement passe. Il se porte vers l’automobilisme. Les grandes routes des environs de nos villes d’Eaux sont sillonnées de machines qui font un train d’enfer, qui répandent une odeur nauséabonde, qui écrasent des oies, des chats et des chiens, qui soulèvent des nuages de poussière, qui cornent, qui ronflent et qui secouent, comme des paniers à salade, les mortels emportés dans cette trombe. On trouve cela beau. On trouve cela commode et charmant. C’est la dernière production du génie qui nous entraîne avec une vitesse vertigineuse vers un avenir inconnu. Qu’inventera-t-on ? Que n’inventera-t-on pas ? On inventera tout, sauf le secret d’être heureux en ce bas monde.
P. BEAUMONT.

Journal Le Progrès d’Aix-les-Bains, septembre 1900. Archives départementales de la Haute-Savoie.

Un « must » du circuit touristique

Les moulins de Grésy-sur-Aix et les gorges du Sierroz que l’on descend en bateau à vapeur (le Christophe Collomb, du nom de famille du propriétaire) attirent en été une importante clientèle de curistes. Ils viennent frémir à l’évocation du tragique accident qui coûta la vie, sous l’Empire, à Mme de Broc, cette très belle dame de compagnie de la reine Hortense. Devant le « trou de la Beurrière », le guide ne manquera pas de parler de la planche glissante, de l’impuissance du meunier Pierre Rey et de l’écharpe flottant sur l’écume.

La Biolle fait sa publicité
Dans les gorges du Sierroz

Sur les traces de la reine Victoria

« Le Belvédère de la Chambotte fit ses premiers pas dans l’histoire en 1882. Un banquier d’Albens, C. Favre, décida alors d’y construire un bâtiment destiné à recevoir un cercle dont on ne connaît pas les particularités.

Terminé en 1884, l’établissement fit faillite au bout de deux ans, en 1886. La Banque Commerciale d’Annecy, principal créancier, confia alors la gérance à M. L. Lansard et son épouse, Mary Killing Robertson, une Écossaise… qui apportait avec elle une spécialité gastronomique… les scones.

Les époux Lansard tinrent la gérance de l’hôtel jusqu’en 1891 et en devinrent propriétaires en 1892, date à laquelle ils firent construire la route qui conduit du village de la Chambotte jusqu’au Belvédère, dans le même temps qu’était entreprise celle reliant Chaudieu en Chautagne jusqu’au même village. »³

C’est la venue de la reine Victoria, en 1887, qui allait donner au Belvédère une renommée internationale.

« Elle était dans un landau traîné par plusieurs chevaux, et une chaise à porteurs lui permit de franchir les dernières centaines de mètres… Sur le chemin, à la traversée de La Biolle… la reine s’était arrêtée quelques minutes pour recevoir l’hommage d’un très jeune admirateur. M. Laurent lui remit un bouquet. En guise de remerciement, elle lui donna un louis d’or qu’il garda précieusement. »

Elle apprécia hautement l’accueil de Mary Killing Robertson qui lui offrit des scones. Quelques temps plus tard, la reine fit parvenir aux Lansard sa photo et celle de sa fille dédicacées. Dès lors, le Belvédère ne cessera plus de recevoir des personnalités. Un livre d’or conservera jusqu’à nos jours les traces de ces prestigieux passages.

Les clients arrivaient à la Chambotte en voiture à chevaux par La Biolle, Albens ou Saint-Germain. Une écurie (chez M. Georges Arbarète) accueillait les bêtes. Depuis là, les promeneurs pouvaient gagner le Belvédère à pied, en empruntant les chemins et sentiers muletiers existants. « J’use sans regrets ma botte, en montant à la Chambotte » écrivit alors J. Richepin.

D’autres moyens plus originaux étaient à leur disposition : de petits ânes ou des chaises à porteurs.

Ces instruments de transport procuraient une activité aux gens du village. I| en coûtait trois francs aux touristes pour se faire transporter du village au Belvédère. Nombreux étaient les enfants qui guettaient les riches promeneurs pour leur vendre des fleurs ou des marabouts (sorte de panaches duveteux ramassés dans les rochers des environs).

¹ Journal Le Mont-Blanc, 1866, n° 80, Archives Départementales de la Haute-Savoie.

² Routes de la région savoisienne. Aix-les-Bains et ses environs, 1898.

³ La Chambotte, balcon de l’irréel. Kronos n° 4.

F. Françon. D’Aix-en-Savoie à Axilia. Ed. de Trévoux, 1972.

Albanais 1900 – L’Albanais dans l’espace et le temps

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L’Albanais dans l’espace et le temps

ENVIRONS D’ALBENS

L’Albanais a toujours été une importante voie de communication. Dès l’époque romaine, les hommes ont reconnu dans cette dépression la liaison naturelle entre la cluse de Chambéry et celle d’Annecy : « Depuis Aix-les-Bains, en remontant le cours du Sierroz jusqu’à Grésy, puis celui de la Deisse jusqu’à Albens, l’accès était facile dans la vallée de l’Albanais, en pénéplaine jusqu’à Rumilly. »¹

Drainée par les deux versants du Chéran au nord et de la Deisse au sud, d’une altitude moyenne variant entre 340 et 600 mètres, la dépression de l’Albanais est limitée à l’est et à l’ouest par un ensemble de contreforts calcaires (Clergeon, Sapenay d’une part, Semnoz – Mont Revard d’autre part) dont les altitudes atteignent 1 000 à 1 500 mètres et qui constituent des belvédères remarqués.

Le cours du Chéran, passage difficile, lui sert de limite septentrionale et le lac du Bourget de limite méridionale.

Ainsi cernée, la vallée de l’Albanais est un espace orienté nord-sud, d’environ trente kilomètres de long et quinze de large.

LE RATTACHEMENT ET SES SUITES

En 1860, dans l’Albanais comme dans la Savoie toute entière, on manifeste massivement à la France en votant pour le rattachement.

Dans les quinze communes qui composent le mandement d’Albens, nombreuses sont celles qui choisissent la France à l’unanimité ; tel est le cas d’Albens, d’Ansigny, de Mognard, de Saint-Germain, de Saint-Girod et de Saint-Ours ; tous les inscrits se déplacent : leurs cœurs allaient bien vers où coulaient leurs rivières.

La province de Savoie se transforme en départements de Savoie et de Haute-Savoie.

Très vite pour l’Albanais, la question se pose de son appartenance aux deux départements. Où faire passer la limite administrative ?

Dans un premier temps, le canton d’Albens, composé de ses quinze communes, se trouvait incorporé à la Savoie. Mais très vite, la guerre, à son propos, fait rage entre les deux départements. Le préfet Petetin en attribue la raison à la « rivalité séculaire qui existe entre Annecy et Chambéry, celle-ci ville de loisirs, aristocratique et cléricale, l’autre active, industrielle et libérale », et la responsabilité aux « hommes d’affaires de Chambéry qui tenaient à réunir autour de leurs cabinets les plus forts éléments de clientèle et en voyaient d’importants dans le riche canton d’Albens ».

L’affaire va monter jusqu’au ministre de l’Intérieur et à l’empereur Napoléon III qui, par décret en date du 20 décembre 1860, va détacher les communes d’Alby, Chainaz, Cusy, les Frasses, Héry-sur-Alby, Saint-Félix du canton d’Albens pour les réunir au département de la Haute-Savoie et au nouveau canton d’Alby.

Cette solution ne faisait pas seulement passer la limite entre les deux départements plus au sud qu’avant, elle illustrait surtout la difficulté à partager un espace dont la vocation est d’être avant tout un trait d’union entre les deux composantes de la Savoie.

POPULATION DES VILLAGES EN 1912 {recensement de 1911)

ALBENS : 1 559 habitants. ANSIGNY : 98 habitants. LA BIOLLE : 1 150 habitants.
CESSENS : 562 habitants. EPERSY : 311 habitants. MOGNARD : 337 habitants.
ST-GERMAIN : 516 habitants. ST-GIROD : 429 habitants. S-OURS : 417 habitants.
POPULATION DES VILLAGES EN 1912 {recensement de 1911)
ALBENS : 1 559 habitants. ANSIGNY : 98 habitants. LA BIOLLE : 1 150 habitants.
CESSENS : 562 habitants. EPERSY : 311 habitants. MOGNARD : 337 habitants.
ST-GERMAIN : 516 habitants. ST-GIROD : 429 habitants. S-OURS : 417 habitants.

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¹ L, Buttin, Histoire de Rumilly.