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La réquisition des chevaux

Dans la France rurale d’avant 1914-1918, le cheval est alors un animal indispensable, propre à toutes sortes de travaux.
D’après la « Statistique des animaux en Savoie » le nombre de chevaux ne cesse de progresser entre 1860 et 1913 passant d’environ 2000 à plus de 3500 à la veille du conflit.
Voyez cette carte postale présentant les établissements Picon à Saint-Félix. Le photographe a placé au centre de son cliché une belle automobile mais a fixé par ailleurs la domination de la traction hippomobile. Parmi les nombreux employés de l’usine on remarque la présence de cinq charrettes et de six chevaux que l’on emploie entre autre pour le transport de la production vers la gare d’Albens. Une charrette lourdement chargée va sans doute acheminer jusqu’au chemin de fer une partie des 1500 fromages que l’entreprise expédie chaque année à destination des grandes villes.

CartePostalePicon
Carte postale de la fromagerie Picon, Saint-Félix

L’importance du cheval pour la société de l’époque est aussi mise en évidence par les lectures que les maîtres d’école proposent à leurs élèves. Les enfants du cours moyen sont invités dans une d’elles à « traiter le cheval avec bonté » au regard des nombreux services qu’il rend à tous. À la campagne, lit-on, où « le cultivateur l’associe à ses opérations culturales », en ville où on « l’utilise pour traîner les pesants fardiers, les lourds omnibus » et à l’armée qui l’emploie pour « rouler les pièces d’artillerie ». Cette dernière a en effet d’énormes besoins d’autant plus importants quand on sait qu’une batterie d’artillerie nécessite 225 chevaux et que la cavalerie compte alors 89 régiments. C’est pourquoi la réquisition des chevaux avait été prévue de longue date. La loi de juillet 1877 qui l’organisait avait permis la mise en place des dispositifs nécessaires pour que l’armée puisse se mettre rapidement en ordre de bataille. Tous les propriétaires de chevaux, juments, mulets et mules devaient en faire déclaration en mairie. Une commission se déplaçant chaque année dans la moitié des communes de Savoie permettait de connaître les effectifs équestres à mobiliser.
C’est ce qui va se passer en août 1914 ; l’usine Picon et les autres entreprises vont désormais avoir plus de mal pour acheminer leurs productions, les nombreux cultivateurs devoir se passer de leur « compagnon de labours ».
Madame Clochet enregistrée par Kronos en 1990 se souvenait bien de la pénibilité des travaux à la ferme, leur « unique cheval » ayant été réquisitionné par l’armée dès le mois d’août 1914.

Jean-Louis Hébrard
Article initialement dans l’Hebdo des Savoie