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100ème rosière d’Albens

Le 14 juillet dernier a été couronnée Charlène Fleuret en tant que 100ème rosière.

Un petit défilé est parti de la mairie, accompagné par la batterie-fanfare, jusqu’à la salle polyvalente Chantal Mauduit.

Ensuite, Jean-Louis Hebrard a présenté cette institution centenaire, instauré par Benoit Perret, mettant en perspective son évolution historique.

Charlène Fleuret, centième rosière d’Albens

Mais qui était Benoit Perret, le père de la Rosière ?

Le 14 juillet 2022 a été couronnée la 100ème rosière d’Albens.

Si l’on se réfère au dictionnaire, le terme de rosière sert à designer une « jeune fille vertueuse à laquelle, dans quelques localités, en vertu d’une coutume ancienne on décerne solennellement une récompense ».

Mais qui était Benoit Perret ?

Benoit Perret
Benoit Perret

Au départ de cette tradition à Albens se trouve Benoit Perret, albanais d’origine très modeste mais courageux et ambitieux.

Il est né en 1844, l’aîné d’une famille de cinq enfants.

En 1854, son père Joseph décède à l’âge de 38 ans, les travaux agricoles et la construction de sa maison au Mazet auront eu raison de sa santé. Benoit l’ainé est âgé de 10 ans et le benjamin de la famille a seulement… 5 mois.

Joseph, le père, laisse sa femme Justine âgée de 34 ans dans un grand désarroi face à cette terrible situation. Sans ressource et sans aide financière, Benoit et sa mère assureront tous les deux la subsistance de la famille tant bien que mal.

En 1860, année du rattachement de la Savoie à la France, Benoit à 16 ans. Il part travailler comme manœuvre sur la construction de la voie ferrée Annecy-Aix-les-Bains dans le but toujours de gagner l’argent nécessaire à la survie de sa famille.

Fin 1864, il « monte » à Paris, ce qu’il voulait faire depuis toujours. Il trouve un emploi dans une brasserie près de la bourse et fréquentant le milieu boursier, s’y intéresse et acquiert par lui-même une instruction qui lui avait fait défaut dans sa jeunesse.

Les années passent, Benoit fait même venir son frère à Paris qui peut étudier et devenir plus tard pharmacien. Quant à Benoit, il intègre enfin la bourse et devient coulissier. (On dirait maintenant agent de change).

Ses affaires prospèrent jusqu’en 1917, on pense que la catastrophique opération de l’emprunt russe mettra fin à son activité. Il revient au Mazet avec un bon pécule, agrandira le domaine familial, veillant encore sur toute sa famille devenant pour tous « l’oncle Joseph », le bienfaiteur.

Rappelons que Benoit Perret était célibataire et sans descendance. Il se retirera à Aix-les-Bains, mais avant son décès, fait legs à la commune d’un capital destiné à récompenser une jeune fille méritante… la rosière était née à Albens. Cette dernière désignée pour l’année en cours est chargée de déposer chaque mois, si possible, quelques fleurs sur sa tombe.

À cette époque, le cérémonial de la rosière était courant dans la région parisienne où Benoit Perret a beaucoup vécu. Nul doute qu’après son expérience personnelle où depuis l’âge de dix ans, il a remplacé le père, il a voulu importer à Albens cette manifestation mettant à l’honneur un enfant méritant.

Il faut avoir en mémoire que dans ces années-là, l’espérance de vie était courte et souvent après le ou les décès des parents, l’ainé(e) se substituait à ces derniers pour la survie d’une famille quelque fois très nombreuse.

Ainsi, à Albens, depuis 100 ans, toutes les municipalités successives ont entretenu cette tradition d’honorer la rosière pendant la fête patronale le premier dimanche de juin.

Même pendant la guerre, une rosière était désignée, le maire lui rendait visite pour lui remettre le legs, mais pas de défilé bien sûr, occupation oblige. Quelque fois, dans ces années de guerre, la rosière faisait un don aux prisonniers de guerre.

Benoit Perret, décédé en 1920, est enterré à Albens dans le caveau familial fleuri pendant un an par la rosière et entretenu par la commune et cela depuis cent ans… belle tradition.

Benoit Perret a fait aussi profiter de son aisance financière sa commune. Ainsi, il a financé l’achat de l’horloge de notre clocher, mais aurait aussi participé à la souscription pour la construction du monument aux morts.

Kronos effectue toujours des recherches sur ce personnage, éminent bienfaiteur de la commune que vous connaissez maintenant un peu mieux.

B. Fleuret, d’après un article d’Albert Chiron dans le numéro 12 de notre revue.

La nouvelle vie des femmes dans l’Albanais des années 20

Avec le retour de la paix, l’injonction faite aux femmes en août 1914 de remplacer « sur le champ du travail ceux qui sont sur les champs de bataille » devient caduque. Mais pour autant, tout peut-il recommencer comme avant ? Mères, épouses, jeunes filles qui ont traversé les terribles épreuves de ce long conflit aspirent tout d’abord à retrouver une vie familiale traditionnelle.
Le manque de confiance dans l’avenir qui avait poussé les couples à retarder leurs projets de conception pour éviter de faire des orphelins s’efface et partout les naissances sont plus nombreuses. Ainsi la commune d’Albens où de 1919 à 1922 on enregistre quatre-vingt-dix naissances soit exactement le double de toutes celles advenues durant le conflit.
Quant aux mariages, partout dans l’Albanais les « promises » qui avaient en accord avec le fiancé retardé leurs noces vont être nombreuses à convoler dès 1919. Durant les quatre années d’après-guerre, les unions représentent plus de 70% des mariages enregistrés depuis 1913.
Dans une société essentiellement rurale, encore proche des valeurs de la religion, fortement structurée par des élites masculines, le rôle de la femme doit être celui de la bonne épouse, de la mère attentive. C’est dans ce contexte rapidement brossé que s’inscrit en 1922 l’élection de la première rosière d’Albens. D’après les dictionnaires de l’époque, la rosière est « une jeune fille vertueuse à laquelle, dans certaines localités, on décerne solennellement une récompense, souvent une somme d’argent ». Celle que peut remettre en 1922 la commune d’Albens à la jeune fille choisie provient d’un legs que Benoît Perret a fait par testament quelques années auparavant. Reprenant les conditions du donateur, le conseil municipal fixe par une délibération « au jour de la fête patronale la remise de la somme de 1000 francs à une jeune fille de 18 à 25 ans née dans la commune et y habitant depuis sa naissance qui aura la meilleure conduite envers sa famille et la société ». C’est le conseil municipal qui choisit parmi quatre candidates Marie Félicie pour avoir, après le décès de sa mère en 1916, élevé ses sept frères et sœurs.
Le Journal du Commerce relate ainsi la cérémonie : « À onze heures eut lieu le couronnement de la rosière devant une grande affluence. La fanfare prêtant son concours, M. Philippe Charles remplaçant M. le maire empêché, entouré de tout le conseil municipal après avoir félicité en terme « délicat » Melle Rey, lui remit le legs. Celle-ci, en un compliment des mieux composé remercie le donateur et tout le conseil municipal de l’avoir choisie comme rosière. Le défilé en musique et un vin d’honneur clôturèrent cette simple et touchante cérémonie ».

Cette célébration de la « jeune fille méritante » très répandue à cette époque a souvent un notable ou une personne aisée à l’origine de sa création. Benoît Perret en est un bel exemple, lui qui construisit sa fortune à Paris dans les milieux boursiers où il avait été coulissier. C’est peut-être à ce moment-là de sa vie qu’il a perçu l’importance sociale de ces fêtes particulièrement nombreuses en région parisienne. Revenu dans sa région d’origine, il a pu également s’inspirer d’exemples proches comme ceux de l’Albenc ou Vinay en Isère.
Si l’image traditionnelle de la femme semble encore dominer, il est des domaines dans lesquels des éléments de modernité s’imposent peu à peu comme la mode.

Publicité parue dans le Journal du Commerce en 1919
Publicité parue dans le Journal du Commerce en 1919

Dans tous les villages et les petites villes on trouve de nombreuses couturières et modistes qui proposent à leurs jeunes clientes des modèles au goût du jour. Ainsi peut on à côté de chez soi pousser la porte de ces ouvrières du vêtement. Le choix est important puisqu’on dénombre neuf couturières à Grésy-sur-Aix, cinq à Albens où l’on trouve aussi deux modistes, un magasin de vêtement, l’établissement Jacquet. Rumilly n’est pas en reste avec la maison Janin-Gruffat dont les encarts publicitaires, publiés dans le Journal du Commerce, informent des dernières tendances. Il est loin le temps de la Belle époque avec ses tenues corsetant le corps, ses chapeaux immenses. Des vêtements moins contraignants, adaptés aux travaux que les femmes ont assurés durant la guerre, se sont imposés. Dès lors, il n’est pas surprenant de voir la maison Janin-Gruffat proposer à ses clientes des coupes droites, des robes confortables, plus courtes, la taille juste soulignée par une ceinture. Si les bottines à lacets rappellent encore la Belle époque, tel n’est pas le cas du chapeau porté bas sur le front et de la coupe de cheveux plus courte.
Le monde du spectacle va fournir une dernière figure de la modernité féminine en la personne de Marie Minetti née en 1892 à Albens où son père était ferblantier.

Deux photographies de l’actrice Marie Minetti en costume dans deux de ses rôles en 1916 et 1925  ( archives en ligne)
Deux photographies de l’actrice Marie Minetti en costume dans deux de ses rôles en 1916 et 1925
( archives en ligne)

En 1914, on la retrouve en Angleterre où elle fera une carrière d’actrice de théâtre et de music-hall. On parle souvent d’elle dans la presse britannique pour une interprétation de la Marseillaise sur scène en 1916 puis au sujet de ses nombreux rôles dans « Tina », « Carminetta » ou encore « Here comes the bride » qu’elle joue en 1925 au « Piccadilly theatre ». À travers ses tenues de scène, cette trentenaire illustre bien, loin de son « Albanais natal », la femme des années folles.

Jean-Louis Hébrard