Historique du corps des pompiers d’Albens

En juin 2000, la ville d’Aix-les-Bains accueillait le 30° congrès départemental des Sapeurs Pompiers de Savoie, auquel le corps d’Albens a activement participé. La même année, en août, ce dernier fêtait le 153° anniversaire de sa création. À ces occasions, un numéro spécial de « Art et Mémoire » de la Société d’Art et d’Histoire d’Aix-les-Bains relatait l’histoire des corps de pompiers de l’Albanais et d’Aix et environs. Une brochure commémorative fut éditée pour Albens, tandis que l’Hebdo des Savoie publiait l’article ci-dessous sous la signature d’Henri BILLIEZ de Kronos. À l’occasion du 170° anniversaire du corps d’Albens en cette année 2017, il nous a semblé opportun de le rééditer en ligne.

plaquette_pompiers_2000

Le 30 Congrès Départemental des Pompiers de Savoie les 3 et 4 juin derniers à Aix-les-Bains a été l’occasion d’une active participation d’Albens aux manifestations organisées pour la circonstance.
La Société d’Art et d’Histoire d’Aix a entrepris des recherches aux Archives Départementales sur l’historique des Corps de Pompiers. Un numéro spécial de sa revue « Art et Mémoire  sera consacre à cet historique et devrait sortir en août.
De cet ouvrage est extrait le résumé concernant Albens, fruit des recherches de Joël Lagrange. Lucette Blanc, Louis Modelon et Henri Billiez.
À noter qu’en novembre 1991. le n°6 de Kronos, revue de l’Association « Histoire, Archéologie et témoignages de l’Albanais » comportait un intéressant article de Gilles Moine sur les pompiers d’Albens.
Le texte ci-dessous se veut complémentaire.

Albens

« J’ai l’honneur de vous informer qu’ayant voulu mettre à profit pour la commune d’Albens l’exemple de deux incendies arrivée coup sur coup le même jour en mars dernier à La Biolle et Mognard, j’ai fait le lendemain et jours suivants une souscription dans cette commune pour acquérir les fonds nécessaires à l’achat d’une pompe à incendie et de ses accessoire… ».
Voila ce qu’écrivait le 12 juin 1843, le juge Perrier à l’intendant général, après que le spectacle des malheureux privés de tout après l’incendie de leurs maisons l’ait incité à réagir, bien que sans illusion. Les maisons d’Albens, en effet, couvertes de chaume, donc très vulnérables à l’incendie pourraient… « si la commune mettait à exécution les lettres-patentes du 11 août 1840… et notamment l’article 7*, ce dont elle ne s’est jamais souciée à ce jour… » être mieux protégées.
Cette supplique ne sera transmise par l’intendant au syndic d’Albens que le 2 août 1444. Pour voir « si le conseil peut prévoir une allocation compte tenu des autres dépenses urgentes dont l’agrandissement de l’église ».

Il faudra attendre une délibération du conseil municipal le 19 mars 1846 pour que soit décidé l’achat de pompes avec prélèvement de 400 livres sur les fonds municipaux pour compléter la souscription de 1 160 livres lancée en 1843.

Le 15 avril, l’intendant général, par ordonnance, fixe la dépense et indique le mode de financement.

Finalement, MM. Guérin Pompes à Paris vont offrir trois pompes et accessoires pour le prix de 1 367 livres, avec huit mètres de tuyaux, raccord et torches d’éclairage, ainsi qu’un atlas et manuel, pour un supplément de 191 livres.

La délibération du conseil présidé par le syndic Ferdinand Picolet du 7 juin 1846, fixe la dépense pour l’achat et celle pour la fabrication locale de chariots et échelles.

Mais le 4 décembre 1846, le conseil, par délibération demande que lui soit délégué un commandant des pompiers de Chambéry et deux mécaniciens pour essayer les pompes, récemment livrées.

L’intendant général donne son accord pour dresser procès-verbal après expertise.

Là ! Les pompes expertisées ne sont pas conformes et aussitôt réexpédiées aux fournisseurs.

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Le capitaine Louis Cavallo et ses hommes vers la fin des années 1950.

Création du corps de pompiers d’Albens

Début 1848, sans pompes, un corps de pompiers est crée et le 31 août, une délibération indique que chaque pompier doit être munis d’une plaque à la ceinture marquée « Pompiers d’Albens ». Curieusement, ce n’est que le 7 août 1849 que le capitaine Joseph Rosset, par lettre au syndic, demandera le règlement des 42 plaques commandées à M. Gaillard, orfèvre à Genève !

Enfin, le 14 septembre 1847, la délibération du conseil sous la présidence de Philippe Travers, syndic, marque sa détermination à se procurer une seule pompe, « forte et suffisante pour la localité » auprès de Henry Vogelis, mécanicien fondeur à Chambéry. Elle est montée sur un chariot à quatre roues avec essieux, en fer, et boite en cuivre. Sur l’avant-train se trouve un siège à six places, garni de ses coussins. Le tout pour 1 400 livres payables au 1er janvier 1848.

Dès le 31 août, la commune avait décidé de louer un hangar à Joseph Chamousset poux abriter la pompe.

* art.6 : …aucun bâtiment ne pourra être couvert en chaume, si ce bâtiment n’est éloigné de 200 mètres des autres habitations
* art.7 : …les toitures devront être remplacées par des toitures en tuiles… à la diligence des syndics…

La compagnie va alors mener ses actions chaque fois qu’un incendie viendra troubler la quiétude du village.

Par délibération du 23 septembre 1849, nous apprenons que lors de l’incendie du 21 septembre, le feu a détruit l’un des tuyaux !

Mars nous apprenons aussi, par une lettre du syndic à l’intendant du 3 juin 1860 que les pompiers d’Albens demandent l’autorisation de porter un sabre !

Sans doute est-ce là le dernier épisode d’une période difficile après la réorganisation de la commune en 1856, la démission d’un capitaine et l’élaboration d’un nouveau règlement. Dans son rapport à l’intendant, le syndic rappelle d’ailleurs que le corps a été fondé en 1847. Mais le 25 décembre 1857, un nouveau capitaine démissionnera après 3 mois d’essai qui lui ont_ « démontré son impuissance pour établir dans cette compagnie l’ordre et la discipline convenable ». Lettre signée illisible.

Le 8 octobre 1860, le syndic envoie au préfet un mandat pour l’assurance contre l’incendie du presbytère et de l’église, à charge pour lui de le transmettre au directeur de l’assurance mutuelle à Chambéry. Cette assurance était aussi un moyen prescrit pour faire face aux dépenses que pouvaient engendrer les incendies sur les bâtiments publics.

En 1867, le 17 novembre, au conseil, le maire Félix Canet fera approuver l’achat de « boyaux , ceux de la pompe étant usés à force de servir, pour la somme de 150 francs.

L’année suivante, le neuf août, il proposera l’ouverture d’un crédit de 200 francs pour opérer le payement de l’avant-train de la petite pompe (celle dite de l’impératrice ?) qui s’est révélé « d’une utilité tout exceptionnelle pour le transport à grande vitesse de le petite pompe sur les lieux des sinistres de Saint-Girod et de Saint-Simond à Aix-les-Bains ».

Au 1er janvier 1870, la compagnie réorganisée comporte 51 hommes et 2 pompes. L’uniforme est composé du pantalon bleu roi avec bandes rouges, de la blouse en toile bleue, du képi bleu roi et d’un ceinturon.

Le 14 juillet 1879, les engagements souscrits portent sur 59 personnes dont 51 nouveaux pompiers et 8 anciens.

Le 1er juin 1870, il est procédé à l’achat d’accessoires pour la pompe à incendie pour 550 francs et de képis pour 162,50 francs, ce qui motive une demande de subvention de 300 francs le 10 août 1881.

Réorganisé en 1899, le corps va recevoir un nouveau règlement.

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Les pompiers en 1978.

À la réorganisation de 1904, la conseil (Félix Canet, maire) va délibérer pour répondre à la compagnie qui demande le renouvellement de son équipement qui date de 1888 et à l’achat et à la réparation du matériel, le tout estimé à 3 461 francs (dont 65 équipements à 45 F l’un). Le maire rappelle que conformément au décret du 10 septembre 1903, la commune a pris l’engagement le 7 février 1904, de subvenir aux dépenses du corps mais que ses ressources étant limitées une subvention est demandée au département et à l’État. Cette subvention sera refusée par la commission départementale et le maire insistera à nouveau, rappelant que lors de la réorganisation précédente la commune s’était lourdement endettée pour un emprunt de 3 000 francs.

La facture de François Jacquet, pour 3 461 francs, marchand tailleur à Albens, sera acquittée grâce en partie au secours de 300 francs, octroyé par le département.

Localement, l’eau manque en période de sécheresse, les fontaines sont taries. Une commission va étudier le problème dans l’intérêt de l’hygiène publique… et de La lutte contre les incendies, par décision municipale du 19 août 1906. La question n’aboutira que bien plus tard, une étude d’adduction n’étant lancée qu’en 1937.

Le 24 mais 1912, il est demandé une subvention pour l’équipement des sapeurs-pompiers suite au dernier renouvellement du corps, car la compagnie vient de faire une dépense de 1 700 francs pour l’habillement.

La guerre de 1914-1918 va certainement toucher sévèrement le corps des pompiers. Quels effectifs ont veillé aux incendies pendant cette période ? Les archives sont incomplètes à ce sujet. Le 17 février 1920, le conseil municipal décide la réorganisation d’un corps de sapeurs-pompiers selon le décret du 10 septembre 1903 modifié le 18 avril 1914, soit 54 hommes.

Le 20 février 1925, l’arrêté préfectoral indique que pour une population de 1 599 habitants et 3 pompes, l’effectif sera de 51 hommes (33 sapeurs, 1 capitaine, 1 lieutenant, et deux sous-lieutenants ou adjudants).

Dès lors, le tailleur Jean-Baptiste Devance, d’Albens, fournira à la compagnie des képis (d’officiers, de sergents-majors, de sergents et de sapeurs) pour 1 493 francs tandis qu’en 1925, le 14 juin, il est voté une dépense de 5 000 francs pour l’habillement. Celle-ci sera finalement réglée au tailleur Jean Vagneux, soit, cinquante dolmans en drap bleu foncé et autant de pantalons en drap gris bleu.

Enfin, la modernisation de la compagnie débutera le 22 août 1926 par la décision d’acquérir une motopompe. Une commission municipale choisira le modèle de Dion-Bouton de 25 m³ sur roues, « peinte en rouge incendie », pour le prix de 13 794 francs avec subvention départementale de 1 500 francs et autorisation du préfet pour cet achat donné à Félix Philippe, maire d’Albens.

En 1932, le maire, Jean-Marie Montillet demande le 14 février à son conseil de compléter la subvention du ministère de l’Intérieur (5 000 francs) pour l’achat de tuyaux pour la motopompe, soit 7 865 francs et l’autorisation de traiter avec Louis Rivollet, négociant a Albens.

Une longue période va suivre, pendant laquelle les archives sont très peu fournies ; la guerre de 1939-1945 sera un frein au développement du corps de pompiers qui ne compte que 42 hommes sur 51 en 1939-1941. À tel point qu’en 1945, un groupe informel assurait la sécurité (1). De nombreux incendies provoquèrent à l’initiative de de Louis Cavallo à l’automne 1953, le rassemblement de volontaires décidés à remonter une section de sapeurs-pompiers, décidée le 13 décembre 1953 par le conseil municipal pour une section de 20 hommes. La commune s’engage alors à subvenir pour 30 ans aux dépenses.

La population est alors de 1 580 habitants et l’on dispose de la pompe de Dion-Bouton des années 30 et d’une pompe à bras.

En 1957, un véhicule Matford est acquis auprès du département et un hangar est construit bénévolement sur le champ de foire.

1) Voir Kronos n°6 – Société d’Histoire d’Albens – Gilles Moine

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Les pompiers en 2000.

Albens – Quelques dates

1847 – création du corps
1856 – réorganisation compagnie après démission capitaine – nouveau règlement
8 octobre 1860
1er janvier 1870 – situation du corps : 1 compagnie de 51 hommes et 2 pompes
20 février 1878 – compagnie 51 hommes (délibération du 5 août 1877)
6 septembre 1898 – 49 hommes
(décret 1er décembre 1898) – 54 hommes
14 mars 1904 – 51 hommes
18 juin 1909 – effectif 56 hommes (dont 1 de moins de 20 ans)
20 juin 1909 – arrêté préfectoral – 51 hommes pour 1 613 habitants et 3 pompes.

Albens – Les capitaines

23 septembre 1849 – capitaine Rosset Joseph
1856 – démission d’un capitaine
25 décembre 1857 – démission d’un nouveau capitaine après 3 mais d’essai
9 décembre 1865 – nomination du capitaine Garnier François
18 août 1871 – nomination capitaine Favre Claude
5 février 1879 – lieutenant Philippe Joseph – sous-lieutenant Gaspard Germain (était sergent)
5 février 1881 – démission du lieutenant Philippe Joseph (devient adjoint au maire)
27 juin 1881 – nomination du lieutenant Germain Gaspard (était sous-lieutenant)
(décret 1er juillet 1881)
juin 1884 – démission du capitaine Favre Claude
1886 – Favre Jean, capitaine (?)
21 avril 1888 – capitaine Philippe Félix – lieutenant Germain Gaspard – sous-lieutenant Chavanel Ambroise
11 juillet 1897 – capitaine Philippe Claude (remplace Philippe Félix démissionnaire le 7 juin 1897)
7 janvier 1904 – capitaine Morel Bernard (maréchal des logis de Gendarmerie en retraite) – lieutenant Chavanel Ambroise – sous-lieutenant Pollier Léon
(décret 16 Avril 1904)
5 septembre 1907 – capitaine Darmand Claude
1908 – démission lieutenant Chavanel Ambroise après 33 ans de service. Est nommé capitaine honoraire
19 septembre 1903 – capitaine Bontemps Joseph
(décret 22 octobre 1908)
14 août 1909 – nomination de Pollier Léon lieutenant – sous-lieutenant Ernest Germain
25 mars 1920 – nomination de Montillet Henri, capitaine – lieutenant Léon Pollier – sous-lieutenant Louis Debroux
14 juillet 1925 – nomination du capitaine Arbarete François – lieutenant Pollier Léon – sous-lieutenant Philippe Paul
10 septembre 1930 – nomination des lieutenants Raison Joany – Chanvillard et Ginet François
29 août 1935 – démission d’Arbarete François
13 janvier 1936 – nomination du lieutenant Daviet Théophile (en 1941, Joany Raison est capitaine).

Cette liste est très incomplète et parfois très imprécise. Les dates sont souvent approximatives et ne pourraient être confirmées, pour certaines, que par la découverte de documents autres que ceux déposés aux archives départementales.

(1) – La tradition veut que cette pompe ait été attribuée à Albens par l’impératrice Eugénie lors d’un voyage en Savoie.
(2) – Voir Kronos n°6. Article Gilles Moine.

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