1914 – Préparer les esprits

Cela fait quarante quatre ans que la Savoie et la France gardent le souvenir de ce que Victor Hugo nomma « L’année terrible », c’est-à-dire la guerre de 1870/1871, la défaite face à l’Allemagne, la perte de l’Alsace et de la Lorraine.
Dans de nombreuses communes un monument aux morts rappelle ce douloureux épisode de l’histoire nationale.
La Biolle est l’une d’elles. Le premier cadastre français dressé en 1907 (consultable en ligne sur le site des Archives départementales de la Savoie) permet d’en localiser l’emplacement, au sud de l’église et du cimetière, à proximité de la fontaine publique que surmonte un buste de Marianne. On ignore malheureusement l’aspect qu’il devait avoir.
Les anciennes d’Albens se souvenaient encore en 1914 du temps où, en novembre 1870, le tambour communal avait été mis à disposition de la compagnie des Gardes nationaux mobilisés pour la défense du territoire. Elles pouvaient raconter aux plus jeunes comment, en février 1871, en pleine guerre, Albens s’étant vidé de ses hommes, les chevaux de la commune ayant été vendus au gouvernement, elles s’étaient retrouvées dans l’impossibilité d’acquitter les prestations réclamées par le préfet de Savoie.
Bien d’autres canaux étaient sollicités pour préparer les jeunes esprits à une probable confrontation avec l’Allemagne. Les exercices de « Lecture courante » enseignent aux enfants des écoles du canton les devoirs qu’ils auront plus tard à remplir envers la société et la patrie. L’un d’eux, intitulé « La discrétion pendant la guerre » est très significatif : il héroïse une jeune paysanne des environs de Metz qui, interrogée par des cavaliers allemands à la recherche d’un régiment français, se tait jusqu’au sacrifice ultime. « Je suis Française, dit-elle, et ce n’est pas à moi de dire ce qui peut perdre les Français ».
Les hommes iront au front, les femmes tiendront à l’arrière !
Des ouvrages pour la jeunesse relaient ce discours en dehors de l’école comme ces contes patriotiques publiés par la « Librairie des enfants sages » ; ils mettent en avant le courage, l’obéissance, l’abnégation et le sacrifice.
Ainsi n’est-il pas étonnant de lire dans cette lettre d’avril 1913 invitant les membres d’une amicale patriotique à son banquet, cette envolée finale :  « Nos enfants nous ressemblent ; s’il le faut, ils verseront la dernière goutte de leur sang, encouragés par leurs héroïques mères, pour la défense de notre riche sol, de notre grande patrie : la France, de notre petite patrie : la ravissante Savoie ! Ils sont patriotes comme nous ».
Comment peut-on aujourd’hui se représenter ce « consentement au sacrifice » que les habitants de nos communes allaient accepter dès août 1914 ?

CartePostaleGuerre
Carte postale expédiée à Mognard en 1914

Jean-Louis Hébrard
Article initialement par dans l’Hebdo des Savoie

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